Le philosophe stoïcien latin Sénèque qui vivait au Ier siècle apr JC, écrivait ceci
concernant ceux qui cherchent perpétuellement à échapper à eux-mêmes en fuyant les lieux où ils habitent en les croyant responsables de leurs états d'âme, un peu comme Bardamu ou
Robinson dans le Voyage au bout de la nuit:
"Tu crois qu'il n'est arrivé qu'à toi et tu t'étonnes comme d'une chose étrange, d'avoir fait un si long voyage et tant varié les
itinéraires sans dissiper la lourde tristesse de ton coeur? C'est d'âme qu'il faut changer, non de climat. Tu as eu beau franchir la vaste mer ; "rivages et cités ont beau", selon l'expression de
notre Virgile, "reculer sous ton regard", tu seras, où que tu abordes, suivi de tes vices. À quelqu'un qui formulait la même plainte Socrate répliqua : " Pourquoi es-tu surpris de ne profiter en
rien de tes longues courses ? C'est toi que tu emportes partout. Elle pèse sur toi, cette même cause qui t'a chassé au loin." Quel réconfort attendre de la nouveauté des sites, de la connaissance
des villes ou des endroits ? Cela ne mène à rien de ballotter ainsi. Tu demandes pourquoi tu ne sens pas dans ta fuite un soulagement ? Tu fuis avec toi. Il te faut déposer ce qui fait poids sur
ton âme : aucun lieu jusque là ne te donnera du plaisir. [...] Tu cours çà et là pour rejeter le poids posé sur toi et rendu, par le ballottement même, plus incommode : pareillement, sur le
navire, la cargaison, en équilibre stable, exerce une moindre pression ; roulant pêle-mêle dans la cale, elle noie plus vite le flanc où elle porte. Tout ce que tu fais, c'est contre toi que tu
le fais ; et le mouvement même t'est contraire ; tu remues un malade".
Sénèque, Lettres à Lucilius, III, 28,1-3
A méditer, parfois: ne cherchons-nous, dans les voyages, qu'à se fuir soi-même?
L.F. Céline et son Voyage au bout de la
nuit, c'est de l'acide à l'état brut, une descente dans la laideur, les mesquineries, la bassesse et la pourriture humaines; roman de la décomposition vers la mort, roman de la
désarticulation de l'âme et de la phrase qui se fait parlée.
Entre caricature de la société vue par les "braves gens" qui bavent toujours sur l'autre, et propres pensées de l'auteur, misanthrope du genre humain et de lui-même; roman du mal-être et de
l'inadaptation de l'homme à la routine et au non-sens de la vie, de l'inacceptation de n'être rien, de l'inacceptation du militarisme, du colonialisme et du capitalisme qui aliènent l'homme.
Malaise que l'on cherche à guérir par les voyages où l'on n'emporte jamais que soi-même, comme une impossibilité de se fuir, comme le faisait remarquer déjà en son temps le philosophe latin
Sénèque, même si, d'après Bardamu, le "héros", ils favorisent l'imagination (au moins quand on voyage au bout de la nuit).
Restent des formules choc, nées de l'imagination féconde de Céline, peu ou prou "contaminée" par les expériences surréalistes de son époque, bien que d'un autre bord politique et qui se font
amères ici.
On notera donc au passage moult citations, dont on ne peut pas toujours nier la vérité profonde dont voici quelques-unes:
- Une ville sans concierge ça n'a pas d'histoire, pas de goût, c'est insipide telle une soupe sans poivre ni sel, une ratatouille informe.
- C'est peut-être cela qu'on
cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir soi-même avant de mourir.
- Le peuple, il n'a pas d'idéal, il n'a que des besoins.
-
Le cinéma, ce nouveau petit salarié de nos rêves on peut l'acheter lui, se le procurer pour une heure ou deux, comme un prostitué.
- Le ventre des femmes recèle toujours un enfant
ou une maladie.
- Etre seul, c'est s'entraîner à la mort.
- Il existe pour le pauvre en ce monde deux grandes manières de crever, soit par l'indifférence absolue de vos
semblables en temps de paix, ou par la passion homicide des mêmes en la guerre venue.
Et on peut en trouver encore bien d'autres.
PS: la Place Clichy, en illustration, lieu où commence le roman.
Comment les mètres peuvent-ils être carrés alors que ma chambre est rectangle? Il y a quelque chose
qui ne tourne pas rond, j'vous l'dit, moi !
Voici un poème que j'ai écrit cet après-midi, au gré du hasard qui a laissé parler les mots:
J'avais enfilé pour toi les ailes de l'Ange aux yeux de clarté
Couverts du sinistre bandeau de l'amour
Cette étoffe touffue à la teinture de l'été
Qui recouvre les âmes putrides de clinquants toujours
Mon regard noyé dans les eaux saumâtres du bonheur
Te couvrait de "je t'aime" au parfum acidulé
Mais ton coeur déjà se couvrait d'une noire froideur
Et ton regard, déjà, se parait d'une lame d'acier
Inconscient du châtiment de ma prochaine déchéance
Je reçus en plein poitrail le coup du couperet fatal
Cet hideux métal qui ravale au rang d'animal
Et vous crève de hurlements en hurlements de souffrance
L'hiver vénéneux étendit sa couche de saleté blanchâtre
Sur mon corps chétif à la plaie béante
Banissant à jamais toute lueur de mon triste âtre
Couvent de moines morts ouvert à ma détresse d'épouvante.
Et peu importe, automne, été ou printemps
Ces hideux assassins horlogers de nos heures
Les saisons sont mortes en mon coeur
Et les attraits de l'amour de bien miséreux amants
De souillures rémanentes en crachats de sang
Le temps n'y peut rien et n'apaise rien
Et les joies futures de l'amour, inutiles serments
Sont des nains impuissants à me procurer du bien
Les blessures du passé, ces sicaires du malheur
Ont fait leurs basses oeuvres de sourds
Et jamais la promesse à venir de bonheurs
Ne sera jamais assez fort pour me rendre à l'amour.
Copyright Historianman, 29/03/08
Les lendemains déchantent toujours !
J'ai horreur des lendemains d'anniversaire lorsque les mauvaises nouvelles vous tombent sur la gueule sans
prévenir.
C'est ainsi que C. m'a appris, tout à l'heure, sur msn que son nouveau copain avait obtenu sa mut en Normandie à la rentrée et qu'il allait le suivre.
Le seul mec proche de moi géographiquement, avec lequel je m'entendais super bien et avec lequel j'avais réussi à maintenir un lien d'amitié à défaut d'autre chose: putain, j'ai fait quoi au bon
Dieu ?????
Vais encore me retrouver bien seul dans cette putain de merde de ville à la con avec des homos aussi cons qu'elle !
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