Texte Libre

Elles sont loins d'être exceptionnelles, ne racontent pas non plus un moment particulièrement intense, mais ce sont les fameuses premières lignes que j'ai rajoutées il y a peu à cet écrit en suspens dont vous avez déjà pu lire des extraits du brouillon.

En Octobre 1793, aux abords de la ville vendéenne de Cholet, s’était déroulée la bataille qui allait changer la face des guerres de Vendée et permettre à la République de prendre le dessus sur les troupes royalistes.

Armée de gueux soulevée à l’annonce de la levée en masse et que la haine des gens de la ville, profiteurs de la Révolution, avait uni sous la double bannière de la foi et du roi à l’initiative de nobliaux locaux soucieux d’exploiter le mouvement, elle avait, par quelques coups d’audace, réussi à faire trembler la jeune République.

Cependant l’audace, le courage et la jeunesse indéniables de certains de ses chefs, ne pallièrent ni le manque de discipline des troupes, ni leur inexpérience, ni le manque de munitions, ni leur isolement aux confins du territoire français malgré les promesses de secours des Emigrés et de l’Angleterre.

Aussi la bataille de Cholet fut-elle un choc de Titans où le Géant Ancien Régime, acculé, blessé, traqué, condamné à la victoire ou à une lente et mortifère dégénérescence affronta avec l’énergie du désespoir l’Ogre républicain dont l’appétit était d’autant plus féroce qu’il était neuf et envieux de prouver sa valeur par une victoire totale. On s’y battit furieusement, passionnément, au corps à corps et à l’arme blanche, jusqu’à ce que les canons de Marceau provoquent la débandade finale.

Parmi les hommes qui, ce jour-là, participaient à cette furie armée, se trouvait un tout jeune capitaine de vingt ans, ci-devant seigneur de Violaine, officier de l’entourage de Monsieur de La Rochejaquelein et qui, en raison de son jeune âge et de l’intrépidité téméraire qu’elle lui donnait, avait lié amitié avec ce dernier.

Charles Emmanuel de Violaine avait été élevé par un père convaincu du bien-fondé du parti patriotique qui avait vu, avant la Révolution, se fondre en un même mouvement les aristocrates réactionnaires, nostalgiques de la Fronde et d’un contrôle mythique de la royauté par sa noblesse, et les sincères partisans de l’évolution du pouvoir royal, tous groupés autour des idées des Lumières pour mieux abattre la monarchie.

Quand il se fut avéré que la réaction aristocratique et frondeuse était la grande perdante du mouvement de réformes qui balayait l’Ancien Régime, les Violaine père et fils firent volte-face et rejoignirent les rangs de la Contre-Révolution.
Copyright Historianman

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Voici un poème que j'ai écrit cet après-midi, au gré du hasard qui a laissé parler les mots:

J'avais enfilé pour toi les ailes de l'Ange aux yeux de clarté
Couverts du sinistre bandeau de l'amour
Cette étoffe touffue à la teinture de l'été
Qui recouvre les âmes putrides de clinquants toujours

Mon regard noyé dans les eaux saumâtres du bonheur
Te couvrait de "je t'aime" au parfum acidulé
Mais ton coeur déjà se couvrait d'une noire froideur
Et ton regard, déjà, se parait d'une lame d'acier

Inconscient du châtiment de ma prochaine déchéance
Je reçus en plein poitrail le coup du couperet fatal
Cet hideux métal qui ravale au rang d'animal
Et vous crève de hurlements en hurlements de souffrance

L'hiver vénéneux étendit sa couche de saleté blanchâtre
Sur mon corps chétif à la plaie béante
Banissant à jamais toute lueur de mon triste âtre
Couvent de moines morts ouvert à ma détresse d'épouvante.

Et peu importe, automne, été ou printemps
Ces hideux assassins horlogers de nos heures
Les saisons sont mortes en mon coeur
Et les attraits de l'amour de bien miséreux amants

De souillures rémanentes en crachats de sang
Le temps n'y peut rien et n'apaise rien
Et les joies futures de l'amour, inutiles serments
Sont des nains impuissants à me procurer du bien

Les blessures du passé, ces sicaires du malheur
Ont fait leurs basses oeuvres de sourds
Et jamais la promesse à venir de bonheurs
Ne sera jamais assez fort pour me rendre à l'amour.
Copyright Historianman, 29/03/08

 

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On lisait, sur le net, que Philippe Besson disait s'être inspiré des Lettres de poilus pour écrire "En l'absence des hommes".
C'est sous une autre influence, celle des souvenirs de Maurice Genevoix qu'en 1998, dans une village de Haute-Marne, j'écrivai les vers qui suivent et qui font partie de ceux que j'ai retrouvés sur la disquette dont j'ai déjà parlé.
Je vous les livre, un peu avec crainte. Et dire que ces vers ont presque 10 ans déjà; comme le temps passe! C'est comme si c'était hier. Qu'ai-je donc fait de ma vie en 10 ans? Rien, absolument rien et aujourd'hui ne reste qu'un grand néant.

