Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

En l'absence des hommes

3 Février 2008 Publié dans #Lectures

2266144324_08__AA240_SCLZZZZZZZ_.jpg

En l'absence des hommes, premier roman publié de Philippe Besson, en 2001, a tout de ce qui pourrait m'irriter en tant qu'historien:
- un roman dont l'action est censée se passer en 1916, mais sur laquelle le narrateur porte un regard anachronique d'homme du XXIè siècle qui sait tout ce qui s'y s'est passé;
- des échanges épistolaires improbables entre le soldat au front et son "ami" car la censure ne les eût jamais laissés passer.
Cela n'a beau être que du détail, c'est un peu horripilant quand même, de même que cette façon de raconter les dialogues au style indirect et cette volonté d'écrire comme si chaque phrase, ou presque, devait être, pour demain, une citation en puissance, même si, sur l'ensemble, il a vraiment une plume et sait magnifiquement manier notre langue ce qui fait qu'on lui pardonne le reste.

Le livre raconte l'histoire d'un trio entre un jeune homme de 16 ans (Vincent de l'Etoile), un soldat de 21 ans (Arthur Vallès) qui revient du front pour une permission d'une semaine et qui tombent amoureux l'un de l'autre et Marcel Proust avec lequel Vincent entretient une amitié amoureuse.
Alors que Proust vit dans la nostalgie du passé et l'inconsolabilité de ses morts auxquels il consacre son oeuvre, Vincent qui n'est pas sans rappeler Rimbaud parfois, vit dans un présent qui, bien que confronté, bousculé, remis en cause par la réalité, se refuse à l'affronter complétement et en vient à la fuir à la fin du roman.
Vincent que l'on admire pour son indifférence à la morale, ses silences et sa façon de dire je t'aime non en paroles mais en gestes.

Restent les deux figures tragiques de ce roman, les deux humbles que la vie a ou va briser, comme s'ils devaient, par décret du destin, payer pour le peu de bonheur que la vie leur a donné: Arthur et sa mère:
- l'un, enfant naturel traité comme un paria durant son enfance, en quête d'un père dont on ne découvre l'identité qu'à la fin du roman, conscient très tôt de sa différence et qui croit trouver la rédemption dans l'amour mais que les sentiments détruisent
-l'autre, la mère, qui porte en elle le poids de la "faute" d'où est née Arthur et dont l'amour est infini et concentré dans son fils qui est tout ce qui lui reste; elle dont le seul but était le bonheur de son fils, même homosexuel, bien au-dela du sien propre. On devine qu'elle ne survivra pas à sa mort, un châtiment imposé pour sa "faute", une mort dont elle culpabilise et se croit responsable.

Que faut-il tirer de ce roman?
Rien et tout à la fois, une simple leçon d'humanité.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
J'ai l'impression qu'a chaque fois dans les romans de BESSON " on ne tire rien " comme tu dis..., mais l'écriture est bien tournée, la langue bien maniée..!! 
Répondre