Comme cela fait plusieurs fois que je m'aperçois que des personnes passent sur ce blogue en quêtes d'infos sur la Révolution Nationale mise en
oeuvre par Vichy, j'ai essayé de vous en faire une présentation détaillant les principaux secteurs où on avait tenté de la mettre en place ce qui, je vous le concède, donne un article plutôt
long, d'autant plus que j'ai voulu être assez complet sur le sujet et émailler la présentation de citations de discours du Maréchal.
J'espère, tout de même, ne pas avoir trop nui ainsi à la clarté de l'exposé et ne pas avoir été trop élitiste au point de ne rendre cela compréhensible que par des spécialistes.
NB: seule la Révolution Nationale est évoquée ici; vous ne trouverez donc pas de références, sauf exceptions, sur la collaboration.
On désigne sous le nom de Révolution nationale, l’action menée par le Maréchal Pétain pour mettre en place
une politique conservatrice et traditionaliste destinée, selon ses propres mots, à mettre fin à « ces mensonges qui vous ont fait tant de
mal » (discours du 25 juin 1940).
Il s’agissait, pour lui, d’organiser le redressement national de la France tout en expliquant notre défaite par des raisons
morales qu’il conviendrait désormais de combattre pour régénérer la France (« l'esprit de jouissance l'a emporté sur l'esprit de sacrifice. On a revendiqué plus
qu'on a servi. On a voulu épargner l'effort ; on rencontre aujourd'hui le malheur », discours du 20 juin 1940).
Pour mener cette politique, Pétain s’appuie aussi bien sur des hommes venus de la droite classique et de l’extrême-droite
(Marion, Alibert …) que des hommes politiques brouillés avec la gauche (Laval, Flandin), des militaires (Weygand, Darlan, Huntziger) ou des hommes politiques de gauche comme Maurice Sarraut ou
syndicalistes comme Spinasse ou Belin, devenu ministre du Travail après avoir été vice-président de la CGT, sans compter ceux qui, sans être adeptes de l’Ordre moral (néo-socialistes, planistes,
Jeunes Turcs du Parti Radical, technocrates …), voient en Vichy, débarrassé de toutes les entraves liées à la démocratie, un moyen de mettre en œuvre leurs idées sur la modernisation du
pays.
Les principales caractéristiques
:
1) Un culte de la
personnalité est organisé autour de Maréchal, devenu, après le vote des pleins pouvoirs, en juillet 1940, la seule source détentrice de l’autorité
(actes constitutionnels du 11 au 15 juillet) avec le titre de « Chef de l’Etat français » et possibilité de désigner un successeur potentiel doté du titre de
« dauphin ».
Il devient une sorte de monarque absolu, détenteur des pouvoirs législatif et exécutif, particulièrement sensible dans la
terminologie « Nous, Philippe Pétain, maréchal de France, décrétons ce qui suit … ».
Son effigie est partout présente : timbres, portrait dans les salles de classe ; le fameux « Maréchal, nous
voila », nouvel hymne quasi-officiel du régime …
2) Le rejet de la démocratie et des Droits
de l’Homme :
outre les Actes constitutionnels qui dotent le Maréchal d’un pouvoir absolu, il faut noter le remplacement de la devise républicaine par la formule moralisante : « Travail, famille, patrie » ou le rejet proclamé le 11 octobre 1940, de l’égalité des hommes entre eux : « Le
régime nouveau sera une hiérarchie sociale. Il ne reposera plus sur l'idée fausse de l'égalité naturelle des hommes, mais sur l'idée nécessaire de l'égalité des « chances » données à
tous les Français de prouver leur aptitude à « servir ». Seuls le travail et le talent deviendront le fondement de la hiérarchie française (…)
Que signifierait d'ailleurs, en 1940, la liberté (l'abstraite
liberté) pour un ouvrier chômeur ou pour un petit patron ruiné, sinon la liberté de souffrir sans recours, au milieu d'une nation vaincue ? Nous ne perdrons, en réalité, certaines apparences
trompeuses de la liberté que pour mieux en sauver la substance ».
