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1940/45 : années érotiques, tome 1

2 Mai 2021 Publié dans #Lectures

Nous venons d'achever la lecture du 1940/1945: années érotiques: Vichy ou les infortunes de la vertu de Patrick Buisson.

S'appuyant sur les écrits des élites de l'époque, Patrick Buisson dresse de l'Exode et de la défaite un tableau de dépravation des mœurs sans précédent qui suffirait à justifier, sinon à excuser la volonté moralisatrice de Vichy et à expliquer la défaite de ce peuple "femelle" que serait devenu le peuple français amolli par des années de radical-socialisme, de relativisme franc-maçon et d'esprit Front populaire.
Un discours que l'auteur semble adopter sans contrepoint, ce qui suscite un certain malaise. En effet, sur un autre sujet, François Cochet à montré qu'un tel discours existait déjà chez les élites de l'avant première guerre mondiale sur le peuple et était largement surfait.

Par contre, nous avons apprécié ces pages où il montre comment et pourquoi la stratégie de Vichy était vouée à l'échec : femmes laissées seules par l'emprisonnement du mari en Allemagne, présence des troupes allemandes sur notre sol, incohérences entre les différents acteurs de la Révolution nationale. En effet, la droite catho plus ou moins alliée aux familiaristes, défenseurs de la famille et de ses valeurs traditionnelles s'opposent aux natalistes, prêts à ranger la morale dans un coin pourvu que les Françaises fassent des enfants et aux Collaborationnistes, plutôt athés et qu'exaspèrent les bondieuseries de Vichy.
Du reste, l'Occupant ne fit absolument aucun geste pour faciliter ou permettre la réalisation du programme de Vichy tant il trouvait son compte dans la situation.

Echec de Vichy, mais échec de la Résistance aussi dans un premier temps, car, tout comme Vichy, elle veut réformer les mœurs pour rendre à la France sa fierté virile, de sorte que, sur ce plan, Vichy et la Résistance sont du même côté du manche.
Très intéressantes sont d'ailleurs les pages consacrées à l'attrait de la force physique allemande sur les milieux homos de la Capitale, associant dans l'esprit des futurs Libérateurs l'homosexualité à la Collaboration.
Nous noterons, au passage, que nous sommes loin de la contre-vérité, souvent proclamée d'une déportation des homosexuels français organisée par Vichy ou le Reich (excepté l'Alsace-Moselle, mais qui n'était pas française à l'époque), Vichy ne pouvant pas agir contre des gens protégés par les Allemands et les Allemands n'ayant aucun intérêt à déporter ce qui, à leurs yeux, affaiblissait la race du vaincu.

Enfin, dans ce que décrit Buissson, il insiste, surtout en province, sur le contrôle social mis en place pour surveiller les mœurs et dénoncer, à coups de lettres anonymes, ceux et celles que l'on juge comme des dévergondés et des trainées.
C'est d'ailleurs le sujet du film d'Henri-Georges Clouzot, Le Corbeau, qui décrit la petite ville de Saint-Robin en proie à la peur, la suspicion, l'hystérie et aux règlements de comptes suite à l'envoi de plusieurs lettres anonymes dénonçant les mœurs de certains des habitants.
Film tourné sous l'égide de la Continentale, ce qui lui permit de passer la censure vichyssoise, il est étonnant de voir qu'il fut interdit à la Libération parce qu'il ne correspondait pas à la vision que les vainqueurs tentaient d'imposer du peuple français, peuple qui se devait d'avoir été héroïque, positif et tendu vers l'esprit de résistance tandis que les élites collaboraient.
En tout cas, si vous en avez l'occasion, n'hésitez pas à regarder ce film aux dialogues écrits par Louis Chavance et au scénario bien construit qui vous prend jusqu'au dénouement final.

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