Texte Libre

Comme nos journalistes ne semblent décidément pas très compétents en matière d'histoire et comme, en plus, ils n'invitent jamais d'historiens sérieux sur leurs plateaux pour rétablir la vérité historique, je vais donc, ce soir, revenir sur un point de la réforme des institutions votée hier: la prise de parole du Président devant l'Assemblée:

comment la France en était-elle venue à supprimer ce droit au Président de la République de venir s'exprimer directement devant la représentation nationale ?

En fait, ce sont les monarchistes, majoritaires à l'Assemblée Nationale en 1873, qui décident de réduire fortement le droit du président Adolphe Thiers, rallié à la République, de s'exprimer devant l'Assemblée (loi du 13 mars 1873) afin de réduire son influence sur la chambre.
  
Les interventions orales du président sont ainsi codifiées selon une procédure que Thiers qualifiera de «"cérémonial chinois" :
 
- Ses interventions étaient plus rares en raison de formalités préliminaires : il ne peut intervenir que dans les débats de politique extérieure ; en matière de politique intérieure, le Chef de l'État ne peut qu'exceptionnellement intervenir ; mais il faut pour cela que par une délibération spéciale communiquée par le vice-président du Conseil des ministres à l'Assemblée avant l'ouverture de la discussion, le Conseil des ministres déclare que les questions soulevées se rattachent à la politique générale du gouvernement et engagent ainsi la responsabilité du Président de la République. Ce dernier peut alors prendre la parole, mais à la condition d'observer les formes mises à son intervention dans la discussion des lois : le Président ne peut intervenir dans la discussion d'une loi qu'après avoir, dans un message, informé l'Assemblée de son intention ; la discussion est interrompue par l'arrivée du message et le Président ne peut, en principe, être entendu que le lendemain.  
 
- Ses interventions étaient moins efficaces en raison de la disposition prescrivant qu'aussitôt après le discours du Président, la séance était levée et que la discussion ne pouvait être reprise qu'à une séance ultérieure. Thiers n'avait droit qu'au monologue.  
 
C'est finalement l'article 6 de la loi constitutionnelle du 16 juillet 1875 (une des lois qui fondent la IIIè République) qui fixe la règle qui était encore la nôtre jusqu'à présent:  
 
"Article 6.  
Le président de la République communique avec les chambres par des messages qui sont lus à la tribune par un ministre".

La réforme qui a été votée rend au Président des pouvoirs dont il ne jouissait plus depuis 1873 et surtout depuis 1875 :

" L’article 18 de la Constitution est ainsi modifié :
1° Après le premier alinéa, il est inséré un alinéa ainsi rédigé :
« Il peut prendre la parole devant le Parlement réuni à cet effet en Congrès. Sa déclaration peut donner lieu, hors sa présence, à un débat qui ne fait l’objet d’aucun vote. »".

Pour le meilleur ou pour le pire? seul l'avenir le dira, tant il est vrai que comptent moins les textes que l'usage que l'on en fait; c'est encore plus vrai des textes constitutionnels.

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Comme cela fait plusieurs fois que je m'aperçois que des personnes passent sur ce blogue en quêtes d'infos sur la Révolution Nationale mise en oeuvre par Vichy, j'ai essayé de vous en faire une présentation détaillant les principaux secteurs où on avait tenté de la mettre en place ce qui, je vous le concède, donne un article plutôt long, d'autant plus que j'ai voulu être assez complet sur le sujet et émailler la présentation de citations de discours du Maréchal.
J'espère, tout de même, ne pas avoir trop nui ainsi à la clarté de l'exposé et ne pas avoir été trop élitiste au point de ne rendre cela compréhensible que par des spécialistes.
NB: seule la Révolution Nationale est évoquée ici; vous ne trouverez donc pas de références, sauf exceptions, sur la collaboration.

On désigne sous le nom de Révolution nationale, l’action menée par le Maréchal Pétain pour mettre en place une politique conservatrice et traditionaliste destinée, selon ses propres mots, à mettre fin à « ces mensonges qui vous ont fait tant de mal » (discours du 25 juin 1940).

Il s’agissait, pour lui, d’organiser le redressement national de la France tout en expliquant notre défaite par des raisons morales qu’il conviendrait désormais de combattre pour régénérer la France (« l'esprit de jouissance l'a emporté sur l'esprit de sacrifice. On a revendiqué plus qu'on a servi. On a voulu épargner l'effort ; on rencontre aujourd'hui le malheur », discours du 20 juin 1940).

 

Pour mener cette politique, Pétain s’appuie aussi bien sur des hommes venus de la droite classique et de l’extrême-droite (Marion, Alibert …) que des hommes politiques brouillés avec la gauche (Laval, Flandin), des militaires (Weygand, Darlan, Huntziger) ou des hommes politiques de gauche comme Maurice Sarraut ou syndicalistes comme Spinasse ou Belin, devenu ministre du Travail après avoir été vice-président de la CGT, sans compter ceux qui, sans être adeptes de l’Ordre moral (néo-socialistes, planistes, Jeunes Turcs du Parti Radical, technocrates …), voient en Vichy, débarrassé de toutes les entraves liées à la démocratie, un moyen de mettre en œuvre leurs idées sur la modernisation du pays.

