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Gay New York (5)

30 Décembre 2012 Publié dans #Homosexualité (actu - people - coups de gueule ...)

Cinquième et dernière partie du résumé du livre de George Chauncey Gay New York (1890 - 1945). 


La partie précédente se trouve ici.

 

III) La politique de la culture gay

 

           1) La construction d'une identité collective

 

L'identité collective gay ne s'est pas construite de façon bien différente de celle des immigrés qui arrivaient en nombre aux Etats-Unis à la même époque: " Ils créérent de vastes réseaux sociaux à partir de liens qui s'établissaient sur la base d'une sexualité commune et d'une expérience partagée de la marginalisation sociale, de la même manière que les immigrés construisaient les leurs à partir des liens de parenté et de l'origine géographique. Les gays développèrent ces liens et leur donnèrent une signification nouvelle car, tout comme les autres immigrants, ils avaient besoin, afin de s'adapter à la ville, de trouver du travail, un logement et un soutien affectif pour pouvoir affronter une société hostile." (George Chauncey)

Certains se créérent un monde social entièrement gay, d'autres ne maintinrent avec le "monde normal" que le minimum de liens nécessaires pour ne pas être rejetés et méprisés, mais, en fait, en dehors des "tantes" qui s'affichaient en permanence comme gays quel que soit l'endroit, et ceux qui avaient réussi à avoir une vie se déroulant en permanence dans le monde gay, que ce soit pour les loisirs ou le travail, la très grande majorité des homosexuels menait une double vie et gérait une double identité sans que cela lui parût anormal. C'est ainsi qu'un homosexuel qui fréquenta le monde gay des années 30, témoigne, dans les années 60, de la "normalité" de cette pratique, non par honte de ce qu'il était, mais "pour me défendre contre les insultes, les humiliations et les moqueries et aussi pouvoir gagner ma vie".

 

En effet, pour nombre d'homosexuels, leur sexualité n'était pas leur seule identité importante et le monde gay n'était qu'un des mondes, parmi d'autres, dans lesquels ils évoluaient. Certes, ils bénéficiaient de l'aide et de la solidarité des autres homosexuels en cas de besoin, mais ce n'était qu'un des ressorts qu'ils pouvaient actionner, en complèment d'autres (familles, collègues ...) grâce justement, à cette capacité à jouer de leur identité multiple. Aussi, affirmer publiquement leur homosexualité leur semblait jusqu'à un certain point absurde ("On n'était pas gay quand on était en train de se raser" affirma un homo agacé par les revendications de la génération suivante).

D'ailleurs, le code moral gay de la période 1890 - 1940 qui les liait entre eux était sans ambiguité: "respecter la décision des autres de garder leur homosexualité secrète et tout faire pour les aider à protéger ce secret".

Si clivage il y avait entre les homos, c'était moins entre taire ou ne pas taire son homosexualité face au monde hétéro, mais "plutôt entre ceux qui faisaient discrètement connaître leur homosexualité aux autres gays et ceux qui refusaient même de franchir ce pas".

 

C'est d'ailleurs ce besoin de gérer des identités multiples qui amena le monde gay à se façonner une identité collective avec ses codes, ses subterfuges, son histoire et ses "lieux" où les jeunes homosexuels pouvaient entrer en contact avec d'autres gays plus expérimentés et apprendre d'eux la vie gay. A cet égard les soirées privées organisées par certains homos étaient un des moyens les plus sûrs de pouvoir s'informer, plus que dans les lieux publics soumis à la surveillance du reste de la société.

 

Parmi les éléments qui permirent aux homosexuels de s'affirmer et prendre confiance en eux, la création d'une "histoire gay" fut une des plus importante. En annexant des personnages historiques à la "gayttitude" (César, Michel-Ange, ...) pour réfuter les thèses de personnes comme le sexologue Richard Kraft-Ebing pour lequel l'homosexualité n'était qu'un signe biologique et social de dégénérescence, ils entendaient créer des images positives d'eux-mêmes. C'est ainsi que plusieurs intellectuels gays cherchèrent, au tournant du siècle, à valoriser le modèle antique de la Grèce classique, considérée alors comme l'apogée de la civilisation occidentale. Le plus important de ces intellectuels fut Edward Carpenter dont l'anthologie de textes sur l'"amitié masculine", Iolaüs, publié en 1917, fut baptisé "la Bible des sodomites" par les libraires. Y étaient inclus aussi bien des oeuvres grecques et romaines que des textes de Shakespeare, Goethe, Byron ..., ainsi que certains textes d'Herman Melville sur les coutumes polynésiennes.En tout cas, dès les années 1910, ces idées étaient devenues un des élements du savoir commun gay  et les romans gays des années 1930 n'eurent de cesse de continuer à répandre et propager ces idées chez leurs lecteurs.

