Pour une fois -cela ne m'était pas arrivé depuis longtemps-, j'ai envie de faire un post très sérieux, à vocation historique.
Nous sommes en 1904, en Namibie, alors colonie allemande sous le nom de Sud-Ouest africain. Le 11 janvier de cette année-là, Samuel Maharero entraîne sa tribu hereros à se révolter contre les colons et l'administration allemandes.
Disposants de nombreux fusils (6000, dit-on), ils sabotent les voies de chemin de fer, le télégraphe et incendient les fermes. Le nombre des victimes allemandes inquiète le gouvernement allemand qui nomme comme commandant en chef du Sud-Ouest africain un homme connu pour sa dureté: Lothar von Trotha.
S'il sous-estime, dans un premier temps, la valeur combative et l'intelligence des hereros, il opte pour une nouvelle stratégie à la bataille de Waterberg, en août 1911, qui consiste à encercler par trois côtés les troupes hereros ne leur laissant qu'une seule issue: le désert du Kalahari.
Les Hereros y cherchèrent alors refuge, mais Trotha fit en sorte que les puits fussent empoisonnés et des postes de garde furent installés à intervalles réguliers avec ordre de tirer sans sommation sur chaque hereros, homme, femme ou enfant, qui se présenterait.
Un rapport allemand de l'époque souligne le but recherché en précisant que le désert "...allait compléter ce que l'armée allemande avait commencé: l'extermination de la nation Héréro".
Et pour faire pièce à cet épisode, Trotha signe un ordre d'extermination selon lequel « A l'intérieur des frontières allemandes, chaque Herero, armé ou non armé, sera abattu. Je n'accepterai pas plus de femmes ou d'enfants. »
Commence alors une déportation massive des Hereros dans le désert Omaheke, totalement privés d'eau. Plusieurs dizaines de milliers d'entre eux périrent de soif et de faim en quelques semaines (60 000, d'après certains historiens).
Les survivants furent enfermés dans des camps de concentration inspirés de ceux faits par les Britanniques en Afrique du Sud lors de la révolte des Boers quelques années plus tôt. La moitié des prisonniers sont morts en captivité de malnutrition, dissenterie et mauvais traitements.
Des expérimentations médicales sur les détenus furent menées par le généticien Eugen Fischer qui, de retour à Berlin, fit part du résultat de ses recherches à l'institut d'anthropologie, d'hérédité humaine et d'eugénisme.
Ce dernier, qui fut à l'origine des théories raciales du IIIème Reich ( D'après Wikipedia "Il expérimente avec son équipe ses théories sur les Roms et les Africains. Il fait pratiquer une stérélisation forcée de centaines de milliers d'individus comme les retardés ou les malades mentaux parce que "racialement déficients". En 1936, les "bâtards de Rhénanie" se retrouvent ainsi pour moitié envoyés en camp de concentration, l’autre moitié étant stérilisée de force sous la supervision du docteur Fischer.") et bien qu'il fut aussi l'un des professeurs de Josef Mengele, est mort en 1967 dans une totale impunité.
Quand les actions de Trotha furent connues à Berlin, l'opinion s'émut et il fut démis de son commandement.
Entre-temps, la population des hereros, estimée à 80 000 personnes au début de la guerre, ne compte plus que 15 000 individus fin 1911.
Ce génocide, contrairement à celui des Arméniens, par exemple, n'est pas reconnu par l'ONU, ni par la France, pourtant si prompte à voter une loi reconnaissant le génocide arménien.
Pourtant, on en retrouve toutes les caractéristiques:
- une volonté politique délibérée menée avec l'accord de l'empereur Guillaume II
- des critères raciaux ou ethniques choisis : éliminer les Hereros pour libérer les terres pour les colons allemands et empêcher les mélanges raciaux
- un nombre massif de victimes, civiles pour l'essentiel, avec femmes et enfants
- une organisation « rationnelle » et planifiée du massacre
- une documentation disponible en archives, par le biais des compte-rendus détaillés des opérations, rédigés par von Trotha et ses subordonnés.
Il est à noter que l'Allemagne, sans envisager d'indemnisation, a reconnu en 2004 la responsabilité morale et historique et la culpabilité des Allemands à cette époque.
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