Texte Libre

Sortant de la relecture, toujours très instructive de la bio de Mitterrand par Jean Lacouture (je conseille fortement, au passage), je m’attaquai, pour la première fois à la lecture intégrale d’une œuvre d’André Gide : Les caves du Vatican, publiée en 1914.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que je ne suis pas du tout sorti emballé de cette lecture au contenu plutôt insipide, sans direction et à l’intérêt très relatif.

C’est comme si l’auteur avait inventé des personnages dont il ne sait que faire et sur lesquels il nous raconte des détails qui n’ont aucune importance pour l’histoire et sur laquelle ils n’ont aucune influence ni pour dresser leur portrait.

Bref, c’est une parodie de littérature, peut-être voulue, mais qui, en tout cas, sonne faux et a terriblement vieilli,  y compris ce pseudo-complot dont le pape serait la victime et dont on se dit que ses personnages sont benêts d’y croire et Gide un imbécile pour avoir inventé une intrique aussi médiocre et même pire que celle de Dan Brown, c’est dire.

Au final, un sujet qui aurait pu être intéressant s’il n’avait été massacré par l’auteur : la notion d’acte gratuit, mais tellement mal mis en valeur, perdu, un peu par hasard, à la fin du roman comme si, soudain, Gide s’était souvenu qu’il devait raconter une histoire, qu’il en perd toute sa force et que l’on a peine à y porter l’attention qu’un tel sujet aurait dû mériter. C’est dommage.

Bref, pas du tout convaincu par ce sous-Balzac et ce sous-roman policier ; Gide que l’on a connu plus inspiré quand il parle du Congo ou de l’URSS, ne m’a pas du tout séduit et il y a fort peu de chance que je lise un jour une autre de ses œuvres.

 

publié dans : Lectures commentaires (0)   
ajouter un commentaire

Dans Chien Blanc, publié en 1970, Romain Gary nous replonge dans l'année 1968 aux Etats-Unis où il vit la majeure partie du temps avec son épouse, Jean Seberg, très engagée dans la lutte pour les droits civiques des noirs et en France.

            Chien Blanc est un berger allemand recueilli par l'auteur et qui a été élevé pour chasser du noir dans les Etats du Sud. Placé dans un chenil afin d'être "rééduqué", il est confié à la responsabilité d'un noir, Keys, qui va en faire un chien chasseur de blancs, comme si au racisme blanc devait nécessairement répondre un racisme noir tout aussi dénoncé par l'auteur (" C'est tout de même triste de voir les Juifs rêver d'une Gestapo juive et les Noirs d'un Ku-Klux-Klan noir"; "Des Noirs qui trahissent leurs frères en nous rejoignant dans la haine, perdent la seule bataille qui vaille la peine d'être gagnée").

            Il dénonce aussi ceux qui, dans les deux camps, se servent de la cause anti-raciste pour des raisons intéressées, les hypocrites de tous bords, y compris certains acteurs hollywoodiens, ceux qui feignent de ne pas voir qu'ils sont complétement américanisés dans leurs réactions, comme par exemple, ces juifs américains venus d'Europe de l'Est mais qui parlent de "nous autres, esclavagistes américains", (cela vaut de la part de Gary un passage acerbe: " Vous me faites mal au ventre avec votre culpabilité. En 1963, j''étais chez mon avocat israélite à New York au moment où la télé annonçait la mort du pape Jean XXIII. Il n'y avait là que des Juifs et ils pleuraient tous comme des veaux, c'était à croire qu'on venait de crucifier leur seigneur Jésus-Christ") ou Malcolm X qui voyait dans le religion musulmane l'incarnation de l'âme africaine ("Lorsque Malcolm X écrit, à propos des Blancs: "Comment pourrais-je aimer l'homme qui a violé ma mère, tué mon père, réduit mes ancêtres en esclavage?", c'est pourtant exactement cela qu'il fait, lorsqu'il se jette dans les bras du Prophète ...", rappelant que les Arabes musulmans sont les premiers destructeurs de l'identité africaine et que les Africains étaient convertis par les musulmans par l'épée, quand ils n'étaient pas vendus comme esclaves ou eunuques aux négriers portugais, anglais ou américains); ceux qui défendent la cause noire et seraient prêts à laisser crever un mendiant blanc dans la rue sous prétexte qu'il n'est pas noir; ceux qui (freudiens et autres psys) en sont restés au mythe de l'homme naturellement bon corrompu par la société pour expliquer la violence des noirs qui se vengeraient à juste titre des humiliations subies pendant des siècles ...

