Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Et Henriette fut jugée...

28 Juillet 2014 Publié dans #Quelques événements de 1914

http://gallica.bnf.fr/proxy?method=R&ark=bpt6k565141w.f1&l=4&r=1288,3288,493,400

 

Bien plus que les conséquences de l'attentat de Sarajevo, c'est le procès d'Henriette Caillaux qui passionne les journaux en cette fin de juillet 1914, au point, très souvent, d'en publier le compte-rendu sténographié.

L'accusée, femme d'un célèbre homme politique de la IIIème République et père de l'impôt sur le revenu, Joseph Caillaux, est accusée de meurtre avec préméditation contre la personne de Gaston Calmette, directeur du Figaro. Le rappel des faits ici et de ses conséquences politiques .

 

La Cour est présidée par Louis Albanel, ami personnel de Joseph Caillaux, assisté des conseillers Dagoury et Katz; le conseiller Roty est désigné comme assesseur suppléant.

Le procureur général Jules Herbaux, promu commandeur de la Légion d'honneur quelques jours auparavant, est assisté de l'avocat général Mornet.

La défense est assurée par Maître Fernand Labori assisté par Messieurs Lebeau et Adrien de Pachmann, ses collaborateurs.

La partie civile est soutenue par Maître Charles Chenu, assisté de Maitre Seligman.

 

Tout est en place pour que se déroule, entre le 20 et le 28 juillet, un procès à grand spectacle et multiples rebondissements où rien n'y manque:

- Henriette Caillaux, sobre, émouvante, calculatrice, jouant le rôle de la femme légitimement outragée que seule la passion aurait animée sans vouloir tuer;

- une déposition indirecte du président de la République; 

- Joseph Caillaux, dans le rôle de  l'homme traqué qui fait du tribunal une arène politique et y affronte Louis Barthou qui attribue la chute de son gouvernement en décembre 1913 à ce dernier;

- Madame Gueydan, ex épouse Caillaux qui provoque un grand tumulte avec les fameuses lettres intimes;

- des experts en tout genre chargés de convaincre les jurés qu'Henriette Caillaux a visé ou n'a pas visé Calmette;

- un président du tribunal tellement complaisant avec l'accusée et son camp qu'il s'attire une critique de l'un de ses assesseurs, critique révélée publiquement par le Figaro, au point qu'un duel est programmé (la guerre empêchera sa tenue);

- une partie civile qui s'efforce de démontrer que ce n'était pas la publication de lettres intimes que craignait Henriette Caillaux mais le rapport Fabre et qu'elle aurait été manipulée par son mari pour assassiner Calmette;

- une défense qui plaide, au contraire, le crime passionnel;

- des jurés dont le choix n'a pas été tout à fait neutre (Fernand Labori parvint à se procurer la cassette contenant la liste des membres du jury, pouvant ainsi récuser les jurés hostiles au parti radical. Pour expliquer que l'urne ait été descellée, l'huissier évoqua une malencontreuse chute dans l'escalier pour expliquer cet « incident »);

- une claque stipendiée par un député corse proche de Caillaux, chargée d'acclamer ou de huer les témoins en fonction de témoignage...


Tout contribue à faire de ce grand procès une sorte de mascarade ridicule qui n'a rien à envier aux actuelles émissions de télé réalité et dont l'accusée ressort libre, comme bien souvent, à l'époque, dans ce genre d'affaires quand la meurtrière est une femme (voir le procès de Marguerite Steinhell en novembre 1909).

Commenter cet article