Texte Libre



            L'homme irritait, énervait parfois, passait pour Vieille France et passablement ringard, à la fois mode et kitsch dans un apparent faux paradoxe, adulé et détesté tout à la fois par des intellos bien pensants agacés de ne pouvoir le classer dans une case bien définie, mais il ne laissait pas indifférent, lui qui, un jour, définit l'amour de la sorte: " Aimer quelqu'un, c'est lui tenir la tête sur la cuvette quand il vomit, et n'en être pas dégouté! ou plutôt l'en aimer davantage" et proclamait sa faiblesse pour le "petit Fogiel", comme il aimait à l'appeler.
C'est que Pascal Sevran était, tout simplement, inclassable et comme tout homme, composé de multiples strates et facettes auxquelles on ne pouvait le réduire, incompréhensible si on ne le saisissait pas en son entier, en ses contradictions multiples et parfois irréconciliables qui font d'un homme un être de chair et de sang.
Peut-être, lui-même parfois, se demandait-il souvent qui il était et avait peur d'être incompris faute de se comprendre lui-même, parfois.

            De Sevran, je ne connais que l'homme de télé et l'auteur de chansons; je n'ai jamais rien lu de lui, même pas son Journal qui, écrit pour être publié, ne m'a pas donné l'envie, jusqu'ici d'avoir la curiosité d'y jeter n'y serait-ce qu'un coup d'oeil. Il a fallu qu'il meurre pour que je découvre qu'il avait reçu le prix Roger Nimier, en 1979, et j'avoue que si jamais je lis quelque chose de lui, ce sera d'abord cette oeuvre primée d'une époque où il ne faisait pas encore la Une des télés.

            On parle beaucoup, depuis hier, du fameux "Il venait d'avoir 18 ans", écrit pour Dalida, une chanson que j'avais oubliée, que j'ai redécouverte à l'adolescence et qui, à ce moment-là, me procura l'émotion rare que créent certains chansons que l'on entend la première fois et qui marquent par un trouble indéfinissable et une érection des poils sur les bras.
N'en doutons pas, dans les chansons qu'il écrivait pour les autres, c'est aussi un peu de lui-même qu'il livrait; cela est vrai d'"Il venait d'avoir 18 ans", cela l'est aussi d'autres chansons écrites pour Dalida notamment, où c'est un peu de lui qu'il distille à travers des mots qui sont censer parler d'elle.
Qui pourra nier, en effet, qu'à travers "Comme disait Mistinguett" ou "A ma manière", c'est un peu de lui qu'il parlait.




publié dans : Le coin des variétés commentaires (4)   
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Commentaires

Je n'ai jamais rien lu de lui non plus, mais, en réécoutant fortuitement, ces jours derniers, Il venait d'avoir 18 ans, je me suis dit que le texte de cette chanson ne pouvait qu'avoir été écrit par un homme pour un autre homme. C'était finalement une idée intéressante que celle de faire chanter son histoire (?) ou ses fantasmes (?) par quelqu'un d'autre.
commentaire n° : 1 posté par : jardinbaroque (site web) le: 11/05/2008 07:59:58
Reconnaissons que je ne le trouvais guère sympathique dans son rapport aux autres. Enfin, maintenant qu'il est passé de l'autre côté...

Tiens, historian écrit beaucoup ici ces temsp-ci !
commentaire n° : 2 posté par : jack27 le: 11/05/2008 09:58:44

Après Jacques Martin, encore une grande perte pour la télévision de qualité...

commentaire n° : 3 posté par : Antinoüs (site web) le: 16/05/2008 12:13:32

Moi non plus Jerem je ne le regardais pas, mais comme Jardin B je lui reste reconnaissant du "il venait d'voir 18 ans" qui m'émeut toujours autant.
Et puis, la dégradation des choses fait que ce que l'on trouvait médiocre il n'y a guère semble maintenant avoir une certaine qualité.

commentaire n° : 4 posté par : Henri-Pierre (site web) le: 23/05/2008 23:06:14

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