Texte Libre

Ce matin, nous étions amenés, dans le cadre de notre fonction, à assister aux audiences du Tribunal correctionnel, suite à quoi quelques remarques et réflexions s'imposent;

- tout d'abord, une salle tellement mal sonorisée, des micros inutilisés ou déficieux et trois heures durant lesquelles on a passé notre temps à ne rien entendre ou presque; heureusement que certains avocats parlaient un peu plus fort que le juge, les prévenus ou le ministère public, sinon, nous n"aurions rien entendu du tout.
Souvent, donc, on ne pouvait que soupçonner les raisons pour lesquelles les personnes étaient là et sans pouvoir entendre la sentence rendue.

- ensuite, dans la droite ligne de ce qui précède: une profonde ignorance du public: la juge, elle-même, ne semble se rendre compte qu'il y a une assistance que parce que, vers 11h30, des bavardages se font entendre pour, en plus, enguirlander des personnes qui n'avaient rien à voir dans ceux-ci (les bavards étaient derrière moi, mais c'est de l'autre côté de la salle qu'elle tomba sur le dos d'élèves bien sagement assis et qui, depuis 9h00 du matin, essayaient de capter le peu de ce qu'ils pouvaient entendre des audiences, sans broncher).

- enfin, un juge qui m'a paru peu attentive aux arguments des avocats, alors que, dans au moins, deux affaires, notamment une où l'accusation reposait surtout sur un témoin anonyme auquel le prévenu n'a jamais été confronté, il y avait matière à réflexion. Et bien non, le juge, non seulement, n'y attache aucune importance, mais, sans mettre l'affaire en délibéré, prononce immédiatement son jugement.

Bref, choqué de la façon expéditive et, partant méprisante, pour les prévenus qui semblaient condamnés d'avance et dont la sentence tombait immédiatement, sans mise en délibéré et sans justification, pour leurs avocats qui parlaient comme s'ils pissaient dans un violon et le public traité comme quantité négligeable.

La justice, est, soi-disant, rendue au nom du peuple français; encore faut-il que ce peuple puisse entendre cette justice s'exprimer et ne doute pas de l'impartialité du juge pour que ce soit vrai.

On notera aussi que, parmi les prévenus figuraient des personnes originaires des mêmes villages et même connues des élèves, y compris la mère d'un des élèves présents dans la salle et qui, heureusement, convoquée pour conduite en état d'ivresse, a réussi à faire reporter son audience en avançant la présence de son fils, ses camarades et ses professeurs dans la salle.

publié dans : Le Grand Tout (et le n'importe quoi aussi) commentaires (3)   
ajouter un commentaire
l_D2610254.jpg
Le réalisateur John Ford n’a pas tourné que des westerns dans sa carrière.

En effet, on lui doit, entre autres, l’adaptation du roman de John Steinbeck, Les Raisins de la colère (The Grapes of Wrath), film sorti en 1940, avec, en vedette, Henry Fonda (Tom Joad) et récompensé par deux oscars en 1941.

 

A travers le destin de la famille Joad, des fermiers d’Oklahoma, Ford met en scène la crise économique des années 30, l’érosion des sols à l’origine du « Dust Bowl » qui emporte les récoltes et les dettes sous lesquelles ils croulent et qui les contraint à la misère et à l’errance, chassés qu’ils sont de chez eux par les banques.

 

 Ce faisant, il dépeint aussi la fin de la société rurale et familiale sur laquelle les Etats-Unis s’étaient construits ; même la Californie, pensée comme une nouvelle « Terre Promise » est loin de tenir les espoirs que l’on mettait en elle ; seuls les enfants sont à même de s’émerveiller devant les facilités de la vie moderne, tournant sans regret le dos à l’ancien monde, par exemple, quand ils admirent les lavabos modernes du camp installé par le gouvernement. La Californie, est, en quelque sorte, la fin du rêve d’Eldorado, mais aussi, par sa « modernité », le symbole même de la fin de l’Amérique traditionnelle et rurale.

 

La fin du monde est décrite à travers ces tracteurs qui écrasent les fermes, le pasteur (joué par John Carradine) qui a perdu la foi et ne croit plus en Dieu, la famille qui se disloque (décès des grands-parents touchés à mort par la perte de leur terre), la misère des Joad qui s’entasse sur un vieux camion. Le jeu même des acteurs y contribue en opposant les « modernes », Henry Fonda, Jane Darwell (qui obtiendra l’oscar du meilleur second rôle féminin, à juste titre, car elle est vraiment « charismatique » dans ce film) et d’autres acteurs plus âgés et qui jouent encore comme dans les films des années vingt (expression verbale et gestuelle exagérée) et qui donnent vraiment, au début, un aspect vieillot au film (surtout que le doublage français, utilisant l’argot des années 30, a bien vieilli aussi et aurait besoin d’être refait).

