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Etre prof aujourd'hui, témoignage perso :

4 Mars 2008 Publié dans #L'actu du Moi !

Etre prof n'est pas forcément un métier de tout repos, notamment quand on doit faire face à divers types d'agressions venant de la part des élèves sans compter l'administration qui parfois, s'y met aussi pour mieux vous noyer la tête sous l'eau.
Moi-même, j'ai eu déjà à faire face, plusieurs fois, à des actes de "méchancetés" gratuites, blessantes et stressantes de la part d'élèves dont le but n'est autre que de déstabiliser le prof et de le faire craquer.

Ainsi, dès ma première rentrée, en tant que stagiaire, j'ai eu affaire à un élève de 5è qui, à peine une semaine après la rentrée, parce que je lui demande son carnet pour mettre un mot, pointe le doigt vers moi et me sort: " Toi, si je te vois dans la rue, t'es mort !".
Erreur de ma part, je fais un rapport à l'administration, ce qui aboutit à une exclusion temporaire de cet élève et le déclenchement d'une vengeance qui fit que, moins d'une semaine après, en pleine nuit, des individus encore non-identifiés à ce jour (les faits datent de 94, j'avais 23 ans), n'ont rien trouvé de mieux que de s'en prendre en pleine nuit à la voiture de mes parents, tirée de son garage, et de la massacrer littéralement (le volant en était même devenu carré), sans compter dans les mois qui suivirent, les insultes verbales de gamins et de parents aussi qui nous contraignaient à ne plus sortir de notre immeuble que par l'arrière pour ne pas être vus, si possible; on se souvient particulièrement de la nuit du Nouvel An où force cailloux furent lancés dans les carreaux accompagnés de menaces de mort: " Prépare ton cercueil, tu vas mourir" (on notera l'absence d'intervention des forces de l'ordre pourtant appelés).
L'année suivante, nous étions d'ailleurs contraints de déménager en catastrophe.
L'incident de la voiture relaté au chef d'établissement, celui-ci ne trouve rien de mieux que .... de m'envoyer l'inspecteur de ma discipline alors que cela faisait à peine un mois que j'enseignais : çà, c'est l'Ed. Nat. dans son aspect le plus pervers et mesquin quand il s'agit d'exercer une pression psychologique sur les gens dans le but de les faire craquer.
J'ai tenu malgré tout, refusé une proposition de changement d'établissement proposé par l'IUFM qui voulait m'envoyer dans un autre type de collège encore plus craignos et ... obtenu de faire une deuxième première année (et là, à mon avis, çà a bien dû les faire chier à l'IUFM de devoir s'incliner un tant soi-peu; bref, ma plus belle récompense fut l'affirmation de mon conseiller pédagogique de l'année suivante - j'étais en lycée, cette année-là - qui, dès sa première visite me dit: " Ben on voit que vous avez déjà enseigné, j'ai rien à vous dire à part quelques points de détails; je ne vois pas pourquoi on vous a fait refaire une nouvelle année !").


Il n'en reste pas moins que, cette année-là, j'ai dû "subir" un jet de boulette de papier, première de quelques autres que j'aurais à gérer dans ma carrière : depuis 94, çà m'est arrivé de recevoir ou d'éviter par miracle objet, boulette ou chewing-gum 3 ou 4 fois, la dernière l'an dernier, en 3è, après l'arrêt des notes: pas de coupable, pas d'excuses, une classe solidaire dans la complicité ... du coup, j'ai refusé de finir le programme, j'ai fait de la garderie et comme çà les faisait chier, ils ont fini par déserté mon cours.

On va aussi passer sur les incidents survenus à ma voiture l'une des 5 années passées en Haute-Marne: rétro arrachés régulièrement, de même les essuies-glaces (très pratique en temps de pluie). Mais bon, c'était toujours mieux que l'ivrogne qui me l'avait "emplafonnée" et transformée en sculpture de César ! en 96.

En dehors de cela, et qui montrera encore la mesquinerie de certains chefs d'établissement, je me souviens aussi d'un événement qui eut lieu en 2001/02, l'année de mon arrivée dans mon établissement actuel.
On citera une classe de 4è où l'on y mettait les rebuts (ceux qui n'étaient ni latinistes, ni germanistes, ni anglais européennes) avec lesquels les rapports étaient plus que tendus sous l'effet de diverses accusations diffamatoires des élèves qui me valurent une convoc dans le bureau du patron parce que, soi-disant, je donnais des heures de colle quand les élèves laissaient tomber un stylo parterre !!!! (quand on sait le nombre de fois où c'est moi qui me baisse pour les ramasser pour éviter que le gamin ne se contorsionne sur sa chaise, c'était fort de café !); c'est dans cette même classe qu'une élève, contestant une sanction que je lui avais donnée me sortit, au cours suivant, que "Le principal a dit que si vous recommenciez, vous seriez viré !" (Tiens donc ! ); n'empêche que j'ai du batailler ferme pour obtenir son exclusion temporaire d'une journée après avoir fait comprendre au principal que l'absence de celle-ci laisserait à penser qu'il se permettait de faire des confidences sur ses profs aux élèves.
Il n'empêche que cette élève m'a cherché toute l'année, y compris un jour où je lui demandai d'employer un vocabulaire plus évolué et qu'elle me sortit que je n'avais rien à dire parce que j'avais fait une faute au mot "langage" sur sa copie !!! j'avais oublié un /u/ !!! Punaise, j'ai attrapé le dico qui était dans la salle, lui ai collé sous les yeux à la bonne page et je lui ai passé un de ces savons en lui demandant si elle n'allait pas accuser le dico de comporter une faute  et que je savais encore ne pas confondre, contrairement à elle, l'orthographe française et anglaise du mot !
Pour le reste, vu le peu de suivi de l'admin., dès qu'il y avait le bordel en cours, je ne me battais plus: j'avais toujours un bouquin sur moi et je laissais tomber mon cours pour m'installer lire à mon bureau considérant que ce n'était pas la peine de me ruiner la santé pour des "cons" pareils ce qui, somme toute m'évita, contrairement à ma collègue de Français, de quitter en pleurs l'un de leurs cours.

