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Les Sept piliers de la sagesse

3 Décembre 2006 , Rédigé par Moi Publié dans #Lectures

Enfin fini de lire ce pavé de 900 pages que constituent les Sept piliers de la sagesse de Thomas Edward Lawrence, plus connu grâce au cinéma sous le nom de Lawrence d'Arabie.

Voila, en fait, un pavé déroutant, où l'on trouve le meilleur et le pire:

- le meilleur, ce sont la description de la progression de la révolte arabe, l'attitude des Anglais, la vision anglaise des tribus arabes, de ces tribus sur les Anglais, les rivalités des tribus entre elles, les portraits de personnes croisées, les allusions aux différents massacres de l'époque, comme le génocide arménien dont Lawrence parle en termes intéressants, tout en expliquant en quoi les Arméniens ne sont pas tout blancs, même si rien ne justifie la réaction des Turcs, dit-il, ou lorsque Lawrence se livre au lecteur; de même, la lecture rappelle la réalité de l'esclavage dans le monde musulman jusqu'aux lendemains de la Première guerre (même s'il n'est pas très politiquement correct d'en parler aujourd'hui);

- le pire, ce sont ces pages sans intérêt où à travers les mêmes paysages, avec les mêmes hommes, pour les mêmes expéditions, Lawrence se livre à des descriptions longues et sans saveur qui ne font que susciter l'ennui. On pourrait citer la traduction française qui, parfois, ne semble pas au top, certains passages étant à la limite de la compréhension, notamment lorsqu'il s'agit de traduire les états d'âme de Lawrence, ce qui est un peu gênant.

On a souvent reproché à Lawrence de s'attribuer un rôle plus grand que ne le fut le sien; c'est, je crois, mal lire les Sept piliers car, dès qu'il le peut, il indique qu'il n'est pas le seul Anglais à accomplir les mêmes activités (sans oublier les Français), ou, dans les dernières pages, quand perce sa profonde lassitude.

La raison de celle-ci, une fois Damas atteinte, le roman ne le dit pas. Pour le savoir, il faut lire la dédicace et le texte final.

"D'un bout à l'autre, le motif le plus puissant avait été personnel, non mentionné ici, mais qui resta avec moi, je pense, à chaque heure de ces deux années. Douleurs et joies de l'action pouvaient s'élever comme des tours dans ces journées; mais fluide comme l'air, cette pensée secrète se reformait, élément de vie persistant presque jusqu'à la fin. Ce motif était mort avant que nous n'atteignions Damas."; ainsi parle Lawrence dans son final.

Ce motif, c'est la dédicace qui nous le révèle; je la cite en entier, à la fois parce qu'elle constitue une énigme que personne n'a jamais résolue, mais aussi un des poèmes d'amour les plus connus, poème dédié à un mystérieux ou une mystérieuse S.A.:

"Je t’aimais, aussi je pris ces marées d’hommes entre mes mains et écris ma volonté en étoiles à travers le ciel pour te gagner la Liberté, la digne maison aux sept piliers afin que tes yeux puissent briller sur moi quand nous arriverions.
La Mort semblait ma servante sur la route, jusqu’à ce que nous fussions proches, te voyant qui attendait ; Alors tu souris et, d’envie chagrine, elle me dépassa et t’emporta sans moi ;Dans sa quiétude.
L’amour, fatigué du chemin, chercha à tâtons ton corps, notre gage éphémère, notre pour l’instant, avant que la main molle de la terre n’explore ta forme et que les vers aveugles ne s’engraissent de ta substance. Les hommes m’ont prié d’ériger notre œuvre, la maison inviolée, en ton mémorial.
Mais, pour que le monument convînt, je le fracassai, inachevé ; et, maintenant, les petites choses sortent en rampant pour s’arranger des baraques dans l’ombre gâchée de ton offrande."

Enfin, on s'est souvent interrogé sur la possible homosexualité de Lawrence: certains passages des Sept piliers et la façon dont il décrit certains hommes ne laisse aucun doute à ce sujet, s'attachant à des détails que seuls les homos regardent chez un homme.

A ce sujet, Lawrence n'hésite pas à parler des tortures subies et de son viol à Déraa, dont il dit lui-même, " cette nuit-là, la citadelle de mon intégrité était irrévocablement tombée", d'autant plus qu'il livre dans un passage cet aveu: " je me rappelais lui avoir briévement souri, car une chaleur délicieuse, probablement sexuelle, s'enflait en moi; et puis qu'il avait jeté son bras en l'air et sabré mon aine de toute la longueur de son fouet". On comprend, dans ces conditions,  les interrogations de Lawrence se découvrant des tendances sado-maso et pourquoi il considère cela comme la perte de son intégrité.

Juste pour l'anecdote, et bien que cela ne figure pas dans les Sept piliers, le dossier médical de 1923 nous révèle, à propos de Lawrence, qu' il mesurait 1 mètre 66, pesait 59 kg et avait des "cicatrices sur les fesses", " trois cicatrices superficielles dans le bas du dos" et "quatre cicatrices superficielles sur le côté gauche" (celles des sévices de Déraa?). De plus, il était circoncis.

 

 

 

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E
lolo était juif pédé et maso. la totale quoi.
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J

bonjour, je passais là par hasard. J'ai moi même lu ce livre, que j'ai adoré et que j'adore encore ; parce que Thomas E. Lawrence écrit divinement bien, qu'il est d'une intelligence admirable, et
qu'il est historiquement un témoin majeur du XXe siècle. C'est un putain d'archéologue/agent secret/chef de guerre, je sais pas ce qu'il faut de plus pour faire un sacré bonhomme.
Je voulais juste rebondir sur ce petit témoignage d'Henri de Monfreid, lui même écrivain et aventurier de la mer rouge. C'est l'occasion d'une petite anecdote sur laquelle j'étais tombée par
hasard...  http://www.ina.fr/video/CAF90014207/ce-jour-la-mort-de-lawrence-d-arabie-video.html
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J
Voila, au moins, qui prouve votre haut degré de tolérance et aussi votre capacité à admettre que l'autre pût être d'un avis différent du votre.Laissez donc un contrepoint constructif ou passez votre chemin, homme pour qui l'invective tient lieu de toute réflexion. 
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P
Crétin, vous êtes passé à côté du plus grand livre du XXème siècle, rien que ça. De là haut, notre Hercules de poche se fout de votre pauvre critique.
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