Un incident peu banal s'est produit, le 10 janvier 1912, devant la Commission du Sénat
chargée d'examiner le traité signé avec l'Allemagne concernant le règlement de l'affaire marocaine aux fins de ratification:
alors que Joseph Caillaux, président du Conseil, affirmait qu'il n'y avait jamais eu, à aucun moment, de négociations occultes avec les autorités allemandes,
son ministre des affaires étrangères, Justin de Selves, interrogé sur ce point, a cru bon de rester muet, refusant absolument de confirmer.
Le vif émoi qui s'ensuivit, enclencha le processus de chute du ministère: Monsieur de Selves démissionna, Théophile Delcassé qui avait déjà occupé le poste durant sept ans jusqu'en 1905 et qui était présentement ministre de la marine était prêt à le remplacer, mais aucune des
personnes pressenties pour prendre sa succession à la marine n'accepta le poste.
Devant cette "grève", Joseph Caillaux fut contraint de remettre la démission de son gouvernement au président de la
République dès le lendemain, 11 janvier.
(Raymond Poincaré, le nouveau président du conseil)
C'est Raymond Poincaré, ancien ministre, actuel rapporteur de la commission
chargée de l'examen du traité, membre d'un parti du centre-droit qui soutint jusqu'en 1907 les gouvernement du Bloc des gauches, présentement sénateur de la Meuse, qui est chargé de former le
nouveau gouvernement. dont la nomination officielle a lieu le 15 janvier.
Son arrivée à la tête du ministère marque une inflexion à droite de la majorité
gouvernementale, même si le nouveau chef du gouvernement s'est réservé le concours des Radicaux afin de former un gouvernement de "concentration nationale" dont la présence de Léon Bourgeois au ministère du travail est le gage et est partisan de la ratification du traité avec l'Allemagne dans lequel il voit
un signe notable d'apaisement et de détente. De même soutient-il l'idée de la réforme électorale devant introduire la proportionnelle aux législatives et
celle de l'impôt sur le revenu.
L'ordre du jour du confiance au gouvernement, quand il se présenta devant la
Chambre des députés, recueillit 440 voix sur 446 députés présents.
La liste complète du gouvernement s'établit ainsi:
Président du conseil et ministre des affaires étrangères: Raymond
Poincaré
Ministre de la justice: Aristide Briand
Ministre de l'intérieur: Théodore Steeg, précédemment,
ministre de l'instruction publique
Ministre des finances: Louis-Lucien Klotz (même poste dans le
précédent gouvernement)
Ministre de la guerre: Alexandre Millerand
Ministre de la marine: Théophile Delcassé (même poste dans le
gouvernement précédent)
Ministre de l'instruction publique et des beaux-arts: Gabriel
Guist'hau
Ministre des travaux publics, des postes et télégraphes: Jean
Dupuy
Ministre du commerce et de l'industrie: Fernand David
Ministre de l'agriculture: Jules Pams (même poste que
précédemment)
Ministre des colonies: Albert Lebrun (même poste que
précédemment, c'est le futur président de la République)
Ministre du travail et de la prévoyance sociale: Léon
Bourgeois
Sous-secrétaires d'Etat:
- à l'intérieur: Paul Morel
- aux finances: René Besnard
- aux beaux-arts: Léon Bérard
- aux postes et télégraphes: Charles Chaumet (même poste que
précédemment)
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