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Paroles d'un croyant

25 Mars 2016 Publié dans #Les pensées - mais pas celles de Pascal

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Les mots que Lammenais publia en 1834 dans Paroles d'un croyant pour dénoncer la situation faite aux travailleurs de son époque trouvent un étrange écho en cette année 2016 où la loi El-Khomri semble tout droit nous y ramener.

 

" Longtemps après il y eut un autre homme plus méchant que le premier et plus maudit du ciel.

Voyant que les hommes s’étaient partout multipliés, et que leur multitude était innombrable, il se dit :

Je pourrais bien peut-être en enchaîner quelques-uns et les forcer à travailler pour moi ; mais il les faudrait nourrir, et cela diminuerait mon gain. Faisons mieux ; qu’ils travaillent pour rien ! ils mourront, à la vérité ; mais comme leur nombre est grand, j’amasserai des richesses avant qu’ils aient diminué beaucoup, et il en restera toujours assez.

Or, toute cette multitude vivait de ce qu’elle recevait en échange de son travail.

Ayant donc parlé de la sorte, il s’adressa en particulier à quelques-uns, et il leur dit : Vous travaillez pendant six heures, et l’on vous donne une pièce de monnaie pour votre travail :

Travaillez pendant douze heures, et vous gagnerez deux pièces de monnaie, et vous vivrez bien mieux, vous, vos femmes et vos enfants.

Et ils le crurent.

Il leur dit ensuite : Vous ne travaillez que la moitié des jours de l’année : travaillez tous les jours de l’année, et votre gain sera double.

Et ils le crurent encore.

Or, ils arriva de là que la quantité de travail étant devenue plus grande de moitié, sans que le besoin de travail fût plus grand, la moitié de ceux qui vivaient auparavant de leur labeur ne trouvèrent plus personne qui les employât.

Alors l’homme méchant, qu’ils avaient cru, leur dit : Je vous donnerai du travail à tous, à la condition que vous travaillerez le même temps, et que je ne vous payerai que la moitié de ce que je vous payais : car je veux bien vous rendre service, mais je ne veux pas me ruiner.

Et comme ils avaient faim, eux, leurs femmes et leurs enfants, ils acceptèrent la proposition de l’homme méchant, et ils le bénirent : car, disaient-ils, il nous donne la vie.

Et, continuant de les tromper de la même manière, l’homme méchant augmenta toujours plus leur travail, et diminua toujours plus leur salaire.

Et ils mouraient faute du nécessaire, et d’autres s’empressaient de les remplacer, car l’indigence était devenue si profonde dans ce pays, que les familles entières se vendaient pour un morceau de pain.

Et l’homme méchant, qui avait menti à ses frères, amassa plus de richesses que l’homme méchant qui les avait enchaînés.

Le nom de celui-ci est Tyran ; l’autre n’a de nom qu’en enfer ".

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