Les rapports entre la loi et les religions sont, par nature, complexes, puisque vous avez, d’un côté, une loi définie par un dogme immuable et intangible auquel nul ne peut toucher et, de l’autre, une loi de l’Etat qui n’est, elle, pas contingente au dogme et peut même être en totale contradiction avec.
Prenons par exemple, l’égalité hommes/femmes, la prêtrise des femmes ou le mariage des prêtres ; la loi française reconnaît l’égalité des citoyens entre eux (ils peuvent donc théoriquement tous se marier) et les droits égaux de l’homme et de la femme là où certaines religions, dont la catholique, les nient.
Les textes législatifs et normatifs de notre République croient avoir tout dit quand ils affirment la liberté de conscience pourvu que cela ne trouble pas l’ordre public pour justifier que la loi ne puisse contraindre le dogme à se renier.
Est-ce à dire, pourtant, que, si demain, le scandale des prêtres auxquels il est interdit de se marier troublait l’ordre public, l’Etat interviendrait pour forcer l’Eglise à respecter la loi ? Rien n’est moins sûr et je défie quiconque de prévoir à l’avance qu’elle serait la réponse d’un tribunal si, soudainement, un prêtre un peu moins docile, portait l’affaire en justice pour obliger l’Eglise à respecter les lois du pays qui l’accueille.
Car, pour l’instant, force est de constater que les lois nationales ne s’appliquent pas en totalité aux Eglises dans la mesure où elles s’affranchissent de tout ce qui est contraire à leur dogme, dût, celui-ci, être en contradiction avec les lois qui fondent notre démocratie.
Mais, à partir du moment où l’Etat ne peut pas, ou ne veut pas contraindre les Eglises à conformer leur dogme avec les lois de la République, il est bien évident que toute protestation contre ces Eglises pour les archaïsmes de leur dogme par les citoyens deviendraient caduques : on ne peut pas obliger les religions, à s'adapter à la tolérance et aux lois civiles, puisque elles défendent un dogme sacré, donc non modifiable.
Autant on peut légitimement demander à l'Etat, dont c'est la mission, d'assurer dans la réalité le droit à l'égalité et à
l'indifférence et de le faire enseigner, autant le combat contre les religions ressort d'un autre domaine sur lesquels les moyens d'action, de protestation etc. touchent non plus aux pratiques
sociales, mais aux croyances donc non plus à la raison, mais à la foi.
Or, peut-on, au nom de la raison, contraindre la foi à se
renier?
Mais, dans ce cas, cela voudrait dire que les homos qui défilent en communautés religieuses séparées lors de la Gay Pride (triste spectacle, en vérité, de voire que la volonté de visibilité passe derrière les clivages religieux, même à la Gay Pride où les juifs, les musulmans, les catholiques … sont incapables de défiler sur un même char pour montrer qu’ils mènent un combat commun et non un combat communautariste) ne viennent, en fait, qu’étaler un problème d’ordre privé qui relève de leur conscience sur lequel l’Etat n’a pas les moyens d’agir puisque, au nom de la liberté de conscience, il reconnaît aux Eglises le droit de s’affranchir de certaines lois républicaines.
Reste à savoir si la paix religieuse peut d’acheter au prix du l’indépendance des dogmes religieux par rapport aux lois civiles et s’il est normal ou pas que l’égalité homme/femme, l’obligation du célibat, l’interdiction pour les femmes d’accéder à certaines fonctions, la statut subalterne, quand ce n’est pas le rejet de l’homosexualité, puissent être encore tolérés par l’Etat au nom de la liberté de conscience.



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