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Le vent se lève

2 Février 2008 Publié dans #Cinéma d'hier et d'aujourd'hui

Le vent se lève (The Wind that Shakes the Barley, en anglais; à traduire par le vent qui agite l'orge) est un film réalisé par le britannique Ken Loach en 2006 et qui, la même année, a reçu la Palme d'or du Festival de Cannes.

Il raconte, à travers un groupe de résistants, dont les frères O'Donovan, la lutte menée par les hommes de l'Armée Républicaine Irlandaire (IRA) contre l'occupation britannique dans les années 20.
Alors que son frère, Teddy est déjà engagé dans la lutte pour l'indépendance irlandaise, Damien O'Donovan s'apprête à regagner Londres pour y poursuivre ses études de médecine. 
C'est alors que, témoin des violences exercées par les groupes de paramilitaires britanniques et par l'armée anglaise qui aboutissent à s'en prendre et à tuer des innocents, il rejoint le camp des nationalistes.
 Pourtant, les divisions surgissent entre les indépendantistes irlandais après la signature du Traité de Londres, en 1922, qui partitionne l'Irlande et en fait un dominion. Elles aboutissent à une guerre civile qui oppose les anciens frères de lutte entre eux et marque la défaite des adversaires du traité, symbolisée ici par l'exécution de Damien O'Donovan.

En effet, chacun des deux frères O'Donovan est le symbole, dans le film, de chacune de ses tendances:

-Teddy O'Donovan (Padraic Delaney) représente la tendance modérée, prête à s'accommoder du traité, pensant qu'il n'était pas possible d'obtenir plus de Londres et s'apprêtant à se satisfaire de la domination des riches et des puissants (Eglises, gros propriétaires terriens) sans lesquels, pense-t-il, on ne pourra pas bâtir la nouvelle Irlande;

- Damien O'Donovan (Cillian Murphy) représente la tendance hostile au traité de Londres, celle qui refuse de prêter un quelconque serment d'allégeance à la couronne britannique dans le cadre du dominion et veut obtenir l'indépendance d'une République irlandaire unifiée à dominante socialiste.

C'est, en tout cas, une invitation faite aux Irlandais comme aux Britanniques, dont les violences sont ardemment dénoncées à travers une mise en scène qui leur est plus que défavorable (cf les ongles de Teddy O'Donovan arrachés à la pince), à regarder leur passé en face.

Les Britanniques sont-ils prêts à le faire? rien n'est moins sûr; en effet, à sa sortie, seules 30 salles avaient programmé le film et 105 au total après qu'il a obtenu la Palme d'or, ce qui montre que ceux-ci refusent encore d'assumer certains pans peu glorieux de leur passé.

Enfin, il faut le signaler, ce film est un film dur: dur en raison de la froide violence qui s'y exprime à nu, dur aussi dans l'attitude des personnages qui, à part quelques-uns, se refusent aux compromis et se plient à une force supérieure, quoi qu'il leur en coûte: ainsi Damien O'Donovan exécute-t-il comme traite un ami d'enfance, quoi qu'il lui en coûte, et plus tard, en souvenir de cet épisode, préférera mourir plutôt que de trahir; ainsi Teddy O'Donovan commande-t-il le peloton qui exécute son frère (cela rappelle, pour ceux qui connaissent, l'épisode final de Quatrevingt-Treize, de Hugo, où Cimourdain doit faire exécuter son ancien élève Gauvain).

De quoi engager une réflexion sur les violences et les crimes dans les épisodes de résistance et de guerre civile et en quoi, la loi commune s'en trouve abolie, les clivages bouleversés, la morale amoindrie devant une cause à défendre.

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