Texte Libre


Mon fils à moi
est le premier long métrage de Martial Fougeron et, il faut le dire, un coup de maître.
Sobre, ne cédant jamais dans la facilité ou le cliché et proche en cela d'une certains réalité, poignant, servi par des acteurs au jeu irréprochable, il mérite d'être vu et connu.

Sorti sur les écrans en mars 2007, il met en scène une famille de la "Upper Middle Class" (la haute classe moyenne) française où la mère, jouée par Nathalie Baye, mère au foyer et ultra-possessive qui n'accepte pas que son fils ( Victor Sévaux) devienne un ado.

Elle entreprend de contrôler entièrement sa vie jusqu'à multiplier les brimades et vexations diverses, dans un jeu malsain et pervers, allant jusqu'à le couper totalement du monde réel, sombrant dans un véritable délire de possession à chaque nouveau fait où elle constate que son fils pourrait lui échapper jusqu'à ne pas voir les signaux d'alertes qui se multiplient et qui prouvent que son fils va de plus en plus mal.

Pendant ce temps, le père de famille (Olivier Gourmet), un professeur d'université souvent absent même quand il est présent, fait semblant de ne rien voir lui aussi et refuse de se mêler de rien pour n'avoir surtout pas à affronter sa femme ou se charger de problèmes domestiques.

Le fils, qui n'a pas le caractère ni le poids pour résister, préférant taire ce qui se passe chez lui, se retrouve donc seul face à cette femme, totalement enfermé dans cet enfer carcéral, contraint par le poids des habitudes à obéir; en retour, une haine de plus en plus grande va naître en lui contre cet être qui est sa mère, jusqu'au geste final dont le réalisateur à tourné deux versions, celle diffusée en salle et une se terminant par un matricide.


Mon Fils à Moi bande-Annonce

et, ci-dessous, une scène du film:

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Les enfants du Paradis, de Marcel Carné, dialogues de Jacques Prévert, musique de Joseph Kosma et décors d’Alexandre Trauner, tourné dans des conditions difficiles entre 1943 et 1944 et sorti en mars 1945 sur les écrans, est sans doute le chef-d’œuvre absolu du cinéma français sans que l’on puisse expliquer par des mots cette « magie », en sorte que nous dirions, un chef-d’œuvre, ça ne s’explique pas, ça se regarde.


            Film sur le théâtre et la pantomime, joué par des acteurs dont beaucoup ont faut leurs débuts au théâtre, dont l’action se construit autour du Boulevard du Temple, surnommé le Boulevard du crime à cause des nombreux meurtres représentés dans les mélodrames que l’on jouait dans les théâtres populaires qui bordaient ces lieux et des actes délictueux et beaucoup plus réels qui s’y commettaient (voir le personnage de Lacenaire), il permet à Carné, sans en avoir l’air, de transgresser les carcans de la société sous prétexte de peindre un milieu populaire auquel, traditionnellement, une plus grande « tolérance » dans la licence est acceptée, sans être forcément approuvée, tout en se situant dans un registre qui oscille entre rêve, réalité et clichés répandus dans la littérature sentimentale (ex : le comte qui tombe amoureux d’une théâtreuse, le jeune rêveur romantique, l’assassin au charme mystérieux …)

Or, de tous ces éléments, Carné et Prévert vont s’en servir pour casser les codes et contester, sans en avoir l’air, la morale « vichyssoise » de l’époque.


            Ainsi, Garance (Arletty) est-elle une femme qui a beaucoup vécu comme le montrent la facilité à laquelle elle cède à Frédérik Lemaître (Pierre Brasseur est admirable dans ce rôle qui lui va comme un gant), ses réparties spirituelles issues du bon sens populaire du pavé parisien et son affirmation de sa liberté de femme ; liberté à la fois vraie et illusoire, car, pour un crime qu’elle n’a pas commis, elle doit se placer sous la protection du Comte de Montray (Louis Salou) qui est tombé amoureux d’elle après l’avoir vu jouer aux Funambules et y renoncer.


