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Quo vadis? (le livre)

15 Novembre 2007 Publié dans #Lectures



Quo Vadis? titre du célèbre roman adapté plusieurs fois au cinéma, notamment dans les années 50, à la sauce hollywoodienne, tire son nom d'une légende selon laquelle l'apôtre Pierre, cherchant à fuir de Rome pour échapper au martyre, rencontra le Christ auquel il demanda: "Où vas-tu, Seigneur?" (Quo vadis, Domine?) et, celui-ci lui ayant répondu qu'il allait se faire crucifier une seconde fois à la place de Pierre, ce dernier fit demi-tour et retourna à Rome pour y subir le martyre.
Cette scène aurait eu lieu, selon la légende, près de la porte Capène, à l'endroit où s'élève aujourd'hui, une petite chapelle qui commémore cet épisode.

Le titre ayant été explicité, revenons au roman de Sienkiewicz, paru en 1895, qui raconte les amours contrariées du tribun Marcus Vinicius et de la jeune chrétienne Lygie sur fond de persécution ordonnée par Néron.
Bien que l'auteur ait voulu faire une oeuvre d'apologie en faveur du christianisme et qu'il ait un peu modifié certaines réalités historiques (ex: Pierre bénissant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, ce qui, pour l'époque est anachronique), bien qu'il ait voulu aussi faire montre de son érudition aussi, il faut d'abord souligner le plaisir à lire ce livre, qui pour n'en répondre pas moins à certains codes du roman-feuilleton tel qu'on le connait au XIXè siècle, est d'une langue soignée (en tout cas, la traduction est vraiment d'une qualité littéraire certaine) qui se laisse lire avec délices. Du coup, le martyre des Chrétiens raconté avec forces détails et dans cette langue prenante nous fait presque se réjouir que nous n'ayions pas les images réelles de ces scènes sous les yeux, car il faut le dire clairement, nous serions tous entrain de rendre nos tripes.

Néron, dépeint par l'auteur est, bien entendu, présenté comme celui qui ordonna l'incendie de Rome dont il accusa les Chrétiens; son portrait en fait une sorte d'artiste raté et décadent qui conçoit tout à travers le prisme de la poésie tragique et grandiloquente, y compris les meurtres qu'il fait commettre et qu'il justifie au nom de l'art. Mou, vélleitaire, peu sûr de lui, capricieux et imprévisible, bouffon et despote, lâche et poltron, Néron est un peu tout cela à la fois sous la plume de Sienkiewicz; ses rapports avec les hommes, y compris Epaphrodite ou Sporus, qu'il épousa, participent, pour l'auteur, de la décadence et de l'amoralité de Néron.

A côté de Néron, parmi les augustans, figure le personnage de Pétrone, présenté comme l'arbitre des élégances, vivant dans le luxe et le raffinement, épicurien dans l'âme et ne croyant pas à une existence après la mort sans pour autant avoir peur de celle-ci.  Intelligent, cultivé, il n'en reste pas moins cynique et vélleitaire, refusant de s'opposer à quoi que ce soit sauf pour sauver son neveu et la jeune fille que celui-ci aime. Il finit par s'ouvrir les veines au cours d'un repas pour devancer l'ordre de Néron.

Le neveu de Pétrone est le jeune tribun Marcus Vinicius, une sorte de brute épaisse, tout en pulsions et qui n'hésite pas à fouetter et massacrer sans pitié ses esclaves qui ont laissé échapper la jeune chrétienne dont il est amoureux. Sa conversion au christianisme est souligné par le passage de cet état "primitif" à une volonté de respecter l'amour du prochain enseigné par le Christ; cependant, sa conception du christianisme reste quémandeuse, puisqu'il attend du Christ le sauvetage de Lygie, la jeune chrétienne qu'il aime.

Lygie est cette jeune chrétienne que Marcus aime; dotée d'une certaine beauté, à en faire pâlir Popée, l'épouse de Néron, son personnage, bien que tiraillé entre son amour, sa religion, la brutalité de Marcus et les moyens de le "convertir", reste un peu pâlot. Elle est accompagnée d'un géant lygien, Ursus qui la délivra du martyre dans l'arène, arrêtant à lui seul un taureau, comme seuls savent le faire les héros dans les romans-feuilletons.

Les deux apôtres, Pierre et Paul sont présentés comme des modèles de vertu et de tolérance (ahem dirions-nous quand on connait les écrits de Paul), prêchants l'amour et le pardon des offenses; par contraste s'oppose à eux un certain Crispus, représentant d'un autre versant du christianisme que Sienkiewicz ne cherche pas à nier, celui de l'intolérant fanatique, menaçant sans cesse les fidèles de l'enfer s'ils ne se repentent pas. Seul son martyre lui permettra d'obtenir sa rédemption et son retour sur le droit chemin de l'amour.

Enfin, le dernier personnage marquant est Chilon Chilonidès, philosophe, charlatan et espion; issu de la pègre romaine, ne croyant à rien et d'une grande poltronnerie; recruté par Marcus pour retrouver Lygie, battu par ce dernier, il se venge en dénonçant les Chrétiens à Néron comme incendiaires de Rome, devient un augustan, mais, devant le martyre des Chrétiens, les prend en pitié et confesse sa conversion à cette religion, préfigurant tous ceux qui, édifiés par la façon meurrent les Chrétiens, se convertissent à cette religion.

Bref, un roman qui, bien que conçu pour l'édification des lecteurs, n'en reste pas moins très agréable à lire et mérite le détour. 

(Le tableau en illustration est un tableau de Annibal Carrache, vers 1602, "Domine, quo vadis?").

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J
Jack,  je vois que tu as des doutes aussi élevés que les miens, lool !
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J
Tu fais allusion à un passage particulier des Epîtres de Paul dans ce que tu en dis ?? Lol !
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