 

Les principales caractéristiques :

 

1) Un culte de la personnalité est organisé autour de Maréchal, devenu, après le vote des pleins pouvoirs, en juillet 1940, la seule source détentrice de l’autorité (actes constitutionnels du 11 au 15 juillet) avec le titre de « Chef de l’Etat français » et possibilité de désigner un successeur potentiel doté du titre de « dauphin ».

Il devient une sorte de monarque absolu, détenteur des pouvoirs législatif et exécutif, particulièrement sensible dans la terminologie « Nous, Philippe Pétain, maréchal de France, décrétons ce qui suit … ».

Son effigie est partout présente : timbres, portrait dans les salles de classe ; le fameux « Maréchal, nous voila », nouvel hymne quasi-officiel du régime …


 

2) Le rejet de la démocratie et des Droits de l’Homme :

outre les Actes constitutionnels qui dotent le Maréchal d’un pouvoir absolu, il faut noter le remplacement de la devise républicaine par la formule moralisante : « Travail, famille, patrie » ou le rejet proclamé le 11 octobre 1940, de l’égalité des hommes entre eux : « 
Le régime nouveau sera une hiérarchie sociale. Il ne reposera plus sur l'idée fausse de l'égalité naturelle des hommes, mais sur l'idée nécessaire de l'égalité des « chances » données à tous les Français de prouver leur aptitude à « servir ». Seuls le travail et le talent deviendront le fondement de la hiérarchie française (…)

Que signifierait d'ailleurs, en 1940, la liberté (l'abstraite liberté) pour un ouvrier chômeur ou pour un petit patron ruiné, sinon la liberté de souffrir sans recours, au milieu d'une nation vaincue ? Nous ne perdrons, en réalité, certaines apparences trompeuses de la liberté que pour mieux en sauver la substance ».


Les assemblées sont mises en sommeil, leurs bureaux supprimés et les commissions disparaissent en 1942.

Les maires des communes de plus de 2000 habitants sont désignés par le pouvoir central, tandis que le pouvoir des préfets et des sous-préfets et renforcé et les conseils généraux remplacés par des commissions administratives nommées par les préfets.

Les pouvoirs sont concentrés dans les mains d’un petit groupe d’hommes par suite de cumul des fonctions : ainsi, entre février 1941 et avril 1942, Darlan assure les fonctions de ministre des affaires étrangères, de l’intérieur et de l’information.


 

3) L’obsession sécuritaire :

influencé par le positivisme scientifique et les thèses d’hommes comme Bertillon, une véritable idéologie de la traque aux indésirables, criminels, nomades, étrangers, s’installe. D’ailleurs, Vichy ne fait que suivre une tendance inaugurée par la 3è République qui crée les camps pour les réfugiés espagnols et pour les immigrés à la recherche d’un emploi (décret-loi de 1938).


La carte d’identité est instituée le 27 octobre 1940, avec mention de la nationalité ; le recensement de 1941 est l’occasion de doter chaque français d’un numéro à 13 chiffres, ancêtre de notre numéro de sécu, les premiers chiffres servant à repérer Européens, indigènes, juifs ou étrangers, tandis qu’est créé un fichier juif.


De même, c’est Vichy qui pose les bases de notre système policier actuel par la loi du 23 avril 1941 (police placée sous l’autorité du préfet, missions clairement identifiées) et création des Groupements Mobiles de Réserve, ancêtres des CRS (décret du 7 juillet 1941).


 

4) Le délit d’opinion et du délit d’appartenance sont rétablis sous prétexte de sauvegarder la patrie en réservant la France aux Français.


 
94 membres du corps préfectoral sont radiés et 104 mis à la retraite.

1300 instituteurs, considérés comme « pacifistes et internationalistes » sont écartés.


Les loges maçonniques sont dissoutes et on se sert de ce prétexte pour éliminer ceux qui y avaient appartenus de la fonction publique.


La chasse aux communistes, entamée sous la 3é République après le Pacte germano-soviétique, est poursuivie ; c’est à ce titre que Guy Môquet est arrêté métro Gare de l’Est, le 13 octobre 1940.


Les israélites sont soumis, dès le 3 octobre 1940, au Statut des Juifs, aggravé en juin 1941 : à l’exception des anciens combattants, ils sont exclus de l’armée, de la magistrature, de la fonction publique, des domaines touchant la culture ou les médias ; un numerus clausus limite leur nombre dans les professions libérales à 2% et dans les universités à 3%.

En octobre 1940, les « juifs étrangers », dont certains victimes du décret dénaturalisation de juillet 1940 (le retrait de la nationalité concernera 15 000 personnes dont 40 % de Juifs), sont enfermés dans des camps d’internement et, à partir de 1941, toutes ces mesures sont coordonnées par le Commissariat aux questions juives.

L'abrogation du décret Crémieux prive 100 000 Juifs d'Algérie de la citoyenneté française.

Enfin, en juillet 1941, les Juifs doivent céder leurs droits sur les entreprises à des « Aryens ».


