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Et l'archiduc fut assassiné...et la guerre éclata

28 Juin 2014 Publié dans #Quelques événements de 1914

http://www.larousse.fr/encyclopedie/data/images/1313351-Fran%C3%A7ois-Ferdinand_et_la_duchesse_de_Hohenberg.jpg

(François-Ferdinand et Sophie de Hohenberg une heure avant l'attentat)

 

L'histoire est connue: le 28 juin 1914, à Sarajevo, après avoir échappé à un premier attentat, l'archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d'Autriche-Hongrie et son épouse morganatique, Sophie de Hohenberg, alors qu'ils se rendaient au chevet des blessés, étaient assassinés par un jeune étudiant serbe de Bosnie, Gavrilo Princip, 19 ans (une balle traversa la carrosserie de la voiture et atteignit l'archiduchesse au bas-ventre, l'autre atteignit l'archiduc à la carotide).

 

Qui trouve-t-on derrière l'attentat ?

Les deux conspirateurs du 28 juin étaient membres de "Jeune Bosnie", une organisation nationaliste pro-serbe favorable à une politique d'attentats contre des dirigeants autrichiens depuis l'annexion de la Bosnie-Herzégovine par l'Autriche-Hongrie en 1908 et soutenaient l'idée de création d'une "Yougoslavie" regroupant tous les Slaves du Sud autour de la Serbie.

 

Autriche-Hongrie et Serbie, des rapports exécrables

La Serbie était alors le pire cauchemar des dirigeants austro-hongrois qui ne voyaient pas sans inquiétude cet Etat s'agiter de façon brouillonne à ses portes, revendiquer, comme nous l'avons dit, l'union de tous les Slaves du Sud autour de lui et tenter de pousser son avantage à l'issue des deux guerres balkaniques (1912 - 1913). A terme, c'était la stabilité de l'Autriche-Hongrie, Etat multinational, qui pouvait se retrouver totalement fragilisé et exploser sous cette poussée nationaliste.

Aussi, depuis longtemps, certains hauts dirigeants austro-hongrois, notamment le général en chef Franz Conrad von Hötzendorf, un proche de François-Ferdinand, étaient favorables à une guerre préventive qui eût mis fin aux prétentions serbes.

L'attentat de Sarajevo allait leur donner le prétexte qu'ils cherchaient: les armes utilisées avaient été fournies, en effet, par une association serbe "L'Union ou la mort", plus connue sous le sobriquet de "La Main noire", dirigée par le colonel Dimitrievic, chef du service de renseignements de l'état-major de l'armée serbe.

Quant aux opinions publiques, chauffées à blanc, à Vienne, elles accusèrent véhémentement la Serbie, alors qu'à Belgrade, elles applaudirent à l'attentat. Et le premier ministre serbe, Nicolas Pasic, eut beau présenter ses sincères condoléances au gouvernement de Vienne tout en refusant de reconnaître une quelconque responsabilité de la Serbie, son incapacité à arrêter cette campagne journalistique et populaire légitimant l'attentat finit par le placer dans une situation intenable entre réserve et coopération qui finit par lui nuire.

 

Le soutien allemand

Ce n'est pas la première fois que l'Autriche-Hongrie veut régler par les armes son contentieux avec la Serbie, mais, jusqu'ici, son principal allié, l'Allemagne, s'y était toujours opposée.

Ce n'est plus le cas début juillet 1914 pour plusieurs raisons:

- on juge qu'après ce qui vient de se passer, il est légitime que la Serbie reçoive un châtiment exemplaire

- on s'inquiète de la perte d'influence de l'allié austro-hongrois dans les Balkans et de son amoidrissement politique et militaire en général; une guerre permettrait de rétablir ses positions

- on pense pouvoir circonscrire la guerre à un conflit local entre l'Autriche-Hongrie et la Serbie. C'est la raison pour laquelle l'Allemagne s'opposa longtemps à toute réunion des "puissances non intéressées" pour trouver une solution amiable, craignant qu'elle ne débouche sur une guerre générale

- on accepte néanmoins le risque d'une guerre avec la Russie, puissance considérée comme belliqueuse à Berlin (et donc le risque d'un conflit généralisé) car le renouveau de la puissance russe après sa défaite contre le Japon et la révolution de 1905 donne des sueurs froides aussi bien à Moltke qui dirige l'armée qu'au chancelier impérial Bethmann-Hollweg.

