Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Voyage au bout de la nuit

30 Mars 2008 Publié dans #Lectures

L.F. Céline et son Voyage au bout de la nuit, c'est de l'acide à l'état brut, une descente dans la laideur, les mesquineries, la bassesse et la pourriture humaines; roman de la décomposition vers la mort, roman de la désarticulation de l'âme et de la phrase qui se fait parlée.
Entre caricature de la société vue par les "braves gens" qui bavent toujours sur l'autre, et propres pensées de l'auteur, misanthrope du genre humain et de lui-même; roman du mal-être et de l'inadaptation de l'homme à la routine et au non-sens de la vie, de l'inacceptation de n'être rien, de l'inacceptation du militarisme, du colonialisme et du capitalisme qui aliènent l'homme.
Malaise que l'on cherche à guérir par les voyages où l'on n'emporte jamais que soi-même, comme une impossibilité de se fuir, comme le faisait remarquer déjà en son temps le philosophe latin Sénèque, même si, d'après Bardamu, le "héros", ils favorisent l'imagination (au moins quand on voyage au bout de la nuit).
Restent des formules choc, nées de l'imagination féconde de Céline, peu ou prou "contaminée" par les expériences surréalistes de son époque, bien que d'un autre bord politique et qui se font amères ici.
On notera donc au passage moult citations, dont on ne peut pas toujours nier la vérité profonde dont voici quelques-unes:
- Une ville sans concierge ça n'a pas d'histoire, pas de goût, c'est insipide telle une soupe sans poivre ni sel, une ratatouille informe.
- C'est peut-être cela qu'on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir soi-même avant de mourir.
- Le peuple, il n'a pas d'idéal, il n'a que des besoins.
- Le cinéma, ce nouveau petit salarié de nos rêves on peut l'acheter lui, se le procurer pour une heure ou deux, comme un prostitué.
- Le ventre des femmes recèle toujours un enfant ou une maladie.
- Etre seul, c'est s'entraîner à la mort.
- Il existe pour le pauvre en ce monde deux grandes manières de crever, soit par l'indifférence absolue de vos semblables en temps de paix, ou par la passion homicide des mêmes en la guerre venue.
Et on peut en trouver encore bien d'autres.
PS: la Place Clichy, en illustration, lieu où commence le roman.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
H
je te sais gré, Jerem, de voir la part d'humanité qui réside en chacun au delà de son itinéraire ; puis-je exhorter Antinoüs à séparer l'oeuvre de son auteur ? cela lui ouvrirait bien des fenêtres, Cohen fut un misogyne qui écrivit un chant de tendresse à la femme, "Belle du Seigneur"
Répondre
A
Impossible pour moi de lire Céline sans me rappeler qui il était... donc je ne le lis pas, je ne peux pas... pas plus que je ne pourrais écouter la fin apocryphe de l'oeuvre wagnérienne composée par Hitler (si on décidait de l'enregistrer.)
Répondre