Les responsables politiques et militaires de la 3è République finissante, Gamelin, Daladier, Reynaud, Blum, Guy La Chambre, sont internés au fort du Pourtalet avant d’être traduits devant la Cour de justice de Riom en février 1942. Hitler fera interdire la continuation de ce procès qui tourne à l’avantage des accusés sous prétexte que les magistrats recherchent la responsabilité des accusés dans la défaite militaire française et non dans la déclaration de guerre.

A noter, cependant que le Maréchal se refusa, au grand dam des collaborationnistes, à instaurer un système fondé sur le parti unique.

 

En fait, ces mesures, bien que le Maréchal s’en défende dans son discours du 11 octobre 1940, n’avaient qu’un seul but : prendre sa revanche contre le Front populaire considéré comme responsable de la défaite en s’en prenant à ceux qui sont collectivement désignés comme leurs auxiliaires. Dans cette optique, le retour aux valeurs traditionnelles se veut l’antidote contre l’esprit de 1936 et les signes de dégénérescence attribuées aux Français qui se seraient laisser aller à l’esprit de jouissance.

Paul Claudel, lui-même, n’est pas en reste dans son journal : « La France est délivrée après soixante ans de joug du parti radical et anticatholique (professeurs, avocats, Juifs, francs-maçons). Le nouveau gouvernement invoque Dieu et rend la Grande Chartreuse aux religieux. Espérance d'être délivré du suffrage universel et du parlementarisme. »

 

                                                                                                                 

5) Le retour aux valeurs traditionnelles est symbolisé par le fameux triptyque :

« Travail, famille, patrie » et l’appui donné aux paysans et aux artisans (« seule la terre ne ment pas » proclame le discours qu’Emmanuel Berl a écrit pour le Maréchal et que celui-ci prononce le 25 juin 1940).

Le retour à la terre est encouragé ; des prêts et des crédits sont accordés pour moderniser les petites entreprises. On opère des remembrements, l’électrification des campagnes est accélérée et, en septembre 1943 est publié le statut du fermage.

L’artisanat et la petite entreprise, considérés comme un remède contre le capitalisme sauvage, sont encouragés car ils assurent un travail bien fait et donnent à l’homme sa dignité.


La famille revient à l’honneur, suivant en cela une voie tracée par la 3è République finissante et le Code de la famille adopté en 1939 : des avantages sont accordés aux familles nombreuses (le projet de constitution de 1943 qui ne verra jamais le jour prévoyait même que le vote des chefs de famille nombreuses compterait double) ; le divorce est rendu plus difficile ; l’avortement sévèrement réprimé ; la fête des mères est instituée. C’est ainsi que, malgré l’absence des soldats prisonniers en Allemagne, la natalité reprend dès 1942.


Le 14 mars 1941, le Maréchal annonce la création de la retraite des vieux (« 
Retraite des Vieux Travailleurs repose sur la solidarité de la nation : solidarité des classes, solidarité des âges. Solidarité des classes, puisque les pensions sont constituées par les versements des Assurances Sociales, et que ces versements proviennent, à la fois, des patrons et des ouvriers. Solidarité des âges, puisque ce sont les jeunes générations qui cotisent pur les vieilles. Voilà donc une grande réforme sociale »).


L’âge légal des rapports entre hommes consentants est repoussé à 21 ans, donc aligné sur la majorité légale, ce qui, du reste, ne revient pas à criminaliser l’homosexualité même si la mesure est clairement discriminatoire.


L’alcoolisme, considéré comme destructeur des familles et signe, autant que cause, de la dégénérescence française, est combattu par des mesures spectaculaires (fermeture des débits de boisson à jours et heures fixes ; suppression du privilège des bouilleurs de cru ; interdiction de vendre de l’alcool aux mineurs de moins de 16 ans).

La valeur du travail comme moyen de lutter contre l’oisiveté et l’individualisme est mise en avant ; on exalte le juste revenu qu’un travail noble apporte (« Le travail répond à cette loi sévère de la nature que rien ne s'obtient sans effort. Cette loi du travail a été marquée par une formule de malédiction : « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front ». C'est donc à tort qu'on a fait luire à vos yeux le mirage d'une cité future où il n'y aurait plus de place que pour le loisir et pour le plaisir. Mais si le travail est pour l'homme un fardeau, il est aussi un bienfait ; il est, en effet, une condition de la bonne santé morale et physique, de l'équilibre et du développement des facultés humaines. C'est une erreur de croire que l'on puisse conserver intacts ses dons ou ses facultés dans l'oisiveté. Nous ne développons nos capacités et n'augmentons nos forces que par l'exercice que nous leur donnons », discours du 1er mai 1941).

Le 24 avril 1941 est instauré officiellement le 1er mai comme « la fête du Travail et de la Concorde sociale ». À l’initiative de René Belin, ancien dirigeant de l’aile anticommuniste de la CGT (Confédération Générale du Travail) devenu secrétaire d’État au Travail dans le gouvernement Darlan, le jour devient chômé. La radio ne manque pas de souligner que le 1er mai coïncide aussi avec la fête du saint patron du maréchal, saint Philippe. L’églantine rouge, associée à la gauche, est remplacée par le muguet.