            Prophétiquement (le livre a été publié en 1970), il dénonce déjà les évolutions qui sont celles de notre société actuelle: l'histoire mémorielle version repentance (" Il serait inique et indigne d'en vouloir aujourd'hui et de leur faire grief des crimes de leurs ancêtres, lesquels n'étaient pas des crimes à l'époque et la montée des communautarismes. Rien de plus aberrant que de vouloir juger les siècles passés avec les yeux d'aujourd'hui").

           Enfin sur le mai 68 français, autant il montre de la sympathie pour le mouvement de grève des ouvriers (il narre une rencontre émouvante avec une ouvrière de chez Renault qui lui demande de l'aide pour tenir alors que la CGT les lâche dans leur lutte), autant il est plus ambivalent avec le mouvement étudiant qui lui rappelle sa jeunesse des années 30 (Gary se met à tagger les murs de slogans de l'époque des années 30), s'interrogeant notamment sur le rôle des mass-media dans l'exacerbation des passions ( "Nous vivons à une époque d’extraordinaire contagion psychique. Parce qu’un type tue Martin Luther King, un « contaminé » à Berlin va immédiatement tenter de tuer un leader des étudiants allemands. Il faudrait faire une étude profonde de la traumatisation des individus par les mass media qui vivent de climats dramatiques qu’ils intensifient et exploitent, faisant naître un besoin permanent d’événements spectaculaires. (…) J’en viens même à me demander si une sorte de besoin de création ne finit pas par pousser à la violence ceux des jeunes qui n’ont pas de talent artistique ou d’autres moyens de s’exprimer" dit-il dans des propos attribués à Robert Kennedy).

publié dans : Lectures commentaires (1)   
ajouter un commentaire



Nous venons d'achever la lecture du 1940/1945: années érotiques: Vichy ou les infortunes de la vertu de Patrick Buisson.

Pas vraiment de surprise à cette lecture qui reprend, sur le sujet, des constats qui ont pu être faits par d'autres, tant sur l'analyse morale des raisons de la défaite que sur la licence des moeurs durant l'Occupation.

S'appuyant sur les écrits des élites de l'époque, il dresse de l'Exode et de la défaite un tableau de dépravation des moeurs sans précédent qui suffirait à justifier, sinon à excuser la volonté moralisatrice de Vichy et à expliquer la défaite de ce peuple "femelle" que serait devenu le peuple français amolli par des années de  radical-socialisme, de relativisme franc-maçon et d'esprit Front populaire.
Certes, ce fut le discours des élites de l'époque, il serait vain de le nier, mais nous lui reprocherons de ne pas assez montrer en contrepoint ce que ce discours a de surfait. En effet, sur un autre sujet, François Cochet à montré qu'un tel discours existait déjà chez les élites de l'avant première guerre mondiale sur le peuple.

Par contre, nous avons apprécié ces pages où il montre comment et pourquoi la stratégie de Vichy était vouée à l'échec: femmes laissées seules par l'emprisonnement du mari en Allemagne, présence des troupes allemandes sur notre sol, incohérences entre les différents acteurs de la Révolution nationale: la droite catho plus ou moins alliée aux familiaristes, défenseurs de la famille et de ses valeurs traditionnelles s'opposent aux natalistes, prêts à ranger la morale dans un coin pourvu que les Françaises fassent des enfants et aux Collaborationnistes, plutôt athées et qu'exaspèrent les bondieuseries de Vichy.
Du reste, l'Occupant ne fit absolument aucun geste pour faciliter ou permettre la réalisation du programme de Vichy tant il trouvait son compte dans la situation.

Echec de Vichy, mais échec de la Résistance aussi dans un premier temps, car, tout comme Vichy, elle veut réformer les moeurs pour rendre à la France sa fierté virile, de sorte que, sur ce plan, Vichy et la Résistance sont du même côté du manche.
Très intéressantes sont d'ailleurs  les pages consacrées à l'attrait de la force physique allemande sur les milieux homos de la Capitale, associant dans l'esprit des futurs Libérateurs l'homosexulité à la Collaboration.
Nous noterons, au passage, que nous sommes loins de la contre-vérité, souvent proclamée d'une déportation des homosexuels français organisée par Vichy ou le Reich (excepté l'Alsace-Moselle, mais qui n'était pas française à l'époque): Vichy ne pouvant pas agir contre des gens protégés par les Allemands et les Allemands n'ayant aucun intérêt à déporter ce qui affaibllissait la race du vaincu.