"En construisant leur propre tradition historique, les gays se définissaient comme une communauté spécifique. En imaginant qu'ils avaient des racines collectives dans le passé, ils affirmaient une identité collective dans le présent".

 

L'autre grand moyen qui permit aux homosexuels de s'affirmer et de prendre confiance en eux fut la création d'un riche langage spécifique qu'il provienne de l'argot emprunté aux "tantes" ou vise à donner à des mots courants un sens spécifiquement gay. Ainsi un gay pouvait communiquer avec un autre gay sans que ses voisins hétéros puissent en concevoir la moindre alarme. Or, disposer de ce langage commun dont ils étaient les seuls à maîtriser le code, donnait à ceux-ci conscience de leur appartenance à un monde commun et à une identité collective. Mieux, cela donnait à certains l'impression d'appartenir à un monde d'initiés formant une société secrète et les aidait, là aussi, à avoir une image positive d'eux-mêmes.

Mieux, cet argot spécifique leur permettait de gérer l'image féminisée que la société renvoyait d'eux-mêmes.et parfois d'en jouer: c'est ainsi que le fait de laisser apparaître son homosexualité s'appelait "défaire son chignon" et que le camp, ce "style de présentation de soi et d'interaction avec les autres qui utilisait l'humour, l'ironie, l'incongruité, la théâtralité pour mettre en évidence le caractère artificiel des normes sociales, tantôt en exagérant ces normes jusqu'à les ridiculiser, tantôt les inversant pour atteindre le même but" devint une façon comme une autre d'exprimer sa colère contre la stigmatisation d'eux-mêmes en tant qu'hommes parce que, pour la société, leur sexualité faisait d'eux des "quasi-femmes".

 

A ce titre, les bals travestis étaient l'un des grands moments de la culture gay car l'inversion faisait partie intégrante de ce style de fêtes: inversion des races, des classes sociales, des genres y étaient, en effet, de tradition. Progressivement, les homosexuels organisèrent leurs propres bals, à partir des années 1890, surtout dans le Bowery, puis dans le Village et à Harlem dans les années 20 et 30.

 

Par ailleurs, "Les codes gays leur permettaient également de se penser comme partie prenante de la culture dominante puisque cela leur donnait la possibilité de s'apercevoir dans les interstices de cette culture". C'est ainsi qu'avec leurs codes, ils pouvaient réinterpréter la culture dominante en y repérant des signes "gays": de nombreux gays collectionnèrent des articles de journaux d'événements lus à cette lueur: actrices célèbres en pantalon, affaires judiciaires où des femmes demandaient le divorce parce que leur mari souhaitait installer un compagnon de longue date sous le toit conjugal, photos de cadets de West Point, de jeunes hommes dans différentes activités plus ou moins déshabillés...

 

Enfin, la pratique du double-sens de langage permettait à des artistes souvent connus comme gays à l'intérieur du monde gay, de "communiquer et de communier" avec leur public homosexuel, comme, par exemple Noël Coward, la chanteuse Beatrice Lillie avec des titres comme "Il y a des fées en bas dans notre jardin" ou "je suis une campeuse" ou encore Cole Porter et ses chansons.

 

           2) Les "tapettes sur l'estrade": la Prohibition et le spectacle de la tapette

 

Durant la Prohibition, entre 1920 et 1933, la "vogue des tapettes" (pansy craze) déferla sur New York et elles firent la une des journaux, de pièces jouées à Broadway, de films et de romans. C'est l'époque où, venu des marges de la ville (Bowery, Harlem ou Greenwich Village), la visibilité du monde gay se déplaça vers Time Square, le foyer culturel de la ville.