L’Eglise est à l’honneur. Elle est associée à toutes les manifestations officielles ; les congrégations expulsées en 1905 sont autorisées à rentrer ; l’aide de l’Etat à l’enseignement libre voit le jour (400 000 millions de francs sont versés à l’enseignement privé confessionnel en 1941). Le cardinal Gerlier déclare même : « Travail, Famille, Patrie, ces trois mots sont les nôtres ».Cependant, avec les premières déportations de juifs, certains prélats manifestent leurs réserves et n’hésitent pas à se séparer du régime dont ils critiquent la passivité.

La jeunesse fait l’objet de toutes les attentions du régime pour être élevée dans le culte de ces valeurs. Sous l’impulsion de Jérôme Carcopino puis d’Abel Bonnard, les programmes et les manuels sont refondus, mettant l’accent sur les valeurs traditionnelles, les spécificités régionales, les différences d’existence entre ruraux et citadins (« L’École française de demain enseignera avec le respect de la personne humaine, la famille, la société, la patrie. Elle ne prétendra plus à la neutralité. La vie n’est pas neutre ; elle consiste à prendre parti hardiment. Il n’y a pas de neutralité possible entre le vrai et le faux, entre le bien et le mal, entre la santé et la maladie, entre l’ordre et le désordre, entre la France et l’anti-France (…) Nous nous attacherons à détruire le funeste prestige d’une pseudo-culture purement livresque, conseillère de paresse et génératrice d’inutilités (…). Nous ne devons jamais perdre de vue que le but de l’éducation est de faire, de tous les Français, des hommes ayant le goût du travail et l’amour de l’effort. Leur idéal ne doit plus être la sécurité d’un fonctionnarisme irresponsable, mais l’initiative du chef, la passion de l’œuvre et de sa qualité », discours du 15 août 1940).

Afin qu’elle retrouve le goût de l’effort, sont créés les Chantiers de Jeunesse, en 1940. Limités à la zone libre, ils accueillent les jeunes gens âgés de 20 ans pour un service national de 6 puis de 8 mois. Astreints à une discipline militaire et à des travaux d’utilité publique, vivant dans des camps installés en pleine nature, sur le modèle des scouts, on leur inculque, au passage, le culte du Maréchal et le respect des valeurs traditionalistes (solidarité, discipline, patriotisme, dévouement à l’Etat, toutes valeurs transcendant les intérêts individuels).

Le sport va devenir l’un des moyens de forger ces nouveaux Français que le régime appelle de tous ses vœux. Jean Borotra, commissaire général au sport d’août 1940 à avril 1942, s’inspirant des théories de George Hébert (voir l’article sport, politique et nationalisme), est chargé de la mise en œuvre de cet aspect du programme de la Révolution Nationale (cependant, l’Eglise se scandalisant de ce culte donné au corps et à l’exhibitionnisme qui en découle parviendra à mettre fin à cette aventure. Du reste, elle y voyait un relent fasciste et païen que le pape Pie XI avait déjà dénoncé avant guerre dans ses encycliques contre le fascisme et le nazisme).

Ce retour aux valeurs traditionnelles se veut, là encore, l’antidote contre l’esprit de 1936 et contre les signes de dégénérescence attribuées aux Français qui se seraient laisser aller à l’esprit de jouissance (« nous avons soutenu matériellement et moralement la famille, nous nous sommes astreints à préserver nos jeunes gens de ces causes de dégradation de leurs énergies, l'alcoolisme, les livres ou les spectacles immoraux, les excitations malsaines; nous avons éveillé en eux le goût de l'effort, le sentiment de l'honneur du travail, l'amour de la grandeur, l'esprit d'héroïsme et de sacrifice », discours du 5 mars 1942). 

 

 

6) De nouvelles élites :

 

Des écoles de cadres apparaissent, dont le but est de former les élites nouvelles du régime, comme, par exemple, l’école des cadres d’Uriage, dirigée par Dunoyer de Segonzac (Pierre Laval la dissout en décembre 1942 lorsqu’il s’aperçoit qu’elle sert à préparer en secret la revanche).


 
Les Compagnons de France, association qui s’est constituée de façon spontanée durant l’été 1940, mais patronnée par le régime, même limitée à la zone libre, est censée constituer l’avant-garde de la Révolution Nationale. Ils s’adressent aux jeunes entre 14 et 19 ans et sont un mélange d’influences diverses, scoutisme, action catholique, syndicalisme, jeunesses socialistes.

Cette association aura pour ambition de préparer des jeunes à leur avenir civique et social. Elle va mettre à la disposition de la jeunesse une formation physique et culturelle, une organisation des loisirs, une animation des soirées et des fêtes. Dès l'origine le mouvement a attaché une grande importance à la culture, au chant choral, à l'initiation du jeu scénique, à la préparation des feux de camp. C’est dans ce cadre que naissent en septembre 1941 les Compagnons de la musique d’où vont sortir les Compagnons de la chanson.