Pour eux, si La Russie n'acceptait pas que le conflit restât localisé et intervenait militairement pour soutenir la Serbie,   il serait opportun de faire la guerre immédiatement car on estime qu'au plus tard en 1916, elle aura obtenu une supériorité numérique en nombre de combattants et aura achevé la construction de voies ferrées stratégiques qui lui permettront une offensive rapide, rendant caduc le plan Schlieffen   (lequel repose sur l'idée d'une mobilisation russe lente, donnant le temps de se retourner contre l'adversaire le plus faible, la France, et de la battre, avant de s'attaquer au plus fort, la Russie).

Cette crainte était d'ailleurs renforcée par l'impression d'encerclement par les puissances de la Triple-Entente (France, Russie, Royaume-Uni) et la hantise d'avoir à combattre sur deux fronts en cas de guerre.

 

Toutes ces raisons amenèrent Berlin à donner un feu-vert à l'Autriche.

Cependant on pariait tout de même sur un conflit qui aurait d'autant plus de chances de n'être qu'un conflit local qu'à la condition que l'Autriche-Hongrie frappât rapidement. Ce ne fut, hélas, pas le cas.

 

Pourquoi des délais si longs entre le 5 juillet (date du feu vert allemand) et le 23 juillet, date de remise de l'ultimatum austro-hongrois à la Serbie ?

S'il existe, à Vienne, de nombreuses personnes favorables à l'intervention, il en est d'autres, tout aussi puissantes, qui s'y montrent hostiles, tel le premier ministre hongrois, Istvan Tisza. Ce n'est qu'à la mi-juillet qu'il est "converti" à l'idée d'une guerre contre la Serbie.


Quelles conséquences ?

Entre-temps, en Russie, où l'on prêchait la modération au départ, l'opinion des élites s'est radicalisée et, au sein même du gouvernement, où, depuis janvier, des nationalistes extrêmes ont été nommés (notamment Goremykine le nouveau premier ministre et Nicolas Maklakov à l'intérieur), on estime désormais urgent d'adopter une ligne d'une extrême fermeté sous peine de devoir renoncer à toute politique ambitieuse auprès des Slaves du Sud et d'abandonner les Balkans aux intérêts austro-allemands.

La Russie y est d'autant plus poussée qu'elle sait pouvoir compter sur le soutien inconditionnel de la France, son alliée, comme l'ont rappelé le président de la République Poincaré et le président du Conseil, Viviani lors de leur visite officielle à Saint-Petersbourg qui a eu lieu du 21 au 23 juillet (" La Serbie a des amis très chaleureux parmi les Russes; la Russie a une alliée, la France. Que de complications à craindre ! " affirme Poincaré en guise d'avertissement).

 

L'Autriche-Hongrie ne veut rien entendre

L'ultimatum que l'Autriche-Hongrie fit parvenir à la Serbie le 23 juillet (et pour lequel elle n'a que 48 h. pour répondre) était rédigé de telle sorte que Belgrade ne puisse l'accepter car il revenait à en faire une sorte de protectorat austro-hongrois. Pourtant, Belgrade accepta tout, sauf le dernier point sur la présence de fonctionnaires austro-hongrois en Serbie qui participeraient à la répression du mouvement incriminé.

   A Berlin, l'empereur Guillaume II qui a pris soudain conscience de la proximité de la catastrophe, estima que la réponse conciliante de la Serbie ne justifiait plus une guerre; il encouragea l'Autriche-Hongrie a demander plutôt un gage pour l'exécution des engagements pris. Vienne n'en tint aucun compte (elle avait déclaré la guerre le 28 juillet, à la Serbie et le lendemain bombardait  Belgrade), d'autant plus que Moltke envoyait, de son côté un message de nouveau soutien total à son homologue austro-hongrois.

 

La Russie provoque l'étincelle fatale; la France trop passive

Guillaume II essaya aussi d'agir, le 29 juillet, en contactant Nicolas II, son cousin, par télégramme afin d'empêcher la guerre (télégrammes Willy-Nicky). En vain.

Nicolas II, soumis à d'énormes pressions, hésita beaucoup, donna son accord pour la mobilisation générale le 29 juillet, puis l'annula suite à l'échange des télégrammes pour la remplacer par une mobilisation partielle, avant de se rétracter et de confirmer l'ordre de mobilisation générale le 30 juillet. L'état-major fit alors en sorte de couper les communications pour éviter un éventuel revirement !

La France, pourtant alliée de la Russie, n'avait même pas été avertie ou consultée préalablement de cet ordre de mobilisation générale russe. Il faut dire que Poincaré et Viviani ne regagnèrent la France que le 29 juillet, mais ils ne firent rien ensuite pour faire pression sur leur allié russe et se contentèrent de "suivre".


La suite est malheureusement bien connue

" L'Allemagne demande à la Russie de démobiliser dans les douze heures, et annonce qu'en cas contraire sa propre mobilisation s'effectuera.

L'Allemagne demande à la France ce qu'elle fera en présence de la mobilisation russe.

Elle insiste pour le savoir aujourd'hui même, dans des termes tels qu'on doit s'attendre au rappel de son ambassadeur. Il n'y a donc plus rien à faire hélas ! que de préparer la grande rencontre, que, depuis tant d'années, les représentants de la France et du gouvernement français s'efforcent d'empêcher.

La France sera digne de son passé, de son histoire. " (Edito de Stephen Pichon, ancien ministre des affaires étrangères dans Le Petit Journal du 31 août 1914)

 

Devant l'absence de démobilisation russe et l'absence précise de réponse française, l'Allemagne mobilisa ses troupes à son tour et déclara la guerre à la Russie le 1er août.

La France, par réaction, décréta, le 1er août, la mobilisation générale de ses forces, bien consciente des divers signes parvenus des zones frontalières laissant percevoir une attaque prochaine de l'Allemagne. Cependant, par précaution, et en signe de paix, elle décida, à la grande fureur du commandant en chef Joseph Joffre, de démilitariser une zone de 8 km aux abords de nos frontières pour éviter tout incident.

Le 02 août, la neutralité luxembourgeoise était violée par l'Allemagne avant que ce ne soit celle de la Belgique et le 03 août, elle déclarait la guerre à la France.

 

Le Royaume-Uni, resté en retrait dans cette crise, sinon pour proposer une médiation refusée par l'Autriche-Hongrie et l'Allemagne, et empétré dans une situation de tension extrême en Irlande à cause de la question du Home Rule, décida à son tour de déclarer la guerre à l'Allemagne le 04 août, tant pour protester contre la violation de la neutralité belge que pour refuser la remise en cause de l'équilibre européen que l'agression allemande laissait planer en Europe de l'Ouest. Il était inacceptable pour lui, traumatisé depuis des années par la montée en puissance de l'économie et de la marine de guerre allemande, d'accepter que celle-ci puisse mettre les pieds à Anvers.

 

Et l'Autriche-Hongrie ?

Paradoxalement, il faut noter la grande inconséquence de ses dirigeants qui furent les derniers à croire que leur conflit avec la Serbie resterait localisé: ainsi, s'il bombardent Belgrade dès le 28 juillet,  ils ne décrétèrent la mobilisation générale de leurs troupes que le 31 en réponse à la mobilisation russe du 30 !

 

Conclusion

Militaires sortant du cadre de leurs fonctions pour imposer leur tempo aux politiques; molesse du tsar Nicolas II qui se conduisit comme un "capitaine de pédalo"; lenteur du kaiser Guillaume II à réaliser le danger; léthargie française face à son allié russe; manque de fermeté de Berlin à l'égard de Vienne; aveuglement et entêtement stupide de l'Autriche-Hongrie ... les responsabilités s'entrecroisent pour mener à la catastrophe alors que, par le jeu des alliances, chacun avait les moyens de peser et de modérer ses partenaires belliqueux.


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