            Ainsi Lacenaire (Marcel Herrand), personnification de la figure mythique de l’assassin romantique, homme qui, aigri par son manque de réussite par des moyens légaux, s’estime persécuté par la société et décide de s’en venger par tous les moyens, y compris sa sexualité : gestes, façon de toucher le bras d’Avril (Fabien Loris), son complice, certains dialogues, font allusion à son homosexualité (du reste, Marcel Herrand lui-même était homo et le fait qu’on lui ait confié le rôle n’est peut-être pas anodin du tout. Au moins, pour une fois, un homo était réellement joué par un homo à l’écran). Certains pourront reprocher à Carné d’avoir donné dans le cliché homosexualité/perversion/criminalité, mais pouvait-il faire autrement avec un personnage comme Lacenaire et pouvait-on, à l’époque, même quand on était homo soi-même (ce qui est le cas de Carné), représenter autrement l’homosexualité dans la France de Vichy sous peine de ne pas passer la censure ?


            Ainsi enfin, Frédérik Lemaître (Pierre Brasseur), bon vivant qui joue aussi bien sur scène que dans la vie et qui scandalise autant qu’il amuse par son plaisir à profiter de la vie en renversant les tabous de la société : ainsi couche-t-il avec Garance sans plus de façon, ainsi tourne-t-il en ridicule les auteurs de l’Auberge des Adrets auxquels il « taille un costard » en se payant le luxe de refaire leur pièce en mettant les rieurs de son côté, tout en rêvant de monter un jour sur scène, Othello de Shakespeare.


            Face à ces figures, on trouve les personnages du mime Baptiste Debureau (Jean-Louis Barrault) et de Nathalie (Maria Casarès).

Baptiste est ce jeune homme romantique que l’on pourrait croire sorti de la littérature « fleur-bleue » de l’époque de même que Nathalie, jeune fille très « comme il faut » de l’époque, donc mièvre, enfermée dans les clichés qui, pour elle, sont les clés du bonheur domestique ; jeune fille si effacée que ne connaît d’elle que son prénom et rien de sa vie, comme pour nous la rendre encore plus transparente.

Alors que, comme dans toute littérature classique, les deux tourtereaux devraient tomber dans les bras l’un de l’autre, Garance vient troubler le jeu et provoquer un amour indélébile dans le cœur de Baptiste qui, par timidité, n’ose coucher avec elle, la laissant échapper alors qu’il l’aime profondément.

Amour que le temps et l’éloignement de la belle ne sauront effacer, pas plus qu’une union avec Nathalie, comme, de son côté, Garance ne pourra l’oublier.


            Pourtant, nulle « happy end » à ce film ; le destin, comme au théâtre, emporte les hommes : Lacenaire assassine le comte de Montray pour accomplir le sien et Garance, telle le destin fatal, malgré une nuit passée avec Baptiste, s’enfuit et le rend à son bonheur domestique à jamais impossible, tandis qu’elle-même disparaît à jamais sans que Baptiste ait pu la rattraper.

D’ailleurs, dans le film, Garance, unique lien avec tous les personnages, hormis le Boulevard lui-même, n’est-elle autre chose que la personnification du destin qui s’en va une fois son œuvre accomplie ?

Alors, laissons-lui le mot de la fin, ou presque :

 


Les Enfants du Paradis
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En 1953, sortait sur les écrans ce film de Vittorio de Sica, réalisé en anglais, co-production entre la compagnie de ce dernier et celle du producteur hollywoodien David O. Selznick dont l'actrice Jennifer Jones qui dans le film donne la réplique à Montgomery Clift, était la femme à l'époque.

Les relations furent très vite tendues entre le réalisateur et son irascible producteur qui voulait imposer sa vision des choses et souhaitait faire du film une histoire d'amour un peu mièvre tandis que de Sica, soutenu par Clift, voulait, au contraire, peindre les ruines d'une histoire romantique entre un homme et une femme qui se séparent au milieu de la foule ordinaire de la gare de Rome qui est le lieu unique où se déroule tout le film.