Les assemblées sont mises en sommeil, leurs bureaux supprimés et les commissions disparaissent en
1942.
Les maires des communes de plus de 2000 habitants sont désignés par le pouvoir central,
tandis que le pouvoir des préfets et des sous-préfets et renforcé et les conseils généraux remplacés par des commissions administratives nommées par les
préfets.
Les pouvoirs sont concentrés dans les mains d’un petit groupe d’hommes par suite de cumul
des fonctions : ainsi, entre février 1941 et avril 1942, Darlan assure les fonctions de ministre des affaires étrangères, de l’intérieur et de l’information.
3) L’obsession
sécuritaire :
influencé par le positivisme scientifique et les thèses d’hommes comme Bertillon, une véritable idéologie de la traque aux indésirables, criminels, nomades, étrangers, s’installe. D’ailleurs,
Vichy ne fait que suivre une tendance inaugurée par la 3è République qui crée les camps pour les réfugiés espagnols et pour les immigrés à la recherche d’un emploi (décret-loi de
1938).
La carte d’identité est instituée le 27 octobre 1940, avec mention de la nationalité ; le
recensement de 1941 est l’occasion de doter chaque français d’un numéro à 13 chiffres, ancêtre de notre numéro de sécu, les premiers chiffres servant à
repérer Européens, indigènes, juifs ou étrangers, tandis qu’est créé un fichier juif.
De même, c’est Vichy qui pose les bases de notre système policier actuel par la loi du 23 avril 1941
(police placée sous l’autorité du préfet, missions clairement identifiées) et création des Groupements Mobiles de Réserve, ancêtres des CRS (décret du 7 juillet 1941).
4) Le délit d’opinion et du
délit d’appartenance sont rétablis sous prétexte de sauvegarder la patrie en réservant la
France aux Français.
94 membres du corps préfectoral
sont radiés et 104 mis à la retraite.
1300 instituteurs, considérés comme « pacifistes et internationalistes » sont
écartés.
Les loges maçonniques sont dissoutes et on se sert de ce prétexte pour éliminer ceux qui y avaient
appartenus de la fonction publique.
La chasse aux communistes, entamée sous la 3é République après le Pacte germano-soviétique, est
poursuivie ; c’est à ce titre que Guy Môquet est arrêté métro Gare de l’Est, le 13 octobre 1940.
Les israélites sont soumis, dès le 3 octobre 1940, au Statut des
Juifs, aggravé en juin 1941 : à l’exception des anciens combattants, ils sont exclus de l’armée, de la magistrature, de la fonction publique, des domaines touchant la culture ou les
médias ; un numerus clausus limite leur nombre dans les professions libérales à 2% et dans les universités à 3%.
En octobre 1940, les « juifs étrangers », dont certains victimes du décret dénaturalisation de juillet 1940 (le
retrait de la nationalité concernera 15 000 personnes dont 40 % de Juifs), sont enfermés dans des camps d’internement et, à partir de 1941, toutes ces mesures sont coordonnées par
le Commissariat aux questions juives.
L'abrogation du décret Crémieux prive 100 000 Juifs d'Algérie de la citoyenneté française.
Enfin, en juillet 1941, les Juifs doivent céder leurs droits sur les entreprises à des « Aryens ».
Les responsables politiques et militaires de la 3è République finissante, Gamelin, Daladier, Reynaud,
Blum, Guy La Chambre, sont internés au fort du Pourtalet avant d’être traduits devant la Cour de justice de Riom en février 1942. Hitler fera interdire la continuation de ce procès qui tourne à
l’avantage des accusés sous prétexte que les magistrats recherchent la responsabilité des accusés dans la défaite militaire française et non dans la déclaration de guerre.
A noter, cependant que le Maréchal se refusa, au grand dam des collaborationnistes, à instaurer un système fondé sur le parti
unique.
