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Et Henriette Caillaux tira

15 Mars 2014 Publié dans #Quelques événements de 1914

http://www.rts.ch/2013/02/12/15/54/4655619.image?w=480&h=360

(Couverture du Petit Journal illustré du 29 mars 1914)

 

"Drame extraordinairement "parisien" - puisque telle est l'expression consacrée pour les événements tragiques où sont en cause des personnalités mondaines. Drame politique aussi, puisqu'il faut en rechercher les origines et les causes dans une "campagne" du directeur du Figaro contre le ministre des finances": c'est ainsi que l'éditorialiste du Petit Journal commente l'affaire en ce 17 mars 1914, lendemain du drame.

 

En effet, le jour précédent - le 16 mars 1914, donc - , vers les 5 heures du soir, Henriette Caillaux, femme du ministre des finances, Joseph Caillaux, s'était présentée dans les locaux du journal, 26 rue Drouot (IXème arrondissement) et avait demandé à être reçue par son directeur. Ce fut chose faite vers les 6 heures et demie.

A peine entrée, la porte à peine refermée, Gaston Calmette lui tournant encore le dos pour accrocher ses affaires au porte-manteau, elle sortit de son manchon un revolver Browning .32, acheté dans l'après-midi chez un armurier de l'avenue d'Antin, et tira cinq coups de feu qui blessèrent grièvement le directeur qui tenta de se protéger des balles comme il put.

"Il n'y avait que le revolver pour arrêter cette campagne. Puisqu'il n'y a plus de justice en France, c'était à une femme de s'en charger !" aurait-elle déclaré juste après avoir commis son acte.

Malgré l'arrivée rapide des secours, Gaston Calmette qui avait été transporté dans la maison de santé du professeur Hartmann, au 26 boulevard Victor-Hugo, à Neuilly, y décéda vers minuit 45 au cours d'une intervention chirurgicale. Il a succombé à une hémorragie de l'artère hypogastrique.

 

Depuis janvier 1914, Gaston Calmette menait une intense campagne de presse contre le ministre des finances, Joseph Caillaux, afin de faire échec à l'impôt sur le revenu. Il l'accusait d'avoir cumulé ses fonctions publiques de ministre des finances avec celles de président du conseil d'administration d'une banque étrangère, d'avoir facilité à ses amis un coup de bourse sur la Rente, et d'avoir commis une forfaiture en suspendant l'action de la justice au profit d'un escroc (affaire Rochette).

Le 13 mars, il publiait encore, à l'appui de ses théories, une lettre déjà ancienne, datée de 1901, mais de l'ordre de l'intime, dans laquelle le ministre, connu publiquement pour être un ardent défenseur de l'impôt sur le revenu, déclarait à son amie (devenue ensuite sa première femme):

 

"J'ai dû subir deux séances écrasantes à la Chambre, l'une, le matin, à 9 heures, qui a fini à midi; l'autre, à 2 heures, dont je ne suis sorti qu'à 8 heures, harassé. J'ai, d'ailleurs, remporté un très beau succès: j'ai écrasé l'impôt sur le revenu en ayant l'air de le défendre; je me suis fait acclamer par le centre et par la droite et je n'ai pas trop mécontenté la gauche ..."

 

Le 16 mars, il récidivait avec des Notes biographiques écrites de la main-même de Joseph Caillaux où celui-ci, candidat républicain progressiste à Mamers, en 1898, affirmait à ses électeurs refuser "l'impôt sur le revenu impliquant soit déclaration, soit taxation d'office".

 

C'est ce qui détermina la femme du ministre à agir.

 

Après avoir été interrogée par le commissaire de police Carpin, commissaire du IXème arrondissement, puis par Messieurs Boucard, juge d'instruction, Théodore Lescouvé, procureur de la République et Mouton, directeur de la police judiciaire, Henriette Caillaux fut conduite à la prison St-Lazare, où elle fut incarcérée. C'est à Maître Fernand Labori qu'Henriette Caillaux a confié sa défense après que le bâtonnier Maître Henri Robert, pressenti, se soit récusé.

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