Le résultat final, à l'écran, est conforme aux voeux de de Sica qui passa outre les avis de son producteur; cependant, si on est loin du navet, on ne peut pas dire non plus que ce soit une oeuvre réussie. Le jeu de Jennifer Jones, pourtant grande vedette à l'époque, à quelque chose de statique, inerte, inexpressif alors qu'elle est sensée être tiraillée entre la résolution qu'elle a prise de rejoindre son mari et sa fille à Philadelphie et l'homme qu'elle s'apprête à quitter malgré les sentiments qu'elle semble éprouver pour lui.
A côté, Clift semble faire ce qu'il peut pour sauver le film où, comme à chaque fois, il ne joue pas, il est, tellement il se coule avec facilité dans les personnages qu'il interprète. Pourtant, selon sa biographe, Patricia Bosworth (dommage qu'elle n'existe qu'en anglais), il détestait ce film et le dépeignait comme étant le plus mauvais de sa carrière à ses propres dires.

A noter que ce film porte en italien le nom de Stazione Termini, et en anglais, celui de Terminal Station ou de Indiscretion of an American Wife, suivant qu'il s'agisse de la version complète ou de celle réduite à 64 minutes, rééditée par Selznick.
De même, si on attribue le script au seul Truman Capote, celui-ci révéla plus tard n'en avoir écrit que deux scènes.
Enfin, c'est à Christian Dior que l'on doit les toilettes portées par Jenifer Jones à l'écran.

PS: parce que je sais qu'il y a quelqu'un que çà intéresse, la musique du film est due à Alessandre Cicognini à qui l'on doit aussi celles du Retour de Don Camillo et de Vacances à Venise.

Film disponible en VO sous-titrée en français.

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            Dans le résumé que j'ai fait, il y a quelques temps, du livre d'Eugen Kogon sur les camps de concentration, je signalais la mention, par l'auteur, de nombreux enfants dans ceux-ci.

            Le film de 1948, de Fred Zinneman, The Search (Les Anges marqués en Français, titre qui le résume intelligemment), réalisé dans la zone d'occupation américaine en Allemagne (avec pour décors les ruines des villes allemandes d' Ingolstadt, Nuremberg et Würtzburg), a justement ces enfants libérés des camps pour sujet.
Ces enfants qui se retrouvent séparés, parfois définitivement, de leur famille et qui sont pris en charge par l'UNRRA (United Nations Relief and Rehabilitation Administration).
Commençant comme une sorte de documentaire, il cherche d'abord à montrer le traumatisme subi, notamment lorsqu'il insiste sur les conséquences psychologiques des camps qui prennent ici un tour dramatique puisque l'un des enfants, après être monté, non sans crainte, dans une ambulance dont le pot d'échappement défectueux laisse échapper une odeur de gaz, panique, s'enfuit avec d'autres et finit par se noyer dans un fleuve pour échapper à ses poursuivants qu'il confond avec les nazis.

            Parmi ces enfants se trouve un jeune tchéque (Ivan Jandl) dont on n'a pu établir l'identité parce que, profondément marqué (on découvrira plus loin dans le film qu'il porte un matricule d'Auschwitz sur le bras), il refuse de répondre ou alors se contente de répéter en allemand: " Ich weiß nicht".
Enfui avec les autres enfants, se retrouvant seul après la noyade de son camarade français qui l'avait pris sous sa protection (camarade qui, par parenthèse, parle français dans le film qui est en VO sous-titrée; apparemment, la version en français n'est pas en vente; je ne l'ai pas trouvée en tout cas), il erre dans les ruines avant d'être pris en charge par un ingénieur militaire américain venu en Allemagne aider à la reconstruction des ponts détruits par la guerre, Steve Stevenson (Montgomery Clift) qui lui apprend, notamment, à parler Anglais.