 

Face à eux, c’est tout un monde hostile que dépeint Ford : la ville étale son opulence pour mieux mettre en valeur la misère des Joad (quitte à gommer les effets de la crise sur les villes), le suspicion qui les accompagne partout (barrages policiers, fouilles …), accusations d’être des « Rouges » alibi commode pour faire la chasse aux pauvres, exploitation par des patrons peu scrupuleux qui ont, derrière eux, la loi et l’ordre policier, quitte à user de milices privées et qui jouent sur le fait que, grâce à la misère, on peut faire pression sur les salaires et les tirer vers le bas sans qu’il n’y ait de révolte générale. Comme le dit l’un des personnages, même s’ils payent la cueillette des oranges à 2,5 cens au lieu de 5, il y aura toujours des gens qui accepteront, parce qu’ils n’ont, tout simplement, pas d’autre choix pour survivre.

Il montre ainsi les injustices dont sont victimes les déclassés de la société, ceux qui ne pourront jamais refaire surface et qui sont abandonnés à leur sort, vaincus par la modernité.

 

Deux figures, érigées en symboles presque "hugoliens" ressortent de ce film:

 

- celle de Ma Joah (Jane Darwell), qui, cachant sa peur, ses angoisses et sa nostalgie tente d’être l’âme qui anime sa famille ; sa détermination est sans faille et dans la dernière scène du film elle fait cette déclaration : « Ils ne peuvent pas nous anéantir, ils ne peuvent pas nous écraser. Nous continuerons pour toujours Pa, parce que nous sommes le peuple », constituant comme une figure fière et tragique annonçant une improbable révolte.

 

- celle de Tom Joad (Henry Fonda), qui, au début du film sort juste de prison pour homicide et qui doit, à nouveau, se séparer des siens, parce que sa révolte contre la misère et l’injustice l’a amené à commettre un autre meurtre.

En quittant les siens, il s’élève en valeur de symbole, lui aussi, déclarant : « Un homme n’a pas d’âme qui lui est propre, juste un petit morceau d’une grande âme, et cette grande âme appartient à tout le monde […] Je serai partout dans l’obscurité. Je serai partout où que tu regardes. Là où il y a un combat pour que les gens puissent manger, je serai là. Là où un flic frappe un homme, je serai là », déclarant la guerre à l’injustice et devenant une sorte de pasteur laïque.

C’est en souvenir de Tom Joad que Bruce Springsteen réalisa en 1995 un album intitulé The Ghost of Tom Joad.

 

NB : historiquement, il est bon de rappeler, tout de même, même si cela n’enlève rien à leur situation dramatique, que l’histoire des Oakies ne reflète pas la situation de l’ensemble des paysans américains puisque dès 1932, la majorité des travailleurs agricoles reçut des aides de l’état. Le cas des familles de l’Oklahoma était donc exceptionnel.

publié dans : Cinéma d'hier et d'aujourd'hui commentaires (0)   
ajouter un commentaire

Alors que la Constitution stipule que les décisions du Conseil Constitutionnel ne sont susceptibles d'aucun recours (article 62 de la Constitution: "une disposition déclarée inconstitutionnelle ne peut être promulguée ni mise en application. Les décisions du Conseil constitutionnel ne sont susceptibles d'aucun recours. Elles s'imposent aux pouvoirs publics et à toutes les autorités administratives et juridictionnelles"), lequel vient d'invalider ou de rendre inapplicable une bonne partie de la loi Dati sur la rétention de sûreté (loi dont le député UMP Georges Fenech n'a pas craint d'affirmer qu'elle s'inspirait d'une loi nazie du 27 novembre 1933; au moins, çà a le mérite de montrer clairement quelles sont les sources d'inspiration du sarkosisme), rappelant notamment qu'en France, la loi ne peut pas être rétroactive (article 8 de la DDHC de 1789 : "Nul ne peut être puni qu'en vertu d'une Loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée"), Nicolas Sarkozy vient de saisir la Cour de Cassation pour qu'elle étudie les moyens de la faire appliquer, donc de contourner la décision du Conseil Constitutionnel, car celle-ci ne rend la loi applicable que dans ... une quinzaine d'années par suite du rejet de la rétroactivité (Déclaration de Martinon qui affirme que le but de cette saisine est de permettre "l'application immédiate de la rétention de sûreté aux criminels déjà condamnés", soit ce que le Conseil Constitutionnel vient d'interdir).

Rappelons qu'en France, le seul gouvernement à s'être permis de faire voter une loi rétroactive, c'était Vichy avec .... le Statut des Juifs ! Loin d'être une référence.

En agissant ainsi, Nicolas Sarkozy tente clairement de violer le texte constitutionnel en cherchant à invalider dans les  faits la décision de Conseil Constitutionnel.
La décision de celui-ci s'imposant à toutes les juridictions, comme le dit la Constitution, nous espérons que la Cour de Cassation saura avoir la sagesse de refuser de se saisir de cette affaire et de respecter .... la Constitution que Sarko tente de violer.

publié dans : C'est juste mon avis commentaires (3)   
ajouter un commentaire

Sarkozy, l'instituteur et le curé

" Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s'il est important qu'il s'en approche, parce qu'il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement porté par l'espérance".
(Nicolas Sarkozy, discours du Latran).