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L’assaut
 
D’habitude, sous les bombardements,
On se terre,
Laissant déferler l’orage de fer.
On attend désespérément.
Pourvu que la guitoune tienne,
Qu’aucun obus ne vienne
Nous fouailler,
Nous ensevelir là-dessous !
On les laisse tomber.
On devient fou.
Fou d’une guerre qui n’en finit pas,
Fou de cette sangsue qui suinte de tous ces pores,
Qui nous englue pas à pas
D’une glaise sanglante et molle qui mord
L’homme, en fait une bête,
Lui inocule une maladie vénéneuse
Qui dévisse la tête
Et laisse la raison ténébreuse.
Qui saura jamais ces heures
Où l’on se croit à l’abri de la mort,
Où les nerfs à vif pleurent,
Croyant conjurer le mauvais sort ?
 
Mais aujourd’hui,
On attend, harnaché dans la tranchée.
La baïonnette, au canon, luit.
Bientôt l’assaut. La nouvelle en a été donnée.
Nos canons déchiquettent l’atmosphère.
Mission : écraser ses pauvres hères,
Briser les réseaux de barbelés,
Hacher les égarés.
Les hommes, entassés, se taisent.
Leurs yeux parlent pour eux.
On y lit l’angoisse qu’y laisse
La pensée de revenir moins nombreux.
Qui restera ?
Qui s’en ira ?
Les fusées ! Les canons cessent. A l’assaut !
A l’assaut !
Et ceux que nos canons devaient équarrir,
Ces réseaux qu’ils eussent dû broyer,
Tout était vivant, tout était soupir,
Rage, râle ! Et leur peur se muait en acier.
 
Ne pas penser.
Devenir soudain sourd.
Oublier,
Oublier ces sifflements sourds,
Ces bourdonnements assourdissants,
Ces bruits qui mettent le nerf à nu,
Frappent, heurtent, tuent,
Percutants, explosifs, fusants,
Ces balles qui battent la plaine
A la recherche d’un épiderme à percer
Et auxquels seuls le hasard ou la veine,
Absurdes, illusoires, permettent d’échapper.
On court,
On ne veut rien entendre, rien voir,
Rien savoir,
Oublier tout ce sang qui gicle en gerbes terreuses
De cadavres livides et déjà décharnés,
Derniers restes de cris angoissés, voix fiévreuses
Au regard agrandi par la peur,
Au front encore marqué de sueur.
Avancer, aveugle, à demi-trépassé,
Errer, inconscient, à la rencontre d’une lueur,
A la rencontre du malheur.
Courir plus avant, sans souci du passé,
Perdre la tête, tituber, tomber et se relever,
Tenir, insensé, dans ses serres crochues, agripper,
A s’en faire une illusoire armure,
Son fusil, ironique ustensile,
Froid canon d’acier qui ne sait que la vie ne dure.
 
Je marche au péril,
Je feins de le dédaigner
En sachant sa morbide présence.
Je fléchis soudain, je tombe, emporté,
Entraîné par le tourbillon angoissant de l’absence.
Des harmonies étranges éclatent toujours
A travers le sombre brouillard du délire,
Mais la lumière et les jours
Et leur souvenir,
Les jours d’avant, les jours d’hier,
Ceux dont j’étais si fier ?
Je vois des lambeaux de chair éparpillés,
Des restes humains éclatés,
Mille fois fouaillés par le froid labeur
Des canons,
Et, horreur !
Un bras, une jambe, un tronc,
Parfois pendus à des barbelés idiots,
Des mains qui s’agrippent toutes seules.
Je songe au passé, foyer, ferme, foins et chariots,
A toutes ces personnes qui risquent de rester seules.
Les minutes s’égrainent au gré de ma douleur ;
Elle me berce et m’endors et me tue
Goutte à goutte, comme un serpent charmeur
Qui vous hypnotise, et soudain, sur vous se rue.
 
