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Sivens, le barrage de la honte

31 Octobre 2014 Publié dans #C'est juste mon avis

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Il aura fallu la mort tragique d'un jeune manifestant de 21 ans pour qu'un rapport d'experts sorte soudain des placards et pointe la totale responsabilités des élus locaux, droite et gauche confondus, dans la mise en chantier, sans étude sérieuse, d'un barrage inadapté aux besoins locaux, surdimentionné, avec un nombre de bénéficiaires surestimé et sans prise en compte réelle de l'impact sur l'environnement - un rapport qui d'ailleurs rejoint, sur un autre sujet, celui de la Cour des comptes concernant les TGV où, là aussi, le rôle des élus locaux est clairement montré du doigt (gonflement des chiffres de rentabilité, des prévisions de trafic...), et on pourrait citer encore bien d'autres projets et réalisations, tout aussi pharaoniques, dispendieux en deniers publics, décidés sans aucune étude sérieuse ou contre l'avis d'études sérieuses parfois (ici, avis défavorable du Conseil National de protection de la Nature, par exemple), par des élus peut-être plus soucieux de toucher des pots-de-vin insoupçonnés ou de cacher leur mauvaise gestion que d'être économes de l'argent public.

On ne peut aussi que souligner la passivité du préfet qui a forcément vu passer le dossier entre ses mains puisqu'il a un rôle de contrôle et qu'il a déclaré le projet d'intérêt public, et dont les services se sont montrés défaillants à ne pas réagir face à cette gabegie.

Enfin, ce barrage démontre, encore une fois, les conséquences dangereuses de la décentralisation qui a multiplié les potentats locaux, tel ce Thierry Carcenac, élu depuis 1979, président du conseil général du Tarn depuis 22 ans, député, sénateur, chargé de missions auprès de divers ministres socialistes, potentat qui n'a pas hésité - pauvre con ! - à considérer qu'il était stupide et bête de mourir pour des idées.

Car la vérité est toute simple, Monsieur Carcenac et ses collègues élus de gauche et de droite, ont d'abord voulu réaliser une opération-magouille.

En effet, ils sont membres du conseil d'administration de la Compagnie d'Aménagement des Coteaux de Gascogne qui ne fonctionne que sur capitaux publics et qui ne vit que des commandes publiques. Or, la baisse continue des subventions de l'Etat aux collectivités menaçait dangereusement la pérennité de la structure.

De plus, le ministre qui a donné son accord au projet, Philippe Martin, est un ami personnel de l'actuel président de la structure, François Daguzan, qui a été son vice-président quand il était président du Conseil général du Gers.

Le barrage a alors été considéré comme la "poule aux oeufs d'or" qui allait permettre de renflouer la Compagnie qui se trouve être à la fois le concepteur du barrage, l'exploitant de l'eau d'irrigation jusqu'à l'agriculteur, le fournisseur des matériels d'irrigation fixes et mobiles, le conseiller technique et le facturateur d'eau (un tel cumul laisse bien songeur).

Vous comprenez donc que ce barrage inadapté ne l'a pas été par erreur ou méconnaissance, mais, bien au contraire, par la volonté des élus qui ont voulu maintenir à flots une structure artificielle et ne vivant que de l'argent des contribuables.

Manque de pot pour ces élus qui s'entêtent avec leur "barrage à fric", la mort d'un jeune homme est venu perturber la magouille qui, sans cela, serait passée totalement inaperçue.

Oui, le barrage de Sivens est bien le barrage de la honte et de la magouille politicienne.

Et il démontre l'urgence, non de réformer la décentralisation, mais d'y mettre fin et de rendre le pouvoirs à de véritables experts qui ne soient plus inféodés au monde politique (ingénieurs, techniciens, universitaires, grands corps de l'Etat: mines, Ponts-et-chaussées...).


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