Xavier Bertrand, jeudi soir, chez Arlette Chabot, a farouchement nié que la phrase eût été prononcée.
Non seulement, elle l'a été, mais, de plus, dans sa version entière, elle se révèle particulièrement insultante à l'égard des instituteurs dont il oublie combien se sont engagés, au risque de leur vie, dans la Résistance française.
publié dans : Le Grand Tout (et le n'importe quoi aussi) commentaires (5)   
ajouter un commentaire

affiche_Dernier_metro_1980_1.jpg

Le Dernier Métro, film de François Truffaut sorti en 1980 et récompensé par 10 césars est, sans doute, un des films les plus "justes" qu'il m'a été donné de voir sur certains aspects de la période, ici à travers la vie du théâtre Montparnasse dont s'occupe Marion Steiner (Catherine Deneuve), femme du juif Lucas Steiner (Heinz Bennent), réfugié dans la cave dudit théâtre et suivant à distance, par un trou pratiqué dans le mur, les répétitions et les représentations de la pièce, Les Disparues.
Sans doute, autant que par ses recherches, sa propre expérience de l'Occupation (Truffaut avait 10 ans en 1942), l'ont aidé à coller le plus près à cette réalité.

Ce film est vraiment d'une grande richesse sur les attitudes face à la présence allemande, les répercussions sur la vie réelle et sur le monde du théâtre, les mécanismes de défense face à l'oppression: Bernard Granger (Gérard Depardieu), par exemple, s'arrange pour ne pas serrer la main du critique théâtral Daxiat (Jean-Louis Richard) qui travaille pour le journal sans conteste le plus immonde de l'époque, le célèbre
Je suis partout, journal collaborationniste (pour les non-spécialistes, ce journal a vraiment existé et la présentation qui en est faite dans le film est totalement conforme à la vérité historique), et même se battre avec lui (reprise dans le film d'un violent accrochage qui a opposé en 1943 le critique de ce journal, Alain Laubraux qui avait descendu une pièce de Cocteau et qualifié Jean Marais d' "Homme au Cocteau entre les dents" pour dénoncer leur homosexualité).
De même, le régisseur, Raymond (Maurice Risch) s'arrange toujours pour avoir les mains occupées en présence de Daxiat, tandis que la concierge du théâtre veut laver la tête de son fils parce qu'un Allemand l'a caressée), alors que Jean-Loup Cossins (Jean Poiret), doit négocier et arrondir les angles avec ledit critique pour passer la censure.

D'ailleurs, à travers Raymond, mais aussi la concierge, l'habilleuse jouée par Andréa Ferréol, vraiment excellente au passage, ou Germaine, jouée par Paulette Dubost, c'est aussi un hommage rendu à tous ces gens ordinaires qui se sont dévoués durant toute la guerre pour le théâtre et les gens de théâtre, pour que tout continue à fonctionner (Ex: Raymond qui utilise des phares de voiture reliés à une paire de vélos) pour éclairer la scène pour faire face aux pannes d'électricité en 44).

C'est aussi un film en faveur de la tolérance, non seulement parce certains personnages résistent au nazisme, non seulement parce que Marion Steiner abrite son mari dans la cave, ce qui est une forme de résistance, mais aussi parce que Truffaut, alors que l'on est en 1980, choisit de montrer des personnages lesbiens ou homosexuels sans les caricaturer (Scène ou Andréa Ferréol est surprise à embrasser Sabine Haudepin; scène où Depardieu s'emporte en parlant de PD puis se tourne vers Jean Poiret pour lui dire que çà ne s'adresse pas à lui).

Enfin, comme dans certains films de Truffaut, on retrouve ici les interrogations sur les sentiments, leur multiplicité et leur complexité, leur confusion aussi, où la vie réelle et le théâtre se pénétrent et s'interpénétrent, comme en témoigne la scène où Deneuve et Depardieu se disputent à la fin de la guerre, celui-ci lui avouant ne plus l'aimer jusqu'à ce que l'on découvre qu'il s'agit, en fait, de la pièce qu'ils jouent ensemble.

Pour résumer son film, Truffaut disait:
" Il en résulte un film d'amour et d'aventures qui exprime, je l'espère, notre aversion pour toutes les formes de racisme et d'intolérance mais aussi notre affection profonde pour ceux qui ont choisi le métier de comédiens et l'exercent par tous les temps." 
Pari réussi, Monsieur Truffaut !

Le dvd comporte aussi, en bonus, le commentaire du film par Depardieu et surtout Jean-Pierre Azéma, historien, spécialiste de l'Occupation, mais je n'ai pas encore eu le temps de voir cela.




publié dans : Cinéma d'hier et d'aujourd'hui commentaires (0)   
ajouter un commentaire

Texte Libre

Présentation

Commentaires Récents

Syndication

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
 
Blog : Musique sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus