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Le face-à-face de trois extrêmismes

3 Août 2024 Publié dans #C'est juste mon avis

Les résultats des dernières élections législatives ne sont pas un accident de l'Histoire mais la combinaison d'un affrontement extrême entre trois blocs idéologiques qui polarisent l'espace et qui laissent l'opinion publique perplexe, dubitative et divisée (d'où cet éparpillement façon puzzle de l'Assemblée) et d'une manœuvre orchestrée depuis l'Elysée (cf. mon article précédent) pour tenter de sauver les partis de la "Troisième force", ce bloc d'extrême-centre, partis des élites économiques et bourgeoises pro-Union Européenne en pariant sur les vieux réflexes  de "barrage" des gauches face à un danger fasciste fantasmé qui menacerait la France, même si leur cartel électoral n'avait pas forcément été envisagé et du "barrage" des droites, même extrêmes, contre une France Insoumise et des Verts plus que jamais enfermés dans une idéologie marxiste-léniniste dont le Parti communiste et le Parti socialiste peinent à savoir comment s'extirper d'ailleurs, d'autant plus chez les socialistes qu'ils sont totalement écartelés entre un électorat qui reste socialement à gauche, une idéologie d'extrême-centre qui les rend à 90 % macrono-compatibles, un inventaire du hollandisme toujours pas fait et pour cause et un accord électoral et programmatique qui les retient, pour l'instant, d'aller "à la gamelle" si l'envie de ne pas monter à bord du radeau percé du macronisme ne suffisait pas à les en dissuader.

Pendant ce temps, campé dans l'éternelle posture de la modération, du "bon sens" et du "sérieux" chers aux élites du Parti de l'Ordre néo-conservateur face aux extrêmes, réunissant les héritiers politiques de l'orléanisme, du bonapartisme le plus libéral et saint-simonien, des Républicains opportunistes de la IIIème République et des Radicaux plus très socialistes des années 1920 à 1960, singeant Giscard jusqu'à appeler les Français à faire le "bon choix" ou, dans une bizarre symétrie allant jusqu'à dénoncer un "vent mauvais" plus que jamais prêt à s'abattre sur la France (étrange emprunt à un discours du Maréchal du 12 août 1941 pour des chefs qui prétendent que Vichy est à nos portes) et aussi détesté qu'il soit par ailleurs malgré le "barrage" qui lui a sauvé la peau, l'extrême-centre (macronistes, Modem, Républicains non-Ciottistes, Horizons...), qui a perdu de nombreux députés, ne cesse de chercher des moyens, des arguments et des combines pour, malgré sa défaite, conserver le pouvoir qu'il n'a jamais eu l'intention de rendre à qui que ce soit et pour qu'il ne soit pas touché à un seul cheveu des réalisations, pourtant condamnées dans les urnes, qu'il a mis en place.

On a, en effet, souvent entendu dire, dans cette campagne, que lorsque les extrêmes arrivent au pouvoir, ils ne le rendent pas. On a juste oublié que le "bloc central", cette union des partis représentant de la "Société des Européens", n'est pas plus démocrate et républicain et est aussi extrémiste que les deux autres "blocs", d'où le concept d'extrême-centre qu'on leur applique de plus en plus souvent et forgé par l'historien Pierre Serna à partir de 2005. De fait, jamais on n'a vu encore, en République française, un Président prendre prétexte des résultats d'une élection pour accepter la démission d'un gouvernement chargé des affaires courantes sans charger aussitôt officiellement une personnalité politique d'une mission exploratoire en vue d'en former un autre et un président décréter qu'il ne nommerait pas de Premier ministre tant que la majorité qu'il souhaite (un gouvernement réunissant les partis du bloc central avec un éventuel appoint des socialistes), ne se serait pas formée et mise en ordre de marche sur un nouveau programme pro-européen de casse sociale dont Laurent Wauquiez  (l'opposant, pas opposé, mais opposé quand même, tout en n'étant pas contre puisqu'il est dans la majorité du "bloc central" en vérité) nous a donné un aperçu ! Pour moins que cela, Alexandre Millerand a été poussé vers la sortie en 1924.

Sauf qu'il y a peu de chance que, même si elle se crée, une telle majorité, appuyée sur un tel programme, puisse se maintenir longtemps au pouvoir sans essuyer une motion de censure, même si, par aventure, les socialistes allaient "à la gamelle" (comme certains gaullistes à partir de 1952) aux côtés des Républicains pour servir de béquilles à un programme de droite extrême par "peur" du fascisme. L'expérience politique française - et les socialistes sont les premiers à le savoir puisqu'ils ont déjà pratiqué le soutien sans participation aussi bien entre 1924 et 1926 avec le Cartel des gauches qu'entre 1932 et 1934 - est là pour nous rappeler combien de telles majorités, soumises aux partis, voient les gouvernements chuter à une vitesse accélérée.

Mais surtout, dans ces élections, il y a eu quelque chose de nouveau qui empêche, à court terme, toute solution : le désordre est venu du Parti de l'Ordre incarné par son chef Emmanuel Macron. C'est lui qui a dissous, c'est lui qui, au risque d'une France ingouvernable, espérait le "barrage" salvateur, c'est lui qui est le bordélisateur en chef, c'est lui qui a paru ouvrir la France au pouvoir des extrêmes. Or, jusqu'ici, l'extrême-centre arrivait au pouvoir et s'y maintenait pour résoudre des situations de crise dont il n'était pas à l'origine, ce qui lui permettait de s'affirmer comme "la solution".  Ici, ce réflexe ne peut pas jouer et obère toute réponse cohérente, d'autant plus avec l'usure du pouvoir.

De plus, les électeurs ont voulu d'abord sanctionner le "bloc central" qui est le seul à avoir perdu des députés. Personne ne peut sérieusement penser, sauf à provoquer une crise aussi grave que celle de la mise en œuvre du Traité Constitutionnel Européen malgré le nom à plus de 54 % des électeurs, que les Français accepteront le tour de passe-passe d'une coalition des "battus" gardant le pouvoir, les privilèges, les honneurs, les titres, les rangs, les pensions, etc... Faire comme si rien ne s'était passé - et je rejoins l'analyse des gauches sur ce point - (cf. la reconduction d'une macroniste au perchoir et 6 présidences de Commission sur 8 dans les mains du pouvoir), c'est donner un bien mauvais signal démocratique, démonétiser l'importance de l'acte de voter et, une fois de plus, rapprocher la France du modèle des démocraties-illibérales.

D'ailleurs, quelle majorité pourrait émerger puisque le "barrage", déclenché par les idiots-utiles du macronisme dans un réflexe pavlovien, s'est construit sur la volonté de détruire et non de construire et d'attendre 2027 pour ne pas exercer prématurément le pouvoir avant pour ne pas s'y user ?

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