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Louis Barthou, 25 mars 1913

22 Mai 2014 Publié dans #Déclarations ministérielles

10ème législature (1er juin 1910 - 4 avril 1914)

 

 

Déclaration ministérielle de Louis Barthou qui présente son gouvernement à la Chambre des députés, le 26 mars 1913.

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9021603g/f1.highres

Messieurs,

 

Le gouvernement qui se présente devant vous ne vous apporte pas un vaste programme, auquel le temps de réalisation ferait défaut ; mais il espère obtenir votre confiance par la netteté de son attitude et de ses déclarations.

Aucune préoccupation ne domine à ses yeux la nécessité d’assurer la défense nationale par des mesures indispensables et urgentes. L’accroissement déjà acquis des forces militaires des autres peuples avait imposé au précédent cabinet le devoir de vous soumettre un projet de loi portant à trois ans la durée du service, égal pour tous. Ce devoir et ce projet, nous les faisons nôtres. Nous ne nous dissimulons pas la lourde charge qui en résultera pour le pays ; mais un tel sacrifice n’est pas au-dessus ni de son patriotisme réfléchi, ni de sa volonté de vivre.

Tandis que la prolongation du service renforce nos effectifs permanents, le vote des crédits militaires mettra nos armements à la hauteur de toutes les situations. Le vote des projets de lois sur les cadres du génie et sur les cadres de la cavalerie complétera une organisation qui appelle impérieusement une refonte. Enfin, le développement de la marine nationale, de ses effectifs et de ses cadres, de ses ports et de ses établissements sollicitera au même degré notre attention et notre vigilance. La France républicaine a prouvé, au cours d’événements récents, son attachement désintéressé à la paix du monde ; mais elle ne saurait, sans se trahir elle-même, renoncer aux efforts qui peuvent seuls maintenir la protection de ses intérêts, de sa dignité et de sa sécurité.

L’année qui reste ouverte devant la législature ne sera pas inféconde, malgré tant de difficultés accumulées par de redoutables problèmes, si elle resserre l’union, plus que jamais nécessaire, de tous les républicains. Le gouvernement donnera à ce rapprochement sa collaboration la plus active. Un conflit prolongé entre les deux Chambres ne pourrait servir que les rancunes ou les desseins des adversaires de la république. Il importe d’y mettre fin par une transaction dont le vote de la Haute Assemblée sur la réforme électorale ne rend pas le succès impossible. Nous ferons appel à l’esprit politique du Sénat pour accorder avec le principe majoritaire qu’il a adopté, une représentation équitable des minorités. Le problème n’est pas insoluble. La réunion d’une commission interparlementaire, dont le gouvernement facilitera l’œuvre, pourra aider à la solution et enlever ainsi aux partis extrêmes une arme meurtrière et l’occasion des coalitions les plus dangereuses.

La Chambre mènera à bonne fin la discussion des projets relatifs à la fréquentation scolaire et à la défense de l’école laïque. En protégeant les écoles publiques contre des outrages, des campagnes et des manœuvres qui deviennent de plus en plus intolérables, la république rendra au dévouement de ses maîtres la tranquillité qu’il serait à la fois périlleux et injuste de leur refuser plus longtemps.

La politique financière du cabinet poursuivra avec vigilance un triple objet : maintenir à son rang le crédit de la France, assurer l’équilibre de nos budgets par des recettes normales et permanentes ; tenir des promesses déjà anciennes envers la démocratie, en particulier envers la démocratie rurale, si surchargée et si courageuse. La justice, consacrée par la doctrine de la Révolution, et aussi par leur propre intérêt commandent aux citoyens les plus fortunés de contribuer selon leurs facultés aux dépenses publiques dont ils retirent leur sécurité ; nous poursuivrons donc sans défaillance le vote prochain de l’impôt sur le revenu, rendu plus que jamais nécessaire par les lourds sacrifices imposés aux populations laborieuses.

Attaché à développer par des lois de plus en plus humaines le progrès social à l’intérieur, le gouvernement de la république s’est constamment appliqué à faire prévaloir au dehors, dans les conseils de l’Europe, un esprit de conciliation et de haute impartialité. Strictement fidèles aux pactes d’alliance et d’amitié qui contribuent à notre sûreté extérieure, nous continuerons à coopérer, avec toutes les puissances, au règlement pacifique du conflit balkanique. L’équité dont nous persisterons à nous réclamer pour les droits d’autrui nous apparaît comme la meilleure sauvegarde des grands intérêts économiques, financiers et moraux que la France s’est acquis à l’Orient.

Tels sont, messieurs, les principes généraux dont s’inspirera notre action politique si le Parlement veut bien la seconder de son concours. Hommes de bonne foi et de bonne volonté, nous avons à une heure difficile, accepté le gouvernement moins comme un honneur que comme un devoir. Nous avons limité nos promesses aux possibilités qui s’offraient à nous de les tenir. Républicains unis pour une œuvre commune, nous voulons servir la démocratie et la France avec l’appui confiant des républicains.

 

L’ordre du jour de confiance au gouvernement, présenté par les députés Méquillet et Albert Noël (« La Chambre, approuvant la politique générale du gouvernement, confiante en lui, et repoussant toute addition, passe à l’ordre du jour.») et accepté par le gouvernement, est adopté par 225 voix contre 162.

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