Enfin, dans ce que décrit Buissson, il insiste, surtout en province, sur le contrôle social mis en place pour surveiller les moeurs et dénoncer, à coups de lettres anonymes, ceux et celles que l'on juge comme des dévergondés et des trainées.
C'est d'ailleurs le sujet du film d'Henri-Georges Clouzot, Le Corbeau, qui décrit la petite ville de Saint-Robin en proie à la peur, la suspicion, l'hystérie et aux réglements de comptes suite à l'envoi de plusieurs lettres anonymes dénonçant les moeurs de certains des habitants.
Film tourné sous l'égide de la Continentale, ce qui lui permit de passer la censure Vichyssoise, il est étonnant de voir qu'il fut interdit à la Libération parce qu'il ne correspondait pas à la vision que les vainqueurs tentaient d'imposer du peuple français, peuple qui se devait d'avoir été héroïque, positif et tendu vers l'esprit de résitance tandis que les élites collaboraient.
En tout cas, si vous en avez l'occasion, n'hésitez pas à regarder ce film aux dialogues qui font mouche (dûs à Louis Chavance) et au scénario bien construit qui vous prend jusqu'au dénouement final.


Le corbeau

publié dans : Lectures commentaires (2)   
ajouter un commentaire


Je viens juste d'achever la lecture de ce petit roman écrit par Pascal Sevran (186 pages), publié en 1979 et pour lequel il reçut le prix Roger-Nimier cette même année.

            Disons-le tout de suite, c'est une agréable surprise que ce livre dont l'écriture est légère, souple, pudique mais pas pudibonde (loin de là), teintée d'humour et de convitions et qui se veut une autobiographie plus ou moins imaginaire d'un écrivain qui s'invente un passé triste et attachant pour combler l'insupportable idée de ne pas laisser de traces dans l'histoire.

            D'ailleurs, on a peine à croire que cette autobiographie n'est pas celle de Sevran lui-même, un Sevran qui aurait vécu l'entre-deux-guerres ( "Il est naturel que ce soit une fausse autobiographie qui semble la plus vraie, dit-il, citant Radiguet) et qui y croise les sommités politiques, intellectuelles et artistiques de l'époque (les nommer toutes est impossible tellement elles sont nombreuses) et notamment Cocteau et Emmanuel Berl auquel le livre est dédié; cet Emmanuel Berl, mari de Mireille (celle du Petit Conservatoire) qui fut le mentor de Sevran mais qui fut aussi, notons-le tout de même, l'auteur des fameux discours du Maréchal Pétain sur les mensonges qui ont fait tant de mal et sur la terre qui ne ment pas.

            Le personnage du roman, lui-même, se retrouve avoir des amis de tous les horizons politiques, y compris sous Vichy, et la phrase qui le résume le mieux et qui résume sans doute aussi Sevran lui-même est sans doute celle-ci: " Depuis plus de 20 ans, on avait remué tant d'idées autour de moi. Certaines m'avaient paru séduisantes mais je n'en avais retenu aucune. Je ne m'attachais qu'aux hommes".

            Bien sur, l'homosexualité n'est pas absente de ce livre et on voit même surgir une idée étrange de la part d'un soi-disant neveu d'Esterhazy, celle d'une histoire d'amour qui aurait mal tourné entre l'oncle et le capitaine Dreyfus.

Prochaine lecture: 1940/1945, les années érotiques: Vichy ou les infortunes de la vertu de Patrick Buisson.

