Marie Tudor - Victor Hugo
12 Avril 2019 Publié dans #Lectures

Mademoiselle George dans le rôle de Marie Tudor
Créée pour la première fois au théâtre de la Porte-Saint-Martin le 6 novembre 1833, Marie Tudor est une pièce où les violents ressentiments qui agitent les protagonistes de l'histoire contre Fabiano Fabiani sont pour une grande partie animés par une xénophobie latente, sous couvert de dénoncer les faveurs - imméritées selon eux - dont jouit cet Italien parvenu devenu l'amant de la reine, un sentiment somme toute courant à l'époque si l'on songe aux pamphlets et attaques dont, en France, furent victimes Concino Concini et sa femme, Jules Mazarin, Catherine de Médicis ou les Italiens qu'elle amena en France dans son sillage.
De Simon Renard, envoyé par le souverain espagnol Philippe II pour négocier son mariage avec la reine aux lords anglais mécontents d'être exclus des faveurs qui tombent sur l'Italien en passant par l'ouvrier-ciseleur Gilbert dont il a séduit la fiancée, c'est une haine unanime qui se déchaîne contre Fabiano Fabiani. Il n'y a pas jusqu'à la reine-même qui, dans le moment de colère qui suit la révélation de sa liaison avec cette fiancée, ne se lâche contre les Italiens: "Italien, cela veut dire fourbe ! Napolitain, cela veut dire lâche ! toutes les fois que mon père s'est servi d'un Italien, il s'en est repenti... On ne peut tirer autre chose de la poche d'un Italien qu'un stylet, et de l'âme d'un Italien que la trahison ! "
Pourtant, c'est bien l'ensemble des protagonistes de l'aristocratie et la reine elle-même qui se révèlent tous lâches car, in fine, ils trouvent tous une bonne raison pour vouloir se servir de et sacrifier l'ouvrier-ciseleur, soit pour assouvir leur vengeance, soit pour tenter de sauver in extremis la vie de Fabiano Fabiani.
Une pièce qui ne manque donc pas, tant s'en faut, de résonances actuelles, tant dans les clichés et stéréotypes sur lesquels s'appuient le ressort de la pièce qu'à travers le procès en illégitimité de l'étranger parce qu'il est étranger, donc considéré comme un indigne parvenu jouissant de faveurs qu'il ne mérite pas aux dépens des natifs du pays ou la façon dont les Grands se servent du peuple pour satisfaire leurs ambitions, quitte à le sacrifier pour cela.
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