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Sarkozy et les religions

20 Janvier 2008 Publié dans #C'est juste mon avis

Depuis la "laïcité positive" jusqu'à sa volonté d'inscrire le respect des diversités, y compris religieuses, dans la Constitution (bien au-dela de la simple neutralité traditionnelle de l'Etat), en passant par la réintroduction des religions dans l'espace publique, Nicolas Sarkozy ne fait que suivre la voie qu'il s'était tracée comme ministre de l'intérieur, tout en poursuivant une ligne ouverte par ses prédécesseurs.

En effet, Nicolas Sarkozy qui, en la matière, s'affirme comme un héritier de Napoléon Bonaparte, lequel pensait qu'on ne pouvait laisser le peuple sans religion, pour des raisons morales et sociales ( " Une société sans religion est comme un vaisseau sans boussole ", déclarait-il ou encore: " Un curé doit être un juge de paix naturel, le chef moral de la population", " Les prêtres dans le véritable esprit de l'Évangile doivent concourir à la tranquillité publique en prêchant les vraies missions de la charité "), n'a jamais dévié de sa ligne et tient des propos que l'empereur des Français n'eût pas reniés.

Ainsi, c'est à Sarkozy que nous devons les propos et lignes suivantes:  " La religion a contribué à créer des citoyens ", dit-il, par exemple, ou encore: " Les religions sont un facteur d’apaisement " et " Je suis convaincu que l’esprit religieux et la pratique religieuse peuvent contribuer à apaiser et à réguler une société de liberté" 
(Extraits de ses propos et de son livre La République, les religions, l'espérance, 2004).

Du reste, la filiation avec Bonaparte est parfois on-ne-peut-plus mimétique: ainsi, de même que Napoléon a cherché à organiser les religions en France, Sarkozy a voulu chercher à organiser la religion musulmane en créant le Conseil  français du culte musulman.

Son but, il l'a mainte fois dit, est d'acheter la paix sociale dans les banlieues en s'appuyant sur les Eglises et, il faut bien le dire, d'abord et avant tout sur la religion musulmane. Pari dangereux, à haut-risque et qui, en plus, pourrait être contre-productif.
D'une part, 15% seulement de la population immigrée venant de pays de religion musulmane se disent pratiquants; plus de la moitié des Français d'origine algérienne déclarent ne pas avoir de religion ou ne pas être pratiquants. Comment penser sérieusement que la religion puisse avoir une prise sur des populations aussi "décroyantisées" ?
D'autre part - et on le voit avec des assocs religieuses, notamment les plus radicales qui, sous couvert de faire du soutien scolaire, font bien autre chose - c'est donner le champ libre à une nouvelle forme de prosélytisme pas toujours sain.
Ainsi, par exemple, sous l'impulsion de ces groupes, la nourriture des cantines devient-elle parfois un terrain de lutte contre la république. Chaque fois qu'un groupe impose qu'il y ait de la nourriture hallal ou kasher au menu des cantines, c'est la notion d'égalité des citoyens sans distinction de religion qui est mis à mal. On stigmatise plutôt que l'on rassemble, on divise la communauté nationale en sous-communautés religieuses, on communautarise les gens , tandis que le "pauvre con" d'élève athée est le seul à ne pas avoir son mot à dire sur le menu!  
Enfin, dernier risque, et non des moindres, c'est la montée de l'anti-islamisme et de l'anticléricalisme si les religions sont trop favorisées, mises en avant, au détriment de la majorité de la population qui, derrière un vague déïsme, cache, en fait, à la fois un vieux fond anticlérical hérité des Lumières et un athéïsme qui aurait peur de se nommer, sans compter le réveil du vieux fond extrêmiste de droite qui ne manquerait pas de se rallumer contre les "Arabes".

Acheter la paix sociale avec les religions, c'est aussi, paradoxalement, la raison pour laquelle la très catho Christine Boutin a été nommée ministre en charge de la Ville, afin d'y mettre en oeuvre la vision "sociale" de l'Eglise sur ces questions (On suivra donc avec intérêt le conflit qui l'oppose à sa secrétaire d'Etat).

Cependant, et il faut le signaler, cette "dérive" du retour du religieux dans la sphère politique et sociale n'est pas le fait du seul Nicolas Sarkozy; ses prédécesseurs ont ouvert la voie, comme par exemple, lorsque, pour des raisons "politiciennes" et purement électoralistes, Chirac a accepté d'inaugurer à Douaumont un mémorial en l'honneur des soldats musulmans tombés au cours du conflit, comme si la qualité de Français devait s'effacer non pas devant un lieu d'origine, mais devant une définition religieuse de l'identité (Et pourquoi pas, demain, des monuments rendant hommage aux athées, aux bouddhistes, aux homos ... tombés au cours de ce même conflit, tant qu'à communautariser ces questions?).

Voila, en tout cas, une vision "bonapartiste" de la religion qui pointe à nouveau son nez, sans que l'on soit sûr que Sarkozy ait le talent de Napoléon pour en maîtriser les effets, avec, à la clé une inquiètante possibilité de dérive communautariste et, sans doute, une vision fausse de l'emprise de la religion sur les jeunes de banlieue.
Or, qu'aura-t-on gagné à ce que des citoyens se définissent d'abord comme musulmans, juifs, catholiques ... avant de se dire Français, tout simplement ? 
N'est-ce pas plutôt avec les armes que nous offre actuellement la laïcité qu'il faudrait combattre ce genre de dérive qui existe déjà, plutôt que de donner l'apparence de leur céder du terrain ?
 

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H
Ton analyse est tout à fait covaincante Jerem et je la partage à cent pour cent, j'ajouterai en outre que les prises de position de Monsieur Talonette ne sont pas d'essence religieuse,mais vise uniquement à donner à la religion un seul rôle de régulateur social, comme le déclaraient Maurras et, plus cyniquement encore, Thiers.Bel héritage...
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