A cela plusieurs raisons:

- de nombreux gays travaillaient dans les théâtres, les restaurants, les cabarets de Times Square et, dans le monde du spectacle, leur présence était plus facilement tolérée que dans d'autres professions. L'excentricité que l'on attribuait en général aux gens de théâtre pouvait même être une couverture comme une autre vis-à-vis du monde hétérosexuel

- les environs de Times Square abritaient aussi de nombreux logements capables d'abriter des célibataires, des plus fortunés (dans les 40ème et 50ème rues ouest et dans l'East Side) aux plus nécessiteux (logements collectifs pour les plus démunis des gens de théâtre, hôtels bons marchés dans la 50ème, à l'Ouest de la 7ème avenue et de Broadway), sans compter les meublés ...

- la Prohibition eut pour conséquence une expansion du monde clandestin et une moindre capacité de la police et des ligues morales à pouvoir le contrôler (Le Comité des Quatorze, dépassé et privé de ses soutiens financiers fut contraint de mettre la clé sous la porte en 1932). La prolifération des bars clandestins et des boîtes de nuit illégales entraîna une véritable révolution des moeurs et la pratique de la corruption généralisée ainsi que le développement du syndicat du crime qui ne tardèrent pas à modifier profondément la vie à Times Square, y facilitant des comportements non-conformistes. "Par leur fréquentation du demi-monde illégal des bars clandestins, les clients des bars entraient dans un monde social nouveau, ce qui les encourageait à tester les limites des normes sociales", d'autant plus qu'en criminalisant une bonne partie de la vie nocturne, la Prohibition en donnait le contrôle à des gens issus des classes les plus basses qui firent découvrir à leur nouveau public de classes moyennes, les spectacles issus du monde populaire,

- le soutien affiché du maire de New York, Jimmy Walker, un des acteurs de la vie nocturne, implicitement hostile à la Prohibition et soutenant tacitement les boîtes de nuit illégales.

 

Bref, "la révolte populaire contre les réglementations morales de la Prohibition, la transformation de Times Square en quartier "animé" d'amusements, et l'incitation générale à la transgression entretenue par les bars clandestins aboutirent à un rejet des normes et à un intérêt pour les outrances qui, conjugués, produisirent une curiosité à l'égard des tapettes et leur donnèrent une place".

 

En effet, la "question" gay franchit la barrière de lieux plus sérieux, que ce soient dans des revues de spectacles adressées aux classes supérieures ou sur la scène des théâtres. C'est ainsi qu'en 1926 fut montée à Broadway, La Prisonnière, une pièce d'Edouard Bourdet abordant le "problème social" du lesbianisme qui devait provoquer une campagne de presse menée par William Randolf Hearst pour exiger l'instauration d'une loi de censure concernant le théâtre. La polémique redoubla quand Mae West annonça son intention de monter The Drag qu'elle avait déjà présenté dans le New Jersey et dans le Connecticut et qui se voulait une vigoureuse défense du droit des homosexuels à vivre leur vie à leur guise, même si elle était construite sur l'idée que les homos sont des demi-femmes qui désirent des hommes "normaux", théorie largement admise alors dans le monde gay. Pour sa pièce, Mae West avait recruté 40 acteurs gays dans un bar de Greenwich Village et elle-même s'inspira d'un artiste travesti célèbre de l'époque, Bert Savoy. Les dialogues, quant à eux, furent truffés de mots d'argot gay et d'allusions camp et la pièce se terminait par la reproduction d' un bal travesti d'une vingtaine de minutes sur la scène. Cependant, elle dut y renoncer sous la pression conjuguée de Broadway qui fut unanime à dénoncer la pièce comme une menace sérieuse pour la liberté du théâtre et de la police qui contribua à faire interdire ou retirer de l'affiche d'autres pièces liées à ces thématiques, comme par exemple Sex, dans laquelle jouait Mae West. L'atrice fut arrêtée, la pièce temporairement interdite. Elle-même fut condamnée à 10 jours de prison  pour "maintien d'une nuisance publique" et, pour marquer le coup, deux mois plus tard, les assemblées législatives de l'Etat votèrent une loi interdisant toute pièce "décrivant ou abordant le thème de la dégénérescence sexuelle ou de la perversion sexuelle". 

