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Les mémoires d'Hadrien (M. Yourcenar)

30 Décembre 2007 Publié dans #Lectures

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Je viens de finir de lire ces fameuses mémoires d'Hadrien, publiées en 1951 par Marguerite Yourcenar, où celle-ci, se mettant à la place de l'empereur malade et en fin de vie, imagine cette longue lettre fictive que ce dernier aurait pu écrire au jeune Marc-Aurèle, âgé de 17 ans, futur empereur et son petit-fils par adoption.
Hadrien-Yourcenar (comment séparer totalement l'un de l'autre?) revient sur la vie de l'empereur et en fait prétexte à réflexion philosophique sur la vie, la mort, la sexualité, les religions, le pouvoir ... et ce lien particulier qui lie celui-ci à Antinoüs, au point de le diviniser après sa mort et de lui construire une ville entière.
Ce qui se dégage, somme toute, de cette réflexion philosophique, pas toujours abordable d'ailleurs, parce que truffée de références culturelles antiques qui ne sont pas immédiatement accessibles à tous, comme toute oeuvre où l'érudition manque de pédagogie, même si elle est bien écrite, c'est un profond pessimisme sur l'homme, la nature humaine, la vanité des actions des "grands hommes" qui consiste à essayer de se survivre, y compris par des monuments de pierre.
Livre dans lequel Marguerite Yourcenar révèle aussi son lesbianisme, offrant ainsi en 1951, une "coming-out" assez rare en littérature.

Quelques citations tirées de ce livre:

- "Ce bel étranger que reste malgré tout chaque être qu’on aime".

- "Je suis capable d'imaginer des formes de servitude pire que les nôtres, parce que plus insidieuses: soit qu'on réussisse à transformer les hommes en machines stupides et satisfaites, qui se croient libres alors qu'elles sont asservies, soit qu'on développe chez eux, à l'exclusion des loisirs et des plaisirs humains, un goût du travail aussi forcené que la passion de la guerre chez les peuples barbares." (prophétique en ces temps de "travailler plus pour gagner plus").

- "Tout bonheur est un chef d’œuvre : la moindre erreur le fausse, la moindre hésitation
l’altère, la moindre lourdeur le dépare, la moindre sottise l’abêtit." 

- "
C'est avoir tort que d'avoir raison trop tôt."

- "Toute loi trop souvent transgressée est mauvaise : c'est au législateur à l'abroger ou à la changer."

- "Dans tout combat entre le fanatisme et le sens commun, ce dernier a rarement le dessus".

- "Je vois une objection à tout effort pour améliorer la condition humaine: c'est que les hommes en sont peut-être indignes".

- "Un triomphe ne sied guère qu'aux morts. Vivant, il se trouve toujours quelqu'un pour nous reprocher nos faiblesses".

"La féroce intransigeance du sectaire en présence de formes de vie et de pensée qui ne sont pas les siennes" (à propos du christianisme).

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H
Tu fais ici référence, jerem, à un des ouvrages inséparables de ce que je suis.Si la culture, extrème, manque de pédagogie c'est parce que, en 1951, tout être "lisant" avait un héritage culturel qui lui rendaient accessibles les références évoquées.De ce livre riche en citations, une m'a investi à jamais et me hante définitivement : "animula, vagula, blandula...". Des philosophes antiques à ce Brel que tu aimes tant, c'est toujours la seule vérité.
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P
Très beau livre en effet. J’ai été particulièrement touché par cet amour passionné d’Hadrien pour Antinoüs, le jeune Bithynien et j’ai retenu cette phrase : « Ce cadavre et moi partions à la dérive, emportés en sens contraire par deux courants du temps. »
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