En fait, ces mesures, bien que le Maréchal s’en défende dans son discours du 11 octobre 1940, n’avaient qu’un seul but :
prendre sa revanche contre le Front populaire considéré comme responsable de la défaite en s’en prenant à ceux qui sont collectivement désignés comme leurs auxiliaires. Dans cette optique, le
retour aux valeurs traditionnelles se veut l’antidote contre l’esprit de 1936 et les signes de dégénérescence attribuées aux Français qui se seraient laisser aller à l’esprit de
jouissance.
Paul Claudel, lui-même, n’est pas en reste dans son
journal : « La France est délivrée après soixante ans de joug du parti radical et anticatholique (professeurs, avocats, Juifs, francs-maçons). Le
nouveau gouvernement invoque Dieu et rend la Grande Chartreuse aux religieux. Espérance d'être délivré du suffrage universel et du parlementarisme. »
5) Le retour aux valeurs traditionnelles
est symbolisé par le fameux triptyque :
« Travail, famille, patrie » et l’appui donné aux paysans et aux artisans (« seule la terre
ne ment pas » proclame le discours qu’Emmanuel Berl a écrit pour le Maréchal et que celui-ci prononce le 25 juin 1940).
Le retour à la terre est encouragé ; des prêts et des crédits sont accordés pour
moderniser les petites entreprises. On opère des remembrements, l’électrification des campagnes est accélérée et, en septembre 1943 est publié le statut du fermage.
L’artisanat et la petite entreprise, considérés comme un remède contre le capitalisme
sauvage, sont encouragés car ils assurent un travail bien fait et donnent à l’homme sa dignité.
La famille revient à l’honneur, suivant en cela une voie tracée par la 3è République finissante et le
Code de la famille adopté en 1939 : des avantages sont accordés aux familles nombreuses (le projet de constitution de 1943 qui ne verra jamais le jour prévoyait même que le vote des chefs de
famille nombreuses compterait double) ; le divorce est rendu plus difficile ; l’avortement sévèrement réprimé ; la fête des mères est instituée. C’est ainsi que, malgré l’absence
des soldats prisonniers en Allemagne, la natalité reprend dès 1942.
Le 14 mars 1941, le Maréchal annonce la création de la retraite des vieux («
Retraite des Vieux Travailleurs repose sur la solidarité de la nation : solidarité des
classes, solidarité des âges. Solidarité des classes, puisque les pensions sont constituées par les versements des Assurances Sociales, et que ces versements proviennent, à la fois, des
patrons et des ouvriers. Solidarité des âges, puisque ce sont les
jeunes générations qui cotisent pur les vieilles. Voilà donc une grande réforme sociale »).
L’âge légal des rapports entre hommes consentants est repoussé à 21 ans, donc aligné sur la majorité légale, ce qui, du reste, ne revient pas
à criminaliser l’homosexualité même si la mesure est clairement discriminatoire.
L’alcoolisme, considéré comme destructeur des familles et signe, autant que cause, de la dégénérescence
française, est combattu par des mesures spectaculaires (fermeture des débits de boisson à jours et heures fixes ; suppression du privilège des bouilleurs de cru ; interdiction de vendre
de l’alcool aux mineurs de moins de 16 ans).
La valeur du travail comme moyen de lutter contre l’oisiveté et
l’individualisme est mise en avant ; on exalte le juste revenu qu’un travail noble apporte (« Le travail répond à cette loi sévère de la nature que rien ne s'obtient sans effort. Cette loi du travail a été marquée par une formule de
malédiction : « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front ». C'est donc à tort qu'on a fait luire à vos yeux le mirage d'une cité future où il n'y aurait plus de place que pour le loisir et
pour le plaisir. Mais si le travail est pour l'homme un fardeau, il est aussi un bienfait ; il est, en effet, une condition de la bonne santé morale et physique, de l'équilibre et du
développement des facultés humaines. C'est une erreur de croire que l'on puisse conserver intacts ses dons ou ses facultés dans l'oisiveté. Nous ne développons nos capacités et n'augmentons nos
forces que par l'exercice que nous leur donnons », discours du 1er mai 1941).
