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Le dernier métro

19 Février 2008 Publié dans #Cinéma d'hier et d'aujourd'hui

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Le Dernier Métro, film de François Truffaut sorti en 1980 et récompensé par 10 césars est, sans doute, un des films les plus "justes" qu'il m'a été donné de voir sur certains aspects de la période, ici à travers la vie du théâtre Montparnasse dont s'occupe Marion Steiner (Catherine Deneuve), femme du juif Lucas Steiner (Heinz Bennent), réfugié dans la cave dudit théâtre et suivant à distance, par un trou pratiqué dans le mur, les répétitions et les représentations de la pièce, Les Disparues.
Sans doute, autant que par ses recherches, sa propre expérience de l'Occupation (Truffaut avait 10 ans en 1942), l'ont aidé à coller le plus près à cette réalité.

Ce film est vraiment d'une grande richesse sur les attitudes face à la présence allemande, les répercussions sur la vie réelle et sur le monde du théâtre, les mécanismes de défense face à l'oppression: Bernard Granger (Gérard Depardieu), par exemple, s'arrange pour ne pas serrer la main du critique théâtral Daxiat (Jean-Louis Richard) qui travaille pour le journal sans conteste le plus immonde de l'époque, le célèbre Je suis partout, journal collaborationniste (pour les non-spécialistes, ce journal a vraiment existé et la présentation qui en est faite dans le film est totalement conforme à la vérité historique), et même se battre avec lui (reprise dans le film d'un violent accrochage qui a opposé en 1943 le critique de ce journal, Alain Laubraux qui avait descendu une pièce de Cocteau et qualifié Jean Marais d' "Homme au Cocteau entre les dents" pour dénoncer leur homosexualité).
De même, le régisseur, Raymond (Maurice Risch) s'arrange toujours pour avoir les mains occupées en présence de Daxiat, tandis que la concierge du théâtre veut laver la tête de son fils parce qu'un Allemand l'a caressée), alors que Jean-Loup Cossins (Jean Poiret), doit négocier et arrondir les angles avec ledit critique pour passer la censure.

D'ailleurs, à travers Raymond, mais aussi la concierge, l'habilleuse jouée par Andréa Ferréol, vraiment excellente au passage, ou Germaine, jouée par Paulette Dubost, c'est aussi un hommage rendu à tous ces gens ordinaires qui se sont dévoués durant toute la guerre pour le théâtre et les gens de théâtre, pour que tout continue à fonctionner (Ex: Raymond qui utilise des phares de voiture reliés à une paire de vélos) pour éclairer la scène pour faire face aux pannes d'électricité en 44).

C'est aussi un film en faveur de la tolérance, non seulement parce certains personnages résistent au nazisme, non seulement parce que Marion Steiner abrite son mari dans la cave, ce qui est une forme de résistance, mais aussi parce que Truffaut, alors que l'on est en 1980, choisit de montrer des personnages lesbiens ou homosexuels sans les caricaturer (Scène ou Andréa Ferréol est surprise à embrasser Sabine Haudepin; scène où Depardieu s'emporte en parlant de PD puis se tourne vers Jean Poiret pour lui dire que çà ne s'adresse pas à lui).

Enfin, comme dans certains films de Truffaut, on retrouve ici les interrogations sur les sentiments, leur multiplicité et leur complexité, leur confusion aussi, où la vie réelle et le théâtre se pénétrent et s'interpénétrent, comme en témoigne la scène où Deneuve et Depardieu se disputent à la fin de la guerre, celui-ci lui avouant ne plus l'aimer jusqu'à ce que l'on découvre qu'il s'agit, en fait, de la pièce qu'ils jouent ensemble.

Pour résumer son film, Truffaut disait: " Il en résulte un film d'amour et d'aventures qui exprime, je l'espère, notre aversion pour toutes les formes de racisme et d'intolérance mais aussi notre affection profonde pour ceux qui ont choisi le métier de comédiens et l'exercent par tous les temps." 
Pari réussi, Monsieur Truffaut !

Le dvd comporte aussi, en bonus, le commentaire du film par Depardieu et surtout Jean-Pierre Azéma, historien, spécialiste de l'Occupation, mais je n'ai pas encore eu le temps de voir cela.

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