Copyright Historianman, le 16 décembre 1998
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En fait, je viens de relire un petit texte (enfin, petit, façon de parler, parce que ceux qui veulent vraiment le lire vont avoir besoin de temps pour cela) que j'avais écrit en février 2006, livré à l'époque en quatre parties, mais que ce soir, au risque de vous faire fuir sans que vous ne le lisiez, je vous livre en un morceau unique.
Que me prend-il, allez-vous vous dire? C'est que, tout simplement, le relisant, je viens de me dire qu'au niveau écriture, c'était pas si mal foutu, dussez-je avoir les chevilles qui enflent, à m'auto-congratuler de la sorte.

Les dernières remarques qu'on lui avait faites n'avaient pas eu l'heur de lui plaire, encore moins celles de cette femme qu'il ne connaissait que trop et dont les paroles lui revenaient comme en écho de mots plus lointains prononcés jadis par une vieille femme aux yeux noirs qui disait connaitre l'avenir.
Il ouvrit machinalement et avec une lassitude nonchalante le courrier qu'il avait posé hier sur la table basse et qu'il avait délaissé. A quoi bon l'ouvrir d'ailleurs, il en connaissait déjà par coeur le contenu trop souvent lu ces derniers temps? Toujours les mêmes mots, les mêmes questions, les mêmes attentions... et quand par hasard l'un de ces courriers le surprenait encore et parvenait à le toucher, il ne cherchait même plus à en savoir la raison parce qu'il ne voulait pas se prendre la tête avec çà.
Vieux coffre à fermoir dont on aurait égaré la clé, il rejeta le courrier ouvert sans volonté d'y répondre.
Comment leur dire d'ailleurs toutes ces choses enfuies dans le profond de son être alors qu'aucun mot n'est capable de les retranscrire?
Il se leva, pris son blouson et sortit machinalement dans la rue, attrapa le premier bus venu, sans chercher à savoir même où il menait, dans un état de semi-conscience.
Le bus? Toute une société en miniature entre sourires et mesquineries avec ses courages, ses lâchetés, ses anti-héros et ses faux hautains dont le visage se ferme d'instinct pour éviter tout contact, et puis tous ces regards qui vous happent, vous "chosifient".
Il en a tellement l'habitude qu'il n' y prête plus garde! Sourires et regards mécaniques ou qui se veulent plus personnels pour ceux auxquels ils sont destinés. Au fond, lui aussi ne fait que céder à une habitude routinière.
A quoi cela sert-il? En a-t-il seulement une idée?
Paresse de l'esprit, répétition de mimiques et de tics, un véritable code assimilé depuis si longtemps qu'il se joue sans souci; tout se fatras sensé rendre les choses plus "faciles".
Il n'y engage que son corps, pas son âme; et même si parfois il se dit :" à quoi bon?", le torrent qui le ronge quelquefois finit toujours par avoir raison de sa volonté.
Il se ment à lui-même pour se donner l'illusion du possible, mais son miroir, le soir, lui renvoie une sale mélodie en sourdine, de celles qu'il en a assez d'entendre: " Te fatigue pas, personne ne marche, personne n'y croit, surtout pas toi!"
Le bus roule en cahotant, la société peu à peu le recouvre, l'avale et le digère; le voilà à faire tous ces gestes qu'il faut faire sans envie parce que ce sont les gestes habituels de tout homme sur cette terre. " Comme d'habitude, toute la journée, je vais jouer à faire semblant, comme d'habitude, je vais sourire, oui, comme d'habitude, je vais même rire, comme d'habitude enfin je vais vivre, oh comme d'habitude!".
L'homme n'est-il né que pour être cet être à moitié schizophrène et dont la personnalité n'est qu'un camaïeu de tous les personnages qu'il interprète dans la journée?
Même le soir, quand il croit se trouver seul, qu'il croit se retrouver et pouvoir se définir, sait-il seulement lequel de tout ces personnages il est?
Toutes ces questions sans réponses qui le rongent.
Au fait, où va-t-il aujourd’hui? Machinalement, il sent un livre dans sa poche, le sort, le regarde un instant! Tiens, toi! Où m'emmènes-tu aujourd'hui? semble-t-il dire.
Vue sur un parc, descente irréfléchie, magnétisme incontrôlable!
Besoin d'air et de rien à la fois.
Il fait sans doute froid; il le sent plus qu'il ne le sait, parce que son corps se rétracte, se contracte, sous l'effet de la fraîcheur soudaine qui lui caresse le visage. Mais fait-il vraiment froid ou est-ce seulement lui qui a froid? Du réel à l'impression, où est la frontière?
L'herbe est rase, les allées désertes, les bancs, indifférents, offrent leurs dures banquettes de bois en guise de reposoir. Il finit par en choisir un dans un coin, par trop exposé aux regards, sous un arbre qui perd ses feuilles.
Contre le bois du banc, il se laisse glisser à s'en courber le dos. Le livre dans les mains et cette histoire, ces mots qui lui sautent au visage.
L'histoire banale d'une femme qui perd son mari juste quelques années avant la guerre, pauvre mari tué par la tuberculose. Une guerre à traverser, chaque jour se préoccuper de vivre, de survivre. N'a-t-elle fait autre chose que cela? C'est-elle préoccupée de ce qui se passait ailleurs ou sous ses yeux? En avait-elle le temps ou l'envie seulement?
Pauvre femme qui mourut à 53 ans, le jour de son anniversaire. Quelle triste vie qui en résume l'absurdité même.
Et lui dans tout cela? Sa vie a-t-elle plus de sens aujourd'hui?
Des chaînes, rien que des chaînes qui l'empêchent d'avancer, même si ces entraves sont partiellement dans sa tête.
Comment s'en libérer? A quoi cela sert-il de vivre si l'on ne peut vivre comme l'on veut?
Il eut honte de se poser cette question; on réfléchit trop dans nos civilisations occidentales. Les habitants du Sahel n'ont sans doute pas le temps ni l'occasion de se les poser, tout comme cette pauvre femme dont il lisait l'histoire. " Y a pas de suicide au Sahel, pas d'overdose à Kinshasa, réponse ou question, je sais pas".
Lassé, perdu dans le vague, il laissa défiler les heures à former des pensées vagues et impossibles à transcrire.
Il lui fallait trouver une solution! 
D'énervement, il fit demi-tour.