L’adhésion y est libre et non obligatoire et Vichy n’a jamais eu l’intention de s’en servir pour embrigader la jeunesse.


Enfin, les anciens combattants qui soutiennent le régime sont regroupés dans la Légion française des combattants, créée le 29 août 1940 et dont le but est de « régénérer la Nation, par la vertu de l’exemple du sacrifice de 1914-1918 » et de promouvoir les grands thèmes de la Révolution Nationale. Cependant, elle ne se substitua pas à l’administration et ne put la contrôler.

 C’est de cette organisation que, sous la responsabilité de Joseph Darnand, naîtra, en août 1941, le Service d’Ordre Légionnaire qui prônait le culte du Chef, la haine de la démocratie, le racisme, mais aussi la « Collaboration » avec l’ennemi nazi et était chargé de la traque aux opposants du régime dans la zone sud et en Afrique du Nord. Parmi ses membres, on note certains éléments douteux issus du Milieu niçois. En 1943, détaché de la Légion, il donnera naissance à la Milice.


 

7) Le rejet du capitalisme et du socialisme :

La Révolution Nationale se voulait aussi une troisième voie entre capitalisme et socialisme, également rejetés (« Le travail des Français est la ressource suprême de la patrie. Il doit être sacré. Le capitalisme international et le socialisme international qui l'ont exploité et dégradé font également partie de l'avant-guerre. Ils ont été d'autant plus funestes que, s'opposant l'un à l'autre, en apparence, ils se ménageaient l'un et l'autre en secret. Nous ne souffrirons plus leur ténébreuse alliance » : discours du 11 juillet 1940).


C’est ainsi que la loi du 4 octobre 1941 institue une Charte du travail : tout en interdisant les grèves et le lock-out des usines par les patrons, elle devait permettre de régler les conflits par le biais de la conciliation et de l’arbitrage. Système relativement complexe, elle instituait 29 « familles professionnelles » ou corporations, divisées à l’échelon local en 5 syndicats catégoriels uniques, regroupées en unions régionales ou nationales. Par ailleurs, les entreprises d’au moins 100 personnes devaient mettre en place des « comités sociaux » où siégeaient des représentants tant des « employeurs, des ouvriers, des employés et des autres catégories ».

Ces syndicats, en principe obligatoires, répondaient au thème de la « société organique » rejetant l’idée de lutte des classes.

 

Bilan et contradictions de la Révolution Nationale :

 

D’inspiration authentiquement française, synthèse d’idées issues tant de la droite cléricale ou monarchiste que de la République conservatrice (cf le rejet de la ville et de l’industrie dans les premières éditions du Tour de France par deux enfants, le Code de la famille de 1939 ou la loi de 1932 réservant les emplois aux Français, d’où la question que l’on pourrait se poser des origines républicaines de Vichy), la Révolution Nationale voulut instituer un régime conservateur et autoritaire, conçu comme le seul moyen d’assurer le redressement moral de la France.


Cependant, en exaltant le culte du chef, en mettant en avant la primauté du travail, source de tous les biens et moyen de lutte contre tous les vices, en prônant le retour à la terre et le primat de cette dernière et de l’artisanat sur l’industrie, il fit bien apparaître un ordre nouveau dont certains points sont convergents avec le national-socialisme et s’intégra, de facto, à l’ordre que celui-ci faisait régner sur l’Europe.

De plus, la politique économique menée se révéla conforme aux aspirations secrètes des Allemands qui désiraient augmenter la productivité française.


En effet, malgré les buts affichés par le régime, l’arrivée au pouvoir de l’amiral Darlan amène avec lui tout un personnel issu de la technocratie de l’époque (inspection des finances, Polytechnique, Centrale, Ecole Normale, Pont-à-Mousson …), représenté par des gens comme Lehideux, Bichelonne, Pucheu, etc.

Ces jeunes gens, baptisés les « jeunes cyclistes », en réaction contre la vieille droite conservatrice, estimaient que le redressement du pays passait par une modernisation de l’économie afin de relever le « défi américain ».

Des comités d’organisation fixèrent les programmes de fabrication prioritaires et encouragèrent le processus de concentration, donnant naissance à la planification qui devait s’épanouir après la Libération.

Dans l’agriculture et dans l’artisanat, on assista aux mêmes processus : par le biais des organisations coopératives, le ministre donna la priorité aux rendements, à la productivité et aux regroupements. La grande exploitation fut vivement encouragée ; en décembre 1941, le gouvernement envisagea même de fermer les entreprises non rentables. Toutes décisions qui ne cadraient pas exactement avec la mystique de la Révolution Nationale et mettaient, par contrecoup, notre appareil de production au service de l’occupant, de même que la politique antisémite de Vichy qui devança et finalement servira les intérêts de ceux-ci.


De même, le thème du redressement national fut de nature à entretenir la confusion dans les esprits, certains y voyant le prélude à la revanche ; c’est ainsi que put prospérer la vichysto-résistance dont les yeux s’ouvrirent au fur et à mesure que les partisans de cette revanche étaient écartés du pouvoir sous pression des Allemands.