 

C'est alors que la Dépression des années 30 frappa. Nombre d'entrepreneurs de spectacle de Broadway cherchaient comment tenir le coup et ils voyaient très bien le succès que les numéros de "tapettes" pouvaient avoir à Greenwich Village. Ils décidèrent d'en importer la mode à Broadway. Il semblerait que, partie d'un cabaret du Village, le Rubaiyat, qui le premier chercha ainsi à attirer une clientèle bourgeoise et  de fêtards noctambules, elle fût introduite dans Midtown en 1930 par un certain Louis Schwartz, propriétaire du Club Abbey qui y embaucha un certain Gene Malin, venu du Rubaiyat qui avait dû fermer ses portes suite à une descente de police. Celui-ci, d'artiste travesti, devint une "tapette" faisant la "tapette", passant de tables en tables pour amuser les clients par ses réparties, faisant taire les spectateurs hostiles par son humour corrosif et présentant les numéros. Son succès fut tel que, bien vite, d'autres boîtes de Midtown imitèrent le Club Abbey.

 

Parallèlement, un certain nombre de romans, de films, de journaux s'arrangèrent pour accompagner ou maintenir et prolonger cette vague "tapette", comme par exemple, le "Broadway Brevities". Ses articles et ses caricatures, en apparence moqueurs vis-à-vis des gays, étaient, en fait, une mine de renseignements sur le monde gay pour ses lecteurs gays et il semble évident que nombre de ces articles ont dû êtres rédigés par des gays eux-mêmes.

Les maisons d'édition se mirent à la page et publièrement, entre 1931 et 1934, des romans à thème gay centrés, pour la plupart, sur les "tantes flamboyantes", même s'ils se terminaient souvent, concession à la morale, par la mort ou le suicide du personnage gay.

Le cinéma ne fut pas en reste avec des films comiques de Laurel et Hardy (Their First Mistake, 1932) ou des films plus sérieux comme "Jeunes filles en uniforme" (1931), film allemand présentant une histoire d'amour lesbienne dans un pensionnat comme une forme de résistance à l'autoritarisme. La mode s'en prolongea d'ailleurs dans les dessins animés des années 40 et 50 où la tradition "tapette" du vaudeville fit le bonheur de certains Bugs Bunny.

 

           3) L'exclusion de l'homosexualité de la sphère publique dans les années 1930


L'exclusion de l'homosexualité de la sphère publique traduit la modification du climat politique et culturel entraîné par la Grande Dépression. De plus en plus de monde se scandalisait du développement des bars clandestins et des nights-clubs contrôlés par la pègre; ces lieux de débauche où, à leurs yeux, les valeurs traditionnelles de l'Amérique étaient mises à mal de façon tout à fait inacceptable. Certains pensaient même que c'était là que se trouvaient les vraies causes qui avaient mené à la crise de 29 et ils en vinrent à remettre en cause la Prohibition qui avait provoqué tout cela.

Une première vague répressive frappa New York en 1931 suite à une campagne de presse, mais aussi à des coups de feu qui éclatèrent au Club Abbey suite à réglement de compte entre patrons mafieux et par le déclenchement d'une enquête sur la corruption dans les tribunaux et la police de New York qui visait, en sous-main, le maire Jimmy Walker.

Celui-ci entreprit alors de s'acheter une nouvelle virginité: la police renforça sa surveillance et reçut l'ordre de chasser les homosexuels de Times Square et d'intensifier sa lutte contre les bars clandestins, notamment ceux qui accueillaient des spectacles de tapettes. L'élection de Fiorello La Guardia, connu pour son moralisme, comme maire et la fin de la Prohibition devaient encore intensifier la répression. En effet, pour beaucoup, il était hors de question que la fin de la Prohibition marque le retour des désordres qui avaient conduit à mettre en place celle-ci. Ils en profitèrent donc pour user de tous les moyens à leur disposition pour redéfinir les frontières de la sociabilité acceptable et exigèrent un régime de surveillance plus strict, plus large et plus efficace des débordements. Cela passa par le vote de réglementations draconniennes sur la vente et les lieux de vente des boissons alcoolisées.

