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Alexandre Ribot, 12 juin 1914

22 Mai 2014 Publié dans #Déclarations ministérielles

11ème législature (1er juin 1914 - 19 octobre 1919)

 

Déclaration ministérielle d'Alexandre Ribot qui présente son gouvernement à la Chambre des députés, le 12 juin 1914.

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90214773/f1.highres

Messieurs,

 

Les élections à la Chambre des députés ont montré que la France reste profondément attachée aux institutions républicaines, qu’elle veut continuer dans la paix l’évolution sociale et politique, qu’elle est prête à accepter tous les sacrifices nécessaires pour garder son rang de grande nation dans le monde.

Ce pays laborieux, si plein de ressort dans les moments difficiles, a besoin d’un gouvernement qui s’inspire avant tout des grands intérêts de la nation.

Le ministère qui se présente devant vous, composé de fermes républicains, ne recule pas devant les difficultés de la tâche ; il ne peut, il ne veut vivre qu’avec la confiance d’une majorité républicaine dans les deux Assemblées.

L’état des finances du pays exige de notre part et de celle des Chambres un effort énergique et soutenu. Nous vous saisirons sans délai d’un projet d’emprunt pour faire face aux dépenses extraordinaires déjà faites ou dès maintenant engagées de la guerre et de la marine et de l’occupation du Maroc.

Nous demanderons au Sénat d’examiner d’urgence, pour les incorporer dans la loi de finances, les dispositions votées à la fin de la dernière législature par la Chambre des députés à l’effet d’établir un impôt général sur le revenu. Nous pensons que ceux qui ont l’aisance ou la richesse tiendront à honneur de donner l’exemple, en prenant leur part des charges militaires.

Nous vous proposerons dans le projet de budget de 1915 les mesures nécessaires pour compléter l’œuvre de la restauration de nos fiances ; mais, dès maintenant, nous tenons à vous indiquer que nous ne ferons appel à aucune majoration de taxe frappant les consommations de première nécessité et les boissons hygiéniques.

La progression inquiétante de nos dépenses ne peut continuer sans un péril grave. Notre devoir rigoureux sera de nous opposer à tout crédit nouveau qui ne serait pas justifié par une évidente nécessité. C’est seulement par un parti pris de sévère économie qu’avec l’aide des plus-values et le supplément de ressources à tirer d’impôts nouveaux malheureusement indispensables, nous pourrons sortir des embarras de la situation présente.

Notre effort ne tendra pas seulement à limiter les dépenses, à réformer les anciens impôts, mais aussi à inspirer au pays la confiance si nécessaire au développement de ses forces économiques, gage le plus sûr de l’équilibre budgétaire.

La loi sur la durée du service militaire, votée dans la précédente législature après de longs débats où toutes les opinions ont été librement exposées, vient à peine d’entre en application. Elle ne peut être remise aujourd’hui en question. Les lois militaires sont, de toutes les lois, celles qui ont le plus besoin de stabilité.

Si nous commettions la faute d’ébranler la loi, alors que rien n’est changé dans l’équilibre des forces militaires en Europe, nous perdrions, en même temps que la sécurité dont nous avons besoin, l’effet moral qu’ont produit le vote de la loi et son acceptation par le pays.

Nous vous demanderons de voter le plus tôt possible une loi de préparation militaire de la jeunesse. Nous prendrons, d’accord avec vous, les mesures nécessaires pour donner une plus solide organisation aux réserves, qui sont une partie essentielle de la force de l’armée.

Nous veillerons à ce que l’administration militaire fasse rendre à la loi tout ce qu’elle peut donner, qu’elle ne néglige rien pour mieux protéger la santé de nos soldats et empêcher tout gaspillage des sommes consacrées à la défense nationale.

La politique extérieure de la France continuera à s’inspirer des mêmes vues. Nous nous servirons de la force que nous donnent notre immuable alliance et notre entente avec une nation dont la précieuse amitié nous est acquise pour contribuer autant qu’il dépendra de nous, à la paix générale. Notre action sera d’autant plus efficace que notre état militaire ne sera pas diminué. Dans l’âpre concurrence des nations pour l’expansion de leur influence, un grand pays doit consacrer de jour en jour plus d’attention à sa politique extérieure et redoubler de vigilance et d’énergie pour défendre ses intérêts et élargir ses positions.

Nous demanderons au Sénat de hâter le vote du projet de loi ayant pour objet de protéger l’école laïque contre des attaques injustifiées et de mieux en assurer la fréquentation en développant l’action des caisses des écoles.

En ce qui concerne la réforme électorale, qui a si malheureusement divisé les républicains dans la dernière législature, notre effort tendra à réaliser un accord nécessaire entre eux et entre les deux Chambres.

L’un des devoirs les plus importants d’un gouvernement démocratique soucieux du maintien de la paix sociale est de travailler au développement des institutions de prévoyance et d’assurance. Nous ne manquerons pas à ce devoir, non plus qu’à celui d’entreprendre sérieusement la lutte contre la tuberculose et contre l’alcoolisme, non seulement par des mesures directes, mais aussi par la création d’habitations salubres qui est à nos yeux une œuvre de défense de notre race contre les périls qui la menacent et par conséquent une œuvre de défense nationale.

Dans les questions de politique intérieure, notre direction se résume en ces trois termes : défense laïque, justice fiscale, justice sociale.

Vous savez maintenant dans quel esprit et avec quelle foi républicaine et démocratique nous entreprendrons la tâche dont nous sommes chargés. Nous avons répondu sans faiblesse à l’appel qui nous a été fait dans des circonstances difficiles. Nous avons pris nos responsabilités : c’est à vous, messieurs, de prendre les vôtres.

Nous adressons aux républicains des deux Chambres, l’appel le plus pressant. S’ils veulent bien nous accorder leur confiance, nous mettrons à remplir notre devoir envers le pays et envers la république tout ce que nous avons de force et de dévouement, sans autre ambition que de mériter votre estime en travaillant de tout cœur à la prospérité et à la grandeur de notre pays.

 

La demande de priorité à l’ordre du jour présenté par les députés Combrouze et Pierre Berger («  La Chambre, résolue à maintenir la loi des trois ans tant que les circonstances extérieures n’auront pas changé, à poursuivre une politique de justice fiscale et de défense laïque, approuve les déclarations du gouvernement, et repoussant toute addition, passe à l’ordre du jour »), sur laquelle le gouvernement engage sa confiance, est repoussée par 306 voix contre 262 ; c’est l’ordre du jour présenté par les députés Dalimier et Puech («  La Chambre, respectueuse de la volonté récemment exprimée par le suffrage universel, résolue à ne donner sa confiance qu’à un gouvernement capable de réaliser l’union des forces de gauche et repoussant toute addition, passe à l’ordre du jour ») qui reçoit cette priorité avant d’être adopté sur le fond par 374 voix contre 187.

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