Enfin, les conservateurs, eux-mêmes, éprouvèrent quelques déceptions, notamment lorsque, contrairement à leurs espoirs, la centralisation de l’Etat fut renforcée aux dépends des libertés locales et des provinces, rebaptisées « régions ».

 

Tout ceci amena très vite une déception dans l’opinion, d’autant plus vive que des gens qui étaient à priori favorables au Maréchal furent parmi les cibles désignées de cette révolution conservatrice, que les difficultés s’accentuaient et que les pressions de l’occupant se faisaient plus vives. C’est ainsi que, le 12 août 1941, le Maréchal prononça son fameux discours où il dénonçait le « vent mauvais » qui soufflait sur le pays.

Moribonde avec l’arrivée de Darlan au pouvoir, la Révolution Nationale prit définitivement fin lorsque Laval fut rappelé au pouvoir sous pression des Allemands le 18 avril 1942.

 

Politique ambiguë, marquée du sceau du moralisme, réceptacle d’influences contradictoires, la Révolution Nationale ne fut pas totalement rejetée par les libérateurs qui, souvent en gardèrent ce qui leur semblait positif. D’où, sans doute, une partie du malaise que fait encore naître cette époque aujourd’hui et les tentations néo-vichystes qui se font encore parfois jour dans les discours de certains de nos politiques de droite comme de gauche.

 

 

 

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Commande à peine envoyée jeudi, déjà reçue aujourd'hui ! C'est donc avec beaucoup de curiosité que j'ai regardé les 170 photos couleur et les 36 noir et blanc que contient l'album tiré de l'expo Les Parisiens sous l'Occupation, photographies en couleur d'André Zucca.

On a beaucoup polémiqué dans certains milieux Parisiano-parisiens à propos de cette expo et de ce qu'elle ne montrait pas; du coup, on n'en a pas assez souligné les qualités.
En effet, ces photos ne trahissent pas leur époque, elles n'en sont pas une vision partiale, même si la vision du photographe est partielle.

L'Occupation, on la sent (défilé des troupes, soldats dans les rues, drapeaux allemands, propagande vichyssoise et collaborationniste...);
les difficultés du moment, on les voit (semelles en bois, vêtements hors d'usage, chaussures éculées, voitures à gazogène ou à gaz comprimé...), la misère même est bien visible parfois et l'autre envers du décor (ex les élégantes qui paradent sur les champs de course);
certes, même si photographier les files d'attente ou les juifs n'est pas sa préoccupation première, ils sont là

(on ne peut donc pas dire qu'il l'ignore totalement et jamais dans des situations qui pourraient être humiliantes pour eux, comme s'il voulait rendre aux gens leur dignité).

On aime aussi ce quartier des Halles, celles de Baltard, et les gens qui le peuplent qu'il a réssuscités;

on aime ses photographies de l'hiver parisien où tout est recouvert d'un manteau imaculé et le Sacré-Coeur sous la neige en 42 et la magie de Noël qui semble s'en dégager;

on aime cette vision d'un Paris éternel, celui qui courbe le dos sans plier qu'il a mis sur diapo couleur; on aime enfin l'ironie qui parfois passe dans son regard, comme lorsqu'il photographie le portrait de Pétain en vitrine au milieu de ... chaussures !

On aime, tout simplement, parce que ce sont des miliers de bribes de vie, celle faite de petits rien, celle de tous les jours, celle de ces amoureux mangeant des cerises assis sur un banc...

On apprend aussi que la célèbre photo noir en blanc où l'on voit un juif digne appuyé sur une canne et portant l'étoile jaune,

 souvent utilisée comme illustration dans les ouvrages sur l'Occupation est d'André Zucca.

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Depuis quelques temps, les adeptes de la tenue des JO à Pékin ne cessent de nous répéter que sport et politique sont deux choses différentes et que le sport est un vecteur d’amitié entre les peuples, hors de tout conflit.
Or, cette idée de la neutralité du sport est fausse, aussi bien aujourd’hui que par le passé.
Le sport a toujours été et est toujours considéré comme un prolongement de la politique ; n’est-ce pas d’ailleurs l’une des raisons essentielles de l’attribution des Jeux à la dictature chinoise ?

En effet, ce que l’on appelle le sport, au sens moderne du mot, est né au XIXè siècle en Angleterre. Il s’agissait alors de promouvoir l’élitisme, le dépassement de soi et l’esprit de compétition en même temps que d’améliorer la race, toute conception « darwinienne » et eugéniste n’étant pas absente de ce développement (« L'homme civilisé, au contraire, est arrivé, par sa civilisation même, à s'exempter de la plupart de ces exercices naturels et utilitaires, et c'est pourquoi il s'étiole. Il n'y a qu'un moyen de lui restituer sa force et sa beauté idéales, c'est de soumettre artificiellement, au moins pendant quelques quarts d'heure par jour, ou, si l'on veut, de lui refaire artificiellement une vie naturelle... », Georges Hébert, in La Méthode naturelle).

