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Aristide Briand, 27 juillet 1909

4 Mai 2014 Publié dans #Déclarations ministérielles

9ème législature (8 juin 1906 - 8 avril 1910)

 

 

Déclaration ministérielle d'Aristide Briand qui présente son gouvernement à la Chambre des députés, le 27 juillet 1909.

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90431955/f1.highres

" Messieurs les députés,

 

Appelé par M. le Président de la République à assumer les responsabilités du pouvoir, le Cabinet qui s’offre à votre confiance est animé de la ferme volonté de préparer par l’union et l’action loyales des Républicains, une politique de paix, de réformes et de progrès.

Pour servir à l’extérieur la politique de paix, nous resterons inébranlablement fidèles à l’alliance et aux amitiés que le gouvernement de la République a contractées. Attachés à la fois à assurer le respect de la France, de sa dignité et de ses droits à garantir la paix du monde, nous persévérerons dans la politique suivie notamment par le précédent ministère. Cette politique, qui recueillit votre approbation constante, ne permet aucun doute sur la sincérité de nos desseins pacifiques. Elle a contribué à accroître le crédit par lequel la France a pu, avec une autorité grandissante, concourir, dans un esprit de conciliation, au règlement des difficultés internationales.

Cette autorité lui vient à la fois de la continuité de ses vues, du prestige qu’elle tient de sa puissance d’expansion morale, de sa force militaire et de sa force navale. Sur la situation actuelle de la marine, des critiques se sont produites. Le gouvernement est prêt à dégager la vérité et à rendre plus efficaces, par une refonte organique, les sacrifices consentis par le pays. Les critiques les plus sévères ont, d’ailleurs, mis hors de cause l’esprit d’abnégation, la valeur professionnelle, le dévouement patriotique de nos marins qui sont, comme leurs camarades de l’armée de terre, dignes de la gratitude et de la confiance du pays.

La politique de défense laïque et de progrès social affirmée tant de fois par la majorité républicaine, s’est traduite par des lois importantes. Nous voulons en assurer la continuation en rappelant à la démocratie que rien ne se fonde ni ne se développe sans esprit de suite et de méthode. C’est dans cette pensée que le gouvernement vous demandera votre concours pour réaliser les réformes préparées soit par une discussion déjà ouverte, soit par le labeur des commissions. Au premier rang de ses préoccupations, le gouvernement place le vote rapide du budget, comptant sur les Chambres pour en terminer une fois de plus l’examen dans la période normale, et, surtout, à l’heure où nous sommes, avec le souci prédominant des finances publiques et de l’intérêt général.

Au point de vue social, le gouvernement, sans négliger aucune des réformes inscrites à votre ordre du jour, appliquera son principal effort à faire aboutir devant le Sénat, de façon qu’il puisse être voté dans cette législature, le projet de loi des retraites ouvrières et paysannes.

Nous ne resterons indifférents à aucun des problèmes que posent l’évolution et l’organisation des travailleurs. Nous pensons que le devoir de la République est d’étendre progressivement à tous les travailleurs de l’agriculture, du commerce et de l’industrie un système complet d’assurances sociales et de les aider à obtenir une situation moins précaire. En échange, la République, fondée sur le suffrage universel et qui leur a donné la liberté politique et la liberté syndicale, leur demande d’évoluer dans la légalité et de répudier la violence.

La Chambre a voté après de longs et consciencieux débats, la grande réforme fiscale destinée à introduire plus de justice dans la répartition de l’impôt. Nous avons la confiance que le gouvernement obtiendra l’adhésion du Sénat au projet d’impôt sur le revenu. Aucun effort ne nous coûtera pour défendre devant la Haute Assemblée la volonté nettement exprimée par la Chambre.

La Chambre a décidé d’inscrire en tête de son ordre du jour la réforme électorale. Le gouvernement ne méconnaît ni l’importance de la question, ni la nécessité du débat, mais il n’échappe à personne qu’il ne peut prendre parti qu’après avoir appuyé son opinion sur l’étude des faits. Dès maintenant, il pense qu’il y aura lieu de proposer à la Chambre de mettre le pays en mesure de faire, dans les élections municipales, l’essai méthodique d’un système de proportionnalité.

A la suite de ce débat, le gouvernement pressera la Chambre de voter le projet réglant le statut des fonctionnaires et insistera auprès du Sénat pour qu’immédiatement après le vote des retraites ouvrières, ce projet indispensable soit lui aussi adopté. Nous assurerons ainsi aux serviteurs de l’Etat, dans le loyalisme et le dévouement professionnel desquels nous avons pleine confiance, les libertés et les garanties légitimes. Mais il ne peut être question ni de tolérer l’interruption des services publics, ni de constituer une nation privilégiée dans la nation elle-même qui reste une et dont le Parlement seul a qualité pour dire la volonté.

Le Parlement est saisi de projets sur l’enseignement secondaire privé, la fréquentation scolaire, la responsabilité des maîtres, la stricte exécution de notre législation scolaire. Cet ensemble de réformes est destiné à mettre l’enseignement laïque à l’abri des attaques de ses adversaires qui sont en même temps les ennemis de la République. C’est dire l’intérêt qui s’attache au vote de ces projets.

Messieurs, il ne suffit pas de voter des réformes. Il faut, pour qu’elles soient fécondes, un pays prospère sachant mettre en valeur les instruments nécessaires à la richesse publique. Au premier rang de ceux-ci se placent les moyens de transport. Il importe de les développer. Dès la rentrée sera déposé un projet d’autonomie des ports. Nous vous demanderons aussi de mettre à la disposition de nos agriculteurs l’outillage économique, les canaux d’irrigation qui leur sont indispensables, de porter remède à la situation malheureuse de nos régions viticoles en donnant satisfaction aux vœux exprimés par leurs représentants autorisés.

La révision douanière devra être reprise et poursuivie dans l’esprit qu’avaient indiqués nos prédécesseurs.

Messieurs, si quelques-uns trouvaient trop vaste le plan méthodique et raisonné dont nous vous demanderons de vous inspirer, nous répondrions que le premier devoir du gouvernement, à quelque époque qu’il ait la charge du pouvoir, est de travailler à organiser la démocratie. Pour cette tâche qui est de tous les instants, nous comptons, dans le Parlement et dans le pays, sur la force agissante des républicains. Républicains nous-mêmes, nous plaçons la République au-dessus de toute conception personnelle. La République est la condition nécessaire de la prospérité nationale et du progrès social. Nous n’apercevons sa grandeur, loin des querelles intestines, que dans l’œuvre réformatrice dont nous serons, avec vous, les continuateurs ".

 

L’ordre du jour de confiance au gouvernement, présenté par les députés Ajam et Drelon (« La Chambre, approuvant les déclarations du gouvernement et confiance en lui pour être l’interprète de la majorité républicaine, passe à l’ordre du jour ») et accepté par le gouvernement, est adopté à 306 voix et 46 contre.

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