Le 24 avril 1941 est instauré officiellement le 1er mai comme « la fête du Travail et de la Concorde sociale ». À l’initiative de René Belin, ancien
dirigeant de l’aile anticommuniste de la CGT (Confédération Générale du Travail) devenu secrétaire d’État au Travail dans le gouvernement Darlan, le jour devient chômé. La radio ne manque pas de
souligner que le 1er mai coïncide aussi avec la fête du saint patron du maréchal, saint Philippe. L’églantine rouge, associée à la gauche, est
remplacée par le muguet.
L’Eglise est à l’honneur. Elle est associée à toutes les
manifestations officielles ; les congrégations expulsées en 1905 sont autorisées à rentrer ; l’aide de l’Etat à l’enseignement libre voit le jour (400 000 millions de francs sont
versés à l’enseignement privé confessionnel en 1941). Le cardinal Gerlier déclare même : « Travail, Famille,
Patrie, ces trois mots sont les nôtres ».Cependant, avec les premières déportations de juifs, certains prélats manifestent leurs réserves et n’hésitent pas à se séparer du régime
dont ils critiquent la passivité.
La jeunesse fait l’objet de toutes les attentions du régime pour être
élevée dans le culte de ces valeurs. Sous l’impulsion de Jérôme Carcopino puis d’Abel Bonnard, les programmes et les manuels sont refondus, mettant l’accent sur les valeurs traditionnelles, les
spécificités régionales, les différences d’existence entre ruraux et citadins (« L’École française de demain enseignera avec le respect de la personne humaine, la famille, la société, la patrie.
Elle ne prétendra plus à la neutralité. La vie n’est pas neutre ; elle consiste à prendre parti hardiment. Il n’y a pas de neutralité possible entre le vrai et le faux, entre le bien et le mal,
entre la santé et la maladie, entre l’ordre et le désordre, entre la France et l’anti-France (…) Nous nous attacherons à détruire le funeste prestige d’une pseudo-culture purement livresque,
conseillère de paresse et génératrice d’inutilités (…). Nous ne devons jamais perdre de vue que le but de l’éducation est de faire, de tous les Français, des hommes ayant le goût du travail et
l’amour de l’effort. Leur idéal ne doit plus être la sécurité d’un fonctionnarisme irresponsable, mais l’initiative du chef, la passion de l’œuvre et de sa qualité », discours du
15 août 1940).
Afin qu’elle retrouve le goût de l’effort, sont créés les Chantiers de Jeunesse, en 1940. Limités à la zone libre, ils accueillent les jeunes gens âgés de 20
ans pour un service national de 6 puis de 8 mois. Astreints à une discipline militaire et à des travaux d’utilité publique, vivant dans des camps installés en pleine nature, sur le modèle des
scouts, on leur inculque, au passage, le culte du Maréchal et le respect des valeurs traditionalistes (solidarité, discipline, patriotisme, dévouement à l’Etat, toutes valeurs transcendant les
intérêts individuels).
Le sport va devenir l’un des moyens de forger ces nouveaux Français que le régime appelle de tous ses vœux. Jean Borotra, commissaire général au sport d’août
1940 à avril 1942, s’inspirant des théories de George Hébert (voir l’article sport, politique et nationalisme), est
chargé de la mise en œuvre de cet aspect du programme de la Révolution Nationale (cependant, l’Eglise se scandalisant de ce culte donné au corps et à l’exhibitionnisme qui en découle parviendra à
mettre fin à cette aventure. Du reste, elle y voyait un relent fasciste et païen que le pape Pie XI avait déjà dénoncé avant guerre dans ses encycliques contre le fascisme et le
nazisme).
Ce retour aux valeurs traditionnelles se veut, là encore, l’antidote contre l’esprit de 1936 et
contre les signes de dégénérescence attribuées aux Français qui se seraient laisser aller à l’esprit de jouissance (« nous avons soutenu matériellement et
moralement la famille, nous nous sommes astreints à préserver nos jeunes gens de ces causes de dégradation de leurs énergies, l'alcoolisme, les livres ou les spectacles immoraux, les excitations
malsaines; nous avons éveillé en eux le goût de l'effort, le sentiment de l'honneur du travail, l'amour de la grandeur, l'esprit d'héroïsme et de sacrifice », discours du 5 mars
1942).