Avec la défaite de 1870, notamment en France, le sport devint aussi l’un des enjeux de la Revanche contre l’Allemagne (On note, par exemple, un club de gymnastique créé à Reims en 1886 et s’appelant « les Volontaires d’Alsace-Lorraine » !!!).
Le 27 mai 1882 Jules Ferry alors Ministre de l'Instruction Publique honorait de sa présence la Fête Fédérale de l’Union des Sociétés de Gymnastique de France qui, cette année-là, se tint à Reims, et fit un discours où il déclara que la culture de l'intelligence n'était pas tout, qu'il fallait donner à l'homme progressivement les moyens, de l'endurance et de l'épanouissement pour en faire un citoyen apte à servir son pays.
C’est l’idée qu’expriment aussi bien Pierre de Coubertin, restaurateur de Jeux Olympiques en 1896, que Melchior de Polignac qui, en 1907, prend en main la direction des Champagnes Pommery. En 1911, il faut aménager un parc de 22 hectares autour de la célèbre maison de champagne, dotée d’un immense complexe sportif où s’implante, en 1913, le Collège d’athlètes qui devait permettre de préparer les sportifs français à affronter les JO de 1916, prévus à … Berlin ! Il fait suite à la campagne d’opinion lancée par un journaliste du journal du même nom qui posait la question suivante : "Considérant que désormais la valeur sportive d'une nation s'ajoutera, d'une façon qui n'est point négligeable, à ses prestiges, à sa valeur sociale proprement dite, doit-on désirer la création, en France, d'une véritable élite du muscle dans une sorte de collège d'athlétisme ?" (On notera le lien clairement fait entre nation, sport en prestige national) et les hommes politiques du temps, Barthou, Poincaré, se pressent pour voir ce Collège qui promeut les méthodes d’Hébert.

Après la Grande guerre, le sport devint encore plus un élément de la diplomatie : « Pour la première fois, les Etats et les gouvernements sont tentés d’utiliser le sport à des fins extra-sportives. Le sport devient une vitrine de la vitalité et de la grandeur des nations et, à ce titre, est promu par les hommes politiques comme instrument de propagande. » notent Pierre et Lionel Arnaud dans leur Histoire du sport. Et d’expliquer que dans le début des années 20, les rencontres sportives voient s’affronter les nations ayant gagné la Grande guerre. Les Allemands, leurs alliés, les pays neutres ainsi que l’URSS en sont exclus. En France, c’est le ministère des affaires étrangères (je souligne intentionnellement) qui dirige la politique sportive.
Très vite, les régimes totalitaires vont reprendre l’ensemble de ces conceptions issues de la fin du XIXè et du début du XXè pour les porter à leur paroxysme, et lorsque, en 1934, l’Italie remporte la Coupe du monde de foot, c’est l’explosion : « Au lever du drapeau tricolore sur la plus haute hampe du stade, la multitude ressent l’émotion esthétique d’avoir gagné la primauté mondiale dans le plus fascinant des sports. Et dans cet instant où est consacré la grande victoire - fruit de tant d’efforts - la foule offre au Duce sa gratitude. C’est au nom de Mussolini que notre équipe s’est battue à Florence ; à Milan et hier à Rome, pour la conquête du titre mondial. » (Il Messaggero).
Quant-à Hitler, il écrivait dans Mein Kampf : « Des millions de corps entraînés au sport, imprégnés d’amour pour la patrie et remplis d’esprit offensif pourraient se transformer, en l’espace de deux ans, en une armée. » et les JO de Berlin de 1936 lui permettront de montrer de façon éclatante au monde par les nombreuses victoires des athlètes allemands, la puissance de son pays.

La chute des régimes totalitaires n’allait pas pour autant sonner le glas de cette collusion sport/politique ; en effet, celui-ci devint l’un des enjeux de la Guerre froide entre les Etats-Unis et l’URSS. « Le sport n’est pas un but en soi ; il est un moyen d’atteindre d’autres buts. » (Eric Honecker, 1948) ; tandis que la Pravda déclarait, en 1972, « Les grandes victoires de l’Union soviétique et des pays frères sont la preuve éclatante que le socialisme est le système le mieux adapté à l’accomplissement physique et spirituel de l’homme. »
La guerre des sportifs, avec recours à toutes les méthodes de sélection drastiques, dopage, conditionnement fonctionnèrent à plein régime. « Est-ce que nous réalisons à quel point il est important de concourir victorieusement contre les autres nations (...). Etant un leader, les Etats-Unis doivent tenir leur rang. (...) Compte tenu de ce que représente le sport, un succès sportif peut servir une nation autant qu’une victoire militaire. » (Gérald Ford, président des Etats-Unis).
D’autres pays eurent recours au sport afin de favoriser leur reconnaissance internationale ; on citera par exemple Cuba ou encore l’Argentine des Colonels avec la victoire en coupe du monde de foot en 1978 et même, à un moindre degré, la victoire des Anglais dans cette même coupe, en 1966, suite à un arbitrage toujours contesté aujourd’hui, alors que celle-ci avait lieu sur leur sol.
Le recours au dopage, encore actuellement, est un des effets de cette lutte pour la suprématie entre Etats ; et les athlètes chinois, par parenthèses, ont montré, dans un passé récent, qu’ils n’étaient pas les plus réfractaires à ces méthodes.

