Retour à Reims (Didier Eribon)
21 Décembre 2009 Publié dans #Lectures
Cela fait longtemps que je ne vous ai pas parlé de mes lectures du moment, rien de bien fondamental ne m'étant particulièrement passé dans les mains.
Retour à Reims, paru cette année, fait exception.
L'homosexualité de Didier Eribon, le fait qu'ils soit né à Reims au début des années 50, le nom de son ouvrage, l'intérêt que j'ai pu porter à ses réserves sur l'oeuvre de John Boswell, tout cela ne pouvait fatalement que m'amener à lire ce livre et je ne regrette vraiment pas.
J'avais bien lu que l'on annonçait un texte où l'auteur décrivait son enfance ouvrière au milieu des HLM; j'étais loin de m'imaginer qu'il parlerait d'une expérience qui, par de nombreux aspects, fut à plusieurs années de distance, la mienne, combien les familles, les loisirs, les attitudes, les modes de pensée et d'expression qu'ils a restitués sont proches de mon vécu et me parlent encore malgré les années qui ont passé, combien je comprends son élan pour vouloir échapper à cet univers, les efforts entrepris pour ce faire, la peur qu'un impair ne remette tout en cause, combien on finit par être "entre-deux" avec cet indéfinissable sentiment de "déchirure" qu'il exprime très bien quand il parle de ses sentiments sur la classe ouvrière.
Chaque fois, la justesse de ses propos m'a frappé, les analyses qu'il présente sur la honte sociale, plus forte encore peut-être que la honte sexuelle, l'évolution de l'école, la gauche qui trahit le monde ouvrier sous l'effet de ce qu'il appelle la révolution conservatrice, l'explication du vote "Le Pen", la fabrication des identités, etc., sont souvent très pertinentes.
Je ne vous en dirai pas plus, tellement la volonté de vous voir découvrir par vous-mêmes est forte, ce soir.
Un livre absolument merveilleux, mais aussi un belle "restitution" de cette classe ouvrière qui a fait ce qu'il est, sans aucune nostalgie ni admiration, où un parcours personnel, individuel, ramène à nos propres interrogations sur l'identité, notre identité ou nos identités (sexuellle, sociale ...), leurs imbrications, comment elles nous "fabriquent", se fabriquent, se réinventent...
Avec une question qui, chez moi, restera sans réponse: est-ce parce que j'ai voulu m'extirper de ce monde que je suis "devenu" homo ou est-ce parce que j'étais homo que j'ai pu trouver la "force" de sortir de ce monde pour lequel, malgré tout, je ressens comme une solidarité de classe lorsque je les vois éliminés dans l'indifférence générale par la crise, par exemple.
PS: et si d'aventure Didier Eribon venait à passer par ici, j'en profite pour lui adresser un salut virtuel, et d'autre part, lui confirmer que sa mère n'exagère pas quand elle parle de l'ambiance qui l'a conduite à quitter les HLM. Cette réalité-là, je l'ai vécue aussi.
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