6) De nouvelles élites :
Des écoles de cadres apparaissent, dont le but est de former les élites nouvelles du
régime, comme, par exemple, l’école des cadres d’Uriage, dirigée par Dunoyer de Segonzac (Pierre Laval la dissout en décembre 1942 lorsqu’il s’aperçoit qu’elle sert à préparer en secret la
revanche).
Les Compagnons de France,
association qui s’est constituée de façon spontanée durant l’été 1940, mais patronnée par le régime, même limitée à la zone libre, est censée constituer l’avant-garde de la Révolution Nationale.
Ils s’adressent aux jeunes entre 14 et 19 ans et sont un mélange d’influences diverses, scoutisme, action catholique, syndicalisme, jeunesses socialistes.
Cette association aura pour ambition de préparer des jeunes à leur avenir civique et social. Elle va mettre à la disposition
de la jeunesse une formation physique et culturelle, une organisation des loisirs, une animation des soirées et des fêtes. Dès l'origine le mouvement a attaché une grande importance à la culture,
au chant choral, à l'initiation du jeu scénique, à la préparation des feux de camp. C’est dans ce cadre que naissent en septembre 1941 les Compagnons de la musique d’où vont sortir les Compagnons
de la chanson.
L’adhésion y est libre et non obligatoire et Vichy n’a jamais eu l’intention de s’en servir pour embrigader la
jeunesse.
Enfin, les anciens combattants qui soutiennent le régime sont regroupés dans la Légion française des
combattants, créée le 29 août 1940 et dont le but est de « régénérer la Nation, par la vertu de l’exemple du sacrifice de 1914-1918 » et de promouvoir les grands thèmes de la
Révolution Nationale. Cependant, elle ne se substitua pas à l’administration et ne put la contrôler.
C’est de cette organisation que, sous la
responsabilité de Joseph Darnand, naîtra, en août 1941, le Service d’Ordre Légionnaire qui prônait le culte du Chef, la haine de la démocratie, le racisme,
mais aussi la « Collaboration » avec l’ennemi nazi et était chargé de la traque aux opposants du régime dans la zone sud et en Afrique du Nord. Parmi ses membres, on note certains
éléments douteux issus du Milieu niçois. En 1943, détaché de la Légion, il donnera naissance à la Milice.
7) Le rejet du capitalisme et du
socialisme :
La Révolution Nationale se voulait aussi une troisième voie entre capitalisme et socialisme, également
rejetés (« Le travail des Français est la ressource suprême de la patrie. Il doit être sacré. Le capitalisme international et le socialisme international
qui l'ont exploité et dégradé font également partie de l'avant-guerre. Ils ont été d'autant plus funestes que, s'opposant l'un à l'autre, en apparence, ils se ménageaient l'un et l'autre en
secret. Nous ne souffrirons plus leur ténébreuse alliance » : discours du 11 juillet 1940).
C’est ainsi que la loi du 4 octobre 1941 institue une Charte du travail : tout en interdisant les
grèves et le lock-out des usines par les patrons, elle devait permettre de régler les conflits par le biais de la conciliation et de l’arbitrage. Système relativement complexe, elle instituait 29
« familles professionnelles » ou corporations, divisées à l’échelon local en 5 syndicats catégoriels uniques, regroupées en unions régionales ou nationales. Par ailleurs, les
entreprises d’au moins 100 personnes devaient mettre en place des « comités sociaux » où siégeaient des représentants tant des « employeurs, des ouvriers, des employés et des
autres catégories ».
Ces syndicats, en principe obligatoires, répondaient au thème de la « société organique » rejetant l’idée de lutte
des classes.