Arrêt de bus, montée, descente, retour à la case départ.
Rien n'a de sens, sinon celui qu'on lui donne.
Pourquoi chercher du sens à ce qui n'en a pas?
La seule chose dont on soit sûr, après tout, c'est que nous sommes engagés dans une lutte à mort dont le vainqueur est connu d'avance.
Encore faut-il ne pas lui faire ce plaisir trop tôt.
Chienne de vie!
Compose, triche, baise-la!
Il se répétait ces phrases sans fin, pour aboutir à quoi?
Des mots, rien que des mots! Mais qu'il est dur de mettre les mots en pratique quand on a perdu le mode d'emploi.
Copyright Historianman
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Je viens enfin de mettre la main sur cette disquette que je cherchais depuis quelques temps déjà et sur laquelle j'avais enregistré une série d'une trentaine de poèmes, écrits, pour la plupart, en 2002/2003,sauf exceptions, et dont Réalisme noir, dont je vous ai déjà gratifié était tiré; série qui se terminait par cinq poèmes en liaison avec le premier conflit mondial.
Premier instant de "joie" passée, il faut bien dire que le temps ne les a pas bonifié; je les trouve, somme toute, bien insipides, pour la plupart.
Parmi ces poèmes, dans la même veine que Réalisme noir, se trouvait cet autre, intitulé 

le vieux bar:



Un bar mal famé, un charleston démodé,
Une chanteuse réaliste dont la voix
Tel un puissant alcool vous hante et vous foudroie
L’âme d’une triste ivresse dont un passé
 
Qui jamais plus n’existera, lâche, irrité,
Se venge en vous collant un’ sale gueul’ de bois.
Pourquoi, pour se noyer, choisir un tel endroit ?
Des images toutes faites, de vieux clichés ?
 
J’en doute ! Allez savoir pourquoi ? Un hasard peut-être ?
Un passage devant ce bar aura fait naître
Un désir enfoui de fantasmes inassouvis,
 
L’illusion de vivre un autre destin, canaille,
D’être d’une caste où se méprise la vie
Banale, et où l’on s’explose avant qu’on s’en aille !
 
Las, seul, au bar, je bois ma bouteille d’ennui
Au milieu de vieux riches boudinés qui fument
Un cigare nauséabond et qui commandent
A de jeunes mâles fougueux, de beaux nervis
 
Qui charment de jeunes délurées affranchies
En les env’loppant d’un regard, d’une dans’ qu’ils mènent
Dans une cascade de rires qui se déchaînent
Et se terminent au bout de leurs folles envies.
 
Oui, boire, pour faire croire qu’on leur ressemble,
Pour avoir la force d’oser, là, sans que tremble
Ma voix, les provoquer dans un soudain éclair
 
Et voir éclater leur fierté piétinée
Dans une salve de coups douloureux, amers,
Qui blessent le corps et laissent l’âme abîmée.
Copyright Historianman 29/09/02
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