A New York, ce fut le rôle du Bureau des alcools (State Liquor Authority), chargé de délivrer les licences qui se chargea de ce contrôle de la sociabilité d'après la Prohibition. Cela lui permit d'engager une politique efficace de lutte contre les lieux gays en menaçant les propriétaires de les priver de toute licence s'ils n'agissaient pas contre les "troubles à l'ordre public" de quelque nature qu'ils soient. C'est ainsi que le moindre lieu où les enquêteurs du bureau trouvaient des homosexuels, des prostituées, des joueurs ou autres personnes indésirables pouvaient perdre du jour au lendemain leur licence et être contraints de fermer et peu à peu ils interdirent tout spectacle de tapettes et de travestis sous peine des mêmes sanctions. Quelques bars essayèrent bien, au début, de résister en saisissant les tribunaux, mais, chaque fois, les juges leur donnèrent tort et les actions en justice finirent pas s'éteindre.

C'est à cette époque que ce constituèrent les bars 100% gays, tenus par la pègre et férocement pourchassés par le Bureau des alcools, mais les fréquenter restait dangereux pour sa réputation en cas de descente de police et leur existence n'excédait jamais quelques mois.

Pourtant, le monde gay ne disparut pas pour autant; il fut juste contraint à plus de discrétion: se réunir, sans attirer l'attention, dans des lieux non-connus pour être gays afin de passer inaperçus, fréquenter les restaurants et les cafétériats qui ne vendaient pas d'alcool ou les bars de certains hôtels comme ceux de l'Astor, du Claridge ou du Plaza où ils étaient tolérés pourvu qu'on ne les remarque pas. De même, les plus aisés pouvaient fréquenter des nights-clubs privés réservés aux personnalités et aux hommes d'affaires, comme le Rainbow Room ouvert par les Rockefeller au dernier étage du Rockefeller Center, à condition de rester discrets. Enfin, restait la solution des soirées privées, là encore plutôt réservées aux classes moyennes et aux personnes aisées, mais toujours dans la discrétion. Enfin, on pouvait aussi se rassembler discrètement pour assister aux spectacles d'artistes qui avaient un sens pour les gays, comme Beatrice Lillie ou Judy Garland ou aux spectacles de danse et d'opéra du Metropolitan.

 

Enfin, la censure se renforça dès 1927 après les polémiques autour de La Prisonnière et de The Drag: le théâtre se vit interdire d'aborder, de quelque façon que ce soit la question de l'homosexualité et cette interdiction fut étendue aux cabarets au cours des années 30. D'ailleurs, la ville de New York transféra l'attribution des licences de cabarets à un Département des licences et à la police qui en firent un moyen de contrôle des employés de cabarets qui n'eurent plus l'autorisation d'embaucher le moindre homosexuel ou toute personne qui feignait de l'être sur scène et les numéros de tapettes furent interdits.

Il en fut d'ailleurs de même dans tout le pays et la mesure s'étendit au cinéma après 1934 face à la menace de boycott national lancé par la Légion pour la décence, une organisation catholique.

Les bals de la Hamilton lodge disparurent enfin à leur tour: le dernier eut lieu en 1938 et les organisateurs avaient, cette année-là, recommandé que les costumes soient conformes au bon goût, les tenues trop dévêtues n'étant pas admises. La police arrêta néanmoins 17 personnes pour racolage homosexuel ce qui provoqua une pagaille monstre. Dans ces conditions, les organisateurs renoncèrent à organiser le bal 1939 et les bals de la Hamilton lodge, après 70 ans d'existence, disparurent définitivement.

 

Conclusion: même rendus invisibles par cette répression, les homosexuels continuèrent à survivre avec discrétion et à être présents dans les spectacles, les films... à condition d'avoir recours à des allusions très codées et de ne pas être présentés sous un jour positif.

Cette invisibilité renforça l'aversion du public contre les homosexuels, notamment après une série de crimes sexuels dont des enfants furent victimes dans les années 30/40. La presse se focalisa alors sur ces  affaires, notamment lorsque la victime était un jeune garçon ou un enfant, contribuant à forger l'image de l'homosexuel psychopathe et dangereux, d'autant plus que, durant la Guerre froide, se répandit l'idée que, comme les communistes, ils avançaient désormais masqués, semblables à Monsieur tout le monde, ce qui les rendait encore plus inquiétants. 

Le nombre des arrestations pour racolage homosexuel, lui, explosa, passant de 700 par an au cours des années 30 à 3 000 par an à la fin des années 40.


 



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D

Bonsoir,


Je tiens à vous remercier de ce travail  car l'absence de maîtrise de la langue américaine m'interdisait la lecture de cette analyse très interressante.


Un grand merci pour ce travail!!!


Cordialement
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