publié dans : Lectures commentaires (2)   
ajouter un commentaire

Je viens de lire d’une traite l’excellente Chronique du règne de Nicolas Ier, écrit par Patrick Rambaud, Goncourt 1997 qui nous croque de façon satirique et croustillante de mots assassins les débuts du règne de Notre Maître Absolu, Notre Leader Maximum, Notre Sublime Majesté, Notre Omniscient Souverain … (les épithètes sont diverses et variées et toutes en liaison avec une facette du personnage), celui qui fait voter des lois qui existent déjà et parle pour ne rien résoudre, de sa Cour, ses conseillers, le cardinal de Guéant et le chevalier de Guaino dont le rôle est «  de mettre en forme les bribes de paroles et le vouloir de Sa Majesté, leur donner une charpente puisque celle-ci n’était pas au fait de notre langue, n’ayant obtenu qu’un pâle 7 sur 20 en français au baccalauréat », l’insolent marquis de Benamou, de ses ministres tapisseries « magnifique collection de potiches », dirigé par le duc de Sablé (« il ne put trouver plus transparent ») et comprenant entre autre la baronne d’Ati qui ne sait rien faire à part faire bosser les autres à sa place et jouer les stars de magazine (« Elle a une vue aérienne des dossiers qu’elle ne consulte même pas »), Kouchner, comte d’Orsay (« Le palais d’Orsay lui fut offert, il en rêvait depuis longtemps, il y courut en souriant », « Partisan mais à voix basse de Johnny Walker Bush »), Borloo, duc de Valenciennes, «  à la chevelure en plumeau » qui, « n’aimant guère se lever tôt, avait un air goguenard et mal réveillé, même le soir », la marquise de La Garde que Sa Majesté aime à cause de « sa façon de truffer ses phrases d’expressions anglaises, ses exploits d’hier à la natation synchronisée », tandis que les députés du Parti Impérial sont ravalés au rang de « Petits pois ».

 

Et pour vous donner encore plus l’eau à la bouche, voici quelques autres passages grinçants :

 

« Ajoutons qu’en ce temps-là, il n’avait point encore le loisir d’obtenir une note prestigieuse par décret, et on saisira son aversion pour les humanités, l’histoire, la géographie, les mathématiques et la philosophie où il stagnait en dessous de la moyenne ».

« Notre Véloce Leader, si vous lui parliez de culture, ne pensait qu’à des champs de maïs ou de haricots ».

« Il changea illico de sujet, évoqua Monsieur de La Fayette que jusqu’à présent il confondait avec les Grands Magasins du même nom, mais il avait épluché les fiches si utiles du chevalier de Guaino dans l’avion, pensez donc ! (…) Tant de savoir laissait Johnny Walker ébahi, lui dont les connaissances historiques n’allaient guère plus loin que Davy Crockett et les frères James qu’il situaient à cause d’Hollywood ».

« « L’esprit religieux et la pratique religieuse peuvent contribuer à apaiser et à réguler une société de liberté », ce qui se vérifiait en effet chaque jour, depuis la Saint-Barthélemy jusqu’aux camions piégés de Bagdad ».

« On découvrit l’existence de quelques ministres qu’on avait crus décédés, endormis ou naturalisés (…) on vit le duc de Valenciennes déplorer la chute d’un autocar de pélerins polonais qui revenaient de Lourdes en chantant « Plus près de toi, mon Dieu », et, ô ironie de la divinité, se fracassa dans un ravin des Alpes »

 

Guaino : « Il tenait un catalogue complet de citations puisant au petit bonheur des mots sonores et colorés qu’il volait à des auteurs de tous bords, charcutait, en tournait le sens pour les mettre dans la bouche de Sa Savante Majesté ... Le chevalier de Guaino était un maître. Parfois, il se plaisait à jouer ; alors, dans un discours, il saupoudrait les périodes avec des imparfaits du subjonctif incongrus et drôles que Sa Majesté déclamait sans s’en apercevoir, convaincue que cela était beau quand cela était grotesque ».

 

Lagarde : «  Elle ne saisissait pas que le petit nombre de chanceux qui parviendraient à travailler plus priverait des milliers d’autre de travailler tout court. Cela s’était vérifié dans bien des royaumes voisins, où l’on travaillait moins mais presque tous, et qui n’en étaient que plus riches, comme la Norvège, la Suisse, le Danemark, la Hollande, la Suède », « Il eût fallu que la Marquise ne possédât point un gésier à la place du cœur et qu’elle eût un œil un peu moins myope ».

 

Excellent aussi le passage sur le Discours de Dakar puisé dans Tintin au Congo.

A lire la découverte de la génétique par Notre Savant Leader, sur la culture du résultat dans la police, sur Sangatte …

 

Comme vous l’aurez deviné, cet ouvrage est un pur moment jouissif.

 

publié dans : Lectures commentaires (3)   
ajouter un commentaire

Texte Libre

Présentation

Commentaires Récents

Syndication

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
 
Blog : Livres sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus