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Le fleuve sauvage

13 Avril 2009 Publié dans #Cinéma d'hier et d'aujourd'hui

En 1960 sortait le Fleuve sauvage (Wild River), film d'Elia Kazan avec, comme acteurs principaux, Montgomery Clift, Lee Remick et Jo Van Fleet qui y joue le rôle d'une personne âgée de 80 ans.

Disponible uniquement en version originale sous-titrée dans un dvd irréprochable tant pour l'image que le son, il faut pourtant se garder de croire que l'on est en présence d'un petit film.

Son cadre se situe dans celui du New Deal rooseveltien et des travaux d'aménagement de la rivière Tennessee pour en contrôler les crues (le film s'ouvre significativement sur des images d'archives du témoignage d'un père qui a perdu ainsi toute sa famille) et fournir de l'électricité à ces régions retardées du sud des EU.
Ses prises de vue offrent une vision "hudsonnienne" du Tennessee, comme un hommage à la beauté de la nature et un adieu nostalgique à une certaine Amérique, celle des grands espaces vierges et des pionniers (voir ici l'article consacré à l'école de l'Hudson River en peinture dans la catégorie peintres et photographes américains)
Quant à l' histoire elle-même, à travers les destins d'Ella Garth (Jo Van Fleet) et de Carol Baldwin (Lee Remick), elle fait revivre sous nos yeux la mort d'une certaine Amérique et la naissance d'une nouvelle génération qui recherche avant tout une vie meilleure pour ses enfants loin des idéaux qui furent ceux des pionniers et allaient donner naissance à l'Amérique si conformistes des années 50 ... (idée qui, par ailleurs, n'était pas absente non plus du film les Raisins de la colère).
Une mort qui se déroule non sans interrogations auxquelles personne, pas même Chuck Glover (Montgomery Clift), l'envoyé du gouvernement, ne sait répondre alors qu'il était arrivé dans la région avec la certitude de forcer la vieille Ella Garth à quitter son île au milieu du fleuve malgré son refus de partir.
En effet, plus le film avance, plus Chuck semble comme paralysé, séduit par la beauté des lieux et par Ella dont il admire le courage, la ténacité, et la dignité, même s'il dénonce son individualisme forcené.
Sans Carol, veuve avec deux enfants qui jette son dévolu sur lui et qui veut à tout prix leur offrir un monde meilleur, même s'il faut, au final, user de contrainte, il est probable que Chuck eût échoué dans sa mission.
Cette féroce volonté, Carol en fait preuve et l'insuffle à Chuck lors d'une terrible scène où les sudistes locaux cherchent par l'intimidation et la violence, à lui faire quitter la place, tant il est vrai qu'ils ont peu apprécié son débauchage des noirs pour les travaux et les salaires égaux à ceux des blancs qu'il prétendait leur verser au nom du gouvernement.
Une façon pour Kazan de rappeler que si l'Amérique qui meurt emporte avec elle une certaine nostalgie qu'il partage, tout n'y était pas "louable".

Les dernières scènes du film (le survol des restes de l'île au milieu des flots, la vue aérienne de la région et d'un barrage qui est, en fait, celui du Hoover Dam), résume à elles seules, tout le destin individuel et collectif de l'Amérique.
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H
La musique et le texte sont déja tellement évocateurs d'une amérique à son tour évanouie !Et que Monty était beau...
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