Cette même année, toujours de la part d'une élève, mais d'une autre 4è que j'avais, j'eu droit à un accrochage assez sérieux: un jour, alors qu'elle avait été "recasée" dans mon autre 4è parce que sa classe était en voyage et qu'elle n'y participait pas, elle me lance, en me croisant dans les couloirs: " Pas de chance, vous allez voir ma gueule!", ce sur quoi je réponds que je suis payé pour et que, de toute façon, son opinion perso ne m'intéressait pas. Elle continue son chemin, tourne le coin du mur et soudain lâche: " Ferme ta gueule, PD !!!!"
Je croise le Principal-adjoint, lui fait part, quand même de l'attitude de l'élève en question et ... que vois-je arriver en cours, comme si de rien n'était ? ... ladite élève !!! et qui m'a fait chier pendant une heure : briquet allumé en cours, insanités, propos comme quoi elle avait déjà voulu me frapper etc ...
Je suis resté d'une "zénitude" parfaite, engrangeant tout dans ma mémoire, pour faire un rapport demandant la réunion d'un conseil de discipline.
Bien embêté le Principal, surtout quand il m'a demandé pourquoi je ne l'avais pas exclue de cours et que je lui ai répondu que c'était son adjoint qui me l'avais renvoyée en cours malgré le premier incident.
Résultat: refus du conseil de discipline et élève exclue une semaine, mais ... uniquement de mon cours, comme si j'étais le fautif !!!

Aux grands maux les grands remèdes: je manifestai mon désaccord au Principal-adjoint et, comme rien ne bougeait, je fis de l'affichage sauvage: mon rapport, et à côté, la décision du chef d'établissement.
Bronca des profs qui découvrirent l'affaire; il fut contraint de convoquer, un conseil de prévention à défaut d'un conseil de discipline, à l'issue duquel une exclusion de 3 petits jours fut prononcée et encore, qu'il réduit, de son propre chef, comme je l'appris plus tard, à deux.

Il est décidément, des moments où l'on se sent bien seuls dans l'Eucation Nationale, et bien impuissants aussi face à l'apathie de la direction et des faibles moyens dont on dispose.

Quoi que l'on en dise, mais revenir faire face à une classe qui vous a balancé une boulette tout en ne connaissant pas l'auteur des faits, c'est toujours, même pour une simple boulette, une pression psychologique qui s'abat sur vos épaules et à laquelle vous devez faire face ... avec le plus de "zénitude" possible puisque même donner une gifle est interdit et peut vous envoyer au tribunal.
Quand l'enfant est roi, le prof accusé d'être responsable du déficit de la France, d'être un fainéant qui fabrique des crétins, ou qu'il doit combler le déficit de parents démissionnaires, que peut-on attendre d'autre d'élèves qui réagissent comme les adultes qui les environnent
?

Alors, envie d'être prof, d'avoir plein de vacances pas méritées ?

 

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Z
J'ai connu quelques élèves dans ce genre, quoique moins hargneux, lorsque j'enseignais en collège en début de carrière. Et je coonfirme comme toi que l'administration n'est d'aucune aide lorsque les problèmes surgissent. Au contraire, elle fait tout pour t'enfoncer et te faire porter le chapeau! Je me suis toujours demandé ce que devenaient ces élèves putassiers après leur "scolarité" (ou plutôt la garderie). Rmistes? caissier en grande surface? Quoiqu'il faut savoir compter. Et pour les filles, se faire engrosser pour toucher les alloc? Cela m'aurait bien plus que d'aller les narguer sur leur lieu de travail ou devant l'ANPE quelques années après, histoire de se rappeller à leur bon souvenir! Bon courage, la fin de l'année approche! :-)
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A
J'espère que tu ne m'en voudras pas, mais je n'ai pas pu lire ton article jusqu'au bout. Trop stressant. Ma réaction se passe de commentaire ;-)
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J
Le récit est terrifiant. On espère que l'effet d'accumulation joue un peu. Pourtant, il y a bien de cela aussi.
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S
C'est vraiment un sacerdoce que d'être prof ! en aucun cas, je n'aurais envisagé de m'engager dans cette profession... Heureusement, tu es résistant et tu as sans doute choisi la bonne méthode en restant zen mais cela doit quand même être très difficile pour certains profs (moi, je les aurais tous abattus les gamins...de toute façon, la plupart seront chomeurs à vie).Quand, je pense que ce gouvernement supprime des postes alors qu'il faudrait dédoubler les classes...Bon courage Jerem.
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