Signalons aussi que des JO ont déjà été boycottés : aux Jeux Olympiques de Melbourne de 1956, six pays boycottent l’événement en signe de protestation. L’Espagne, les Pays-Bas et la Suisse refusent de rencontrer les envahisseurs de la Hongrie. L’Egypte, l’Irak et le Liban dénoncent l’intervention franco-britannique à Suez. En 1980, les Etats-Unis boycottent les Jeux Olympiques organisés à Moscou. Les pays soviétiques feront de même lors des JO de Los Angeles en 1984.
L'utilisation du boycott montre que le sport n’est pas la grande fête qui rassemble les peuples. Il est bel et bien un instrument au service des Etats, voire même une arme et un vecteur du l’expression du nationalisme.

Aujourd’hui encore, malgré la disparition de la Guerre froide, Etats-Unis et Russie continuent à rivaliser sur le plan du nombre de médailles, comme si le prestige de leur nation en dépendait ; le foot, sport-roi de la planète continue à générer des comportements nationalistes, identitaires et politiques (voir les banderoles racistes et autres qui fleurissent dans les stades ; voir aussi la rhétorique utilisée par les médias et les journaux sportifs qui exaltent tout un vocabulaire guerrier et raciste : le « Kanak » Karembeu, le « ghanéen » Dessailly sont des expressions issues de ces milieux). « Le titre de champion, n’est pas seulement conquis par une équipe, mais par la société dont elle est issue. La collectivité se projette donc dans l’équipe et place en elle ses espoirs de conquête, son énergie de vaincre, mais aussi ses frustrations personnelles et son agressivité. » (Rapport le Vandalisme et la violence dans le sport). Le sport, comme l’écrit Philippe Liotard, « participe à l’établissement d’un légendaire spécifiquement national avec ses héros, ses épopées, ses Austerlitz et ses Waterloo. » Il entretient en assurant une fonction identitaire l’idée de ce qui n’est parfois qu’une fiction : la nation.

Enfin, dimension nouvelle apparue avec la « marchandisation » du sport, le poids des multinationales et des grands groupes financiers pour lesquelles le sport est devenu un enjeu de profit leur permettant d’avancer leurs pions dans tel ou tel pays de la planète. En ce sens le sport est devenu aussi un véhicule idéologique où est mis en avant, comme par un retour au XIXè siècle et les raisons qui ont vu naître le sport, le conditionnement des foules « par l’esprit de compétition et le culte de la performance sans limite, persuadées de la légitimité du combat perpétuel, de la juste domination du vainqueur couvert d’or et de prestige, de la soumission du faible au fort, de l’exploit et de la réussite individuelle ».
On comprend que ces multinationales aient tout fait pour que les Jeux aient lieu à Pékin et pourquoi, aujourd’hui, elles font le forcing pour qu’il n’y ait pas de boycott des Jeux.

On comprend donc aussi que la participation ou la non-participation à ces Jeux aura donc valeur de symbole non seulement sportif, mais aussi politique sur les valeurs que nous partageons et celles que nous sommes prêts à fouler aux pieds au nom d’une neutralité sportive qui n’existe pas. La participation aux JO de Pékin, que les athlètes le veuillent ou non, aura valeur de symbole politique fort.

Sources :

http://www.patrimoinedefrance.org/his005.htm
http://rai.chez-alice.fr/html/sporpolitiqu.htm

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L'autochrome est un procédé inventé par les frères Lumières, en 1903, qui permet de fixer sur des plaques de verre des photographies en couleurs naturelles grâce à un procédé utilisant la fécule de pomme de terre; ces photographies étant destinées à être projetées, on est, en fait, à la limite entre ancêtre de la photo couleur et ancêtre de la diapositive.

Certes, le temps de pose ne permet pas de prendre en photo des scènes en action; cependant, ce procédé fut utilisé par quelques photographes, durant la première guerre mondiale, pour fixer des images en couleur de l'arrière et elles permettent ainsi de donner des couleurs à une guerre que l'on imaginait jusqu'ici qu'en noir et blanc.

Reims fait partie des villes qui eurent, entre 1915 et 1917, l'honneur de la visite de ces quelques photographes; on peut retrouver ces photos sur la base mémoire du ministère de la culture
ici
, et, l'an dernier, une expo avait été organisée à Reims où ces autochromes avaient été exposés (expo que j'ai eu l'ocas d'aller voir et dont je suis ressorti émerveillé).

Pour vous en donner un aperçu, je vous en mets quelques-uns tirés du site en question et concernant Reims:

- beaucoup d'images de ruine:

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- des images de boutiques:

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- des images de la vie quotidienne:

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Reims ne fut pas le seul endroit photographié en couleurs: une page du net renvoie aux autres lieux accessibles ici.

Parmi les photographes, Aubert se distingue par des photos qui présentent l'horreur de la guerre à travers des cadavres autopsiés (je vous épargne la photo de l'entre-jambe d'un cadavre des cadavres pour une vision plus globale d'un cadavre autopsié, mais qui en laisse voir assez pour imaginer le pire):

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