            Pendant ce temps, la mère de l'enfant (Jarmila Novotna) que tout le monde croit morte gazée à Auschwitz, est à la recherche de celui-ci.
Même si le traditionnel "happy end" se trouve à la fin, la façon dont le traite Zinneman montre que, pour lui ce n'est pas le moment le plus important du film et qu'il y a bien des situations qui demeurèrent hélas tragiques pour ces trop souvent orphelins et enfants restés sans parents après la guerre avec des personnes qui se dévouèrent pour les prendre en charge.

Plusieurs choses à noter:
- le film reçu l'Oscar pour le meilleur scénario
- Clift reçut, pour ce film, sa première nomination comme meilleur acteur (hélas, il ne devait  jamais recevoir d'Oscar comme tel)
- Jarmila Novotna qui joue la mère de l'enfant était une très célèbre cantatrice de l'époque qui avait fui le nazisme)
- Ivan Jandl reçut l'Oscar du meilleur "jeune" mais ne fut pas autorisé à quitter la Tchécoslovaquie pour le recevoir.
La bande-annonce n'est pas terrible, mais c'est tout ce dont on dispose sur le net pour l'instant:

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Tous les enfants de ma génération se souviennent d’avoir vu, soit à la télé, soit à l’école sur un grand écran blanc, et même sûrement plusieurs fois, ce film sorti en 1967 et qui fut le premier film tourné par Claude Berri et inspiré de sa propre histoire avec, dans le rôle du vieil homme, Michel Simon et dans celui de l’enfant, Alain Cohen.

 

Nous sommes en 1943, Claude (Alain Cohen) a huit ans ; il est juif. Seulement, il est insouciant du danger, malgré les tentatives du père pour lui expliquer la situation.

 Ses gaffes, ses bêtises et ses maladresses qui sont celles d’un enfant de son âge, obligent ses parents à déménager régulièrement puis, par sûreté pour leur vie aussi bien que pour la sienne, à l’expédier à la campagne où il est accueilli par un couple de vieillards, Pépé (Michel Simon) et Mémé (Luce Fabiole).

Pépé est un ancien de la Grande Guerre, fervent admirateur du Maréchal, antisémite, fan des éditos radiophoniques de Philippe Henriot et ennemi du Front Populaire ; sa seule consolation dans sa vie est son chien, Kinou, âgé de 15 ans et qui, symboliquement, meurt le 6 juin 1944 (A l’époque, cette scène me faisait toujours venir quelques larmes, pfff).

Pourtant, sans savoir que l’enfant est juif, Pépé va retrouver une seconde jeunesse à son contact (jouant au bolchevik avec un couteau entre les dents, chantant « le pinard, c’est de la vinasse » ...), comme si l’enfant lui faisait oublier le temps qui a passé, comme s’il lui donnait le sentiment d’être à nouveau utile, un sens à sa vie.

L’enfant lui, bien que victime de la vindicte « anti-parisienne » de ses camarades, se sent plus libre à la campagne et découvre une autre facette de la vie au contact du vieillard.

L’antisémitisme devient, lui-même, un sujet de terreur, un « jeu » auxquels les deux se livrent et les remarques « naïves » de l’enfant ne sont pas sans faire évoluer Pépé qui, à la fin du film, tout en reconnaissant qu’il n’y comprend plus rien au monde, affirme que les Juifs, finalement, ce sont des gens comme les autres.

Est-il, d’ailleurs, jamais dupe de lui-même, ce vieillard qui écoute en cachette la BBC sous prétexte de savoir quels bobards les alliés vont encore inventer?

 

Quoi qu’il en soit, c’est un beau film humaniste que nous livre ici Claude Berri à travers ces deux vieillards pétainistes et antisémites qui, par devoir d’humanité, sans demander rien à l’enfant et sans rien savoir de ses origines, l’ont pris en charge comme n’importe quel autre être humain avait le devoir de le faire.

L’Occupation n’a jamais été une période toute en noir et blanc ; ce film est là pour nous le rappeler. D’autres suivront sur la même veine ; on pense en particulier à Monsieur Batignolles.

 

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