Bilan et contradictions de la Révolution
Nationale :
D’inspiration authentiquement française, synthèse d’idées issues tant de la droite
cléricale ou monarchiste que de la République conservatrice (cf le rejet de la ville et de l’industrie dans les premières éditions du Tour de France par deux enfants, le Code de la famille de
1939 ou la loi de 1932 réservant les emplois aux Français, d’où la question que l’on pourrait se poser des origines républicaines de Vichy), la Révolution Nationale voulut instituer un régime
conservateur et autoritaire, conçu comme le seul moyen d’assurer le redressement moral de la France.
Cependant, en exaltant le culte du chef, en mettant en avant la primauté du travail, source de tous les biens et moyen de lutte contre tous
les vices, en prônant le retour à la terre et le primat de cette dernière et de l’artisanat sur l’industrie, il fit bien apparaître un ordre nouveau dont certains
points sont convergents avec le national-socialisme et s’intégra, de facto, à l’ordre que celui-ci faisait régner sur l’Europe.
De plus, la politique économique menée se révéla conforme aux aspirations secrètes des Allemands qui désiraient augmenter la
productivité française.
En effet, malgré les buts affichés par le régime, l’arrivée au pouvoir de l’amiral Darlan amène avec lui tout un
personnel issu de la technocratie de l’époque (inspection des finances, Polytechnique, Centrale, Ecole Normale, Pont-à-Mousson …), représenté par des gens comme Lehideux, Bichelonne,
Pucheu, etc.
Ces jeunes gens, baptisés les « jeunes cyclistes », en réaction contre la vieille droite conservatrice, estimaient
que le redressement du pays passait par une modernisation de l’économie afin de relever le « défi américain ».
Des comités d’organisation fixèrent les programmes de fabrication prioritaires et encouragèrent le processus de concentration,
donnant naissance à la planification qui devait s’épanouir après la Libération.
Dans l’agriculture et dans l’artisanat, on assista aux mêmes processus : par le biais des organisations coopératives, le
ministre donna la priorité aux rendements, à la productivité et aux regroupements. La grande exploitation fut vivement encouragée ; en décembre 1941, le gouvernement envisagea même de fermer
les entreprises non rentables. Toutes décisions qui ne cadraient pas exactement avec la mystique de la Révolution Nationale et mettaient, par contrecoup, notre appareil de production au service
de l’occupant, de même que la politique antisémite de Vichy qui devança et finalement servira les intérêts de ceux-ci.
De même, le thème du redressement national fut de nature à entretenir la confusion dans les esprits,
certains y voyant le prélude à la revanche ; c’est ainsi que put prospérer la vichysto-résistance dont les yeux s’ouvrirent au fur et à mesure que les partisans de cette revanche étaient
écartés du pouvoir sous pression des Allemands.
Enfin, les conservateurs, eux-mêmes, éprouvèrent quelques déceptions, notamment lorsque, contrairement à leurs espoirs, la
centralisation de l’Etat fut renforcée aux dépends des libertés locales et des provinces, rebaptisées « régions ».
Tout ceci amena très vite une déception dans l’opinion, d’autant plus vive que des gens qui étaient à priori favorables au
Maréchal furent parmi les cibles désignées de cette révolution conservatrice, que les difficultés s’accentuaient et que les pressions de l’occupant se faisaient plus vives. C’est ainsi que, le 12
août 1941, le Maréchal prononça son fameux discours où il dénonçait le « vent mauvais » qui soufflait sur le pays.
Moribonde avec l’arrivée de Darlan au pouvoir, la Révolution Nationale prit définitivement fin lorsque Laval fut rappelé au
pouvoir sous pression des Allemands le 18 avril 1942.
Politique ambiguë, marquée du sceau du moralisme, réceptacle d’influences
contradictoires, la Révolution Nationale ne fut pas totalement rejetée par les libérateurs qui, souvent en gardèrent ce qui leur semblait positif. D’où, sans doute, une partie du malaise que fait
encore naître cette époque aujourd’hui et les tentations néo-vichystes qui se font encore parfois jour dans les discours de certains de nos politiques de droite comme de gauche.
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