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Reprise de blog

5 Mars 2007 , Rédigé par Moi Publié dans #Vrac - souvent obsolète

Parce que j'ai fait un commetaire où je fais allusion à lui, ce matin, je vous livre un article ancien le concernant:

Je voudrais parler de celui qui fut mon professeur de Français/latin en 4ème et de latin en 3ème.

Il fait parti des enseignants qui ont marqué ma vie d'ado. C'était entre 1984 et 1986, vingt ans déjà; le temps passe décidémént trop vite.
Le premier contact avec lui, fut, pour tout dire, décapant. Nous étions déjà dans la salle de cours quand il est arrivé, et seuls quelques uns d'entre nous nous étions levés à son entrée. Cela nous a valu un cours improvisé d'une heure sur l'importance des rites dans nos sociétés.

Il avait aussi, toujours pour nous respecter, l'habitude de nous vouvoyer (J'ai déjà essayé, mais, je n'y arrive pas! Non, quand je vouvoie un élève, c'est plutôt mauvais signe, çà veut dire que çà va chauffer pour lui).
Dans l'ordre des "trucs" pratiques qu'ils nous a appris, c'est à mettre notre prénom avant notre nom sur les copies (vous n'êtes pas des numéros, disait-il; il nous avait même expliqué la différence entre Lucien LACOMBE et LACOMBE Lucien). Et çà, j'ai adopté de suite, et je continue à le faire, même encore aujourd'hui, et même sur les papiers administratifs, je me venge en écrivant mon nom de famille en minuscule pour qu'il n'apparaisse pas plus gros, donc plus important que mon prénom.

Parmi les quelques manies aimables, je me souviens de la numérotation des pages du cahier, pour vérifier que nous n'en déchirions pas; les cours empilés les uns derrière les autres, un doux désordre organisé dans le cahier; les contrôles fait sur les feuilles des contrôles précédents pour économiser le papier ( et oui, c'était un écolo avant la mode de l'écologie!), l'interdiction d'abréger COD ou COI, sinon, il comptait faux, car un COD, c'est un Complément d'Ordures Déménagées, disait-il!

Parmi toutes les choses que l'on a pu faire, ces deux années, je me souviens d'un essai de litanie polyphonique, comme dans Fahrenheit 451 (température à laquelle un livre brûle): il s'agissait d'apprendre le début d'un livre, puis de passer le relais à son voisin. Cela aurait pu être bien; dommage, certains n'ont pas joué le jeu!
La grande salle du cinéma GAUMONT, pour nous tous seuls, (pas prévu à l'origine), pour aller voir "rue case-nègre", pour découvrir cette hymne à la culture, à la langue française et à l'imbécilité du racisme des qui perdure dans les îles (Il faut dire qu'il y avait enseigné, il nous revenait de Martinique quand nous l'avons eu).
La visite au musée de l'Automobile, avec lui comme guide (il avait une vieille Jaguar, au début, mais il l'a revendue pour se déplacer en bus: vous comprendrez pourquoi, plus bas, et il adorait les Facel Vega). Pffff! le dépliant et l'autocollant qu'il avait réussi à obtenir à la caisse, en prétendant que c'était son charme naturel qui avait opéré! je les ai encore, quelque part, dans une boite.


J'ai aussi conservé, de lui, une dédicace personnelle, elle aussi enfermée aujourd'hui dans une valise en carton à la cave, sur une photocopie sur un célèbre dandy, Brummel, qui vécut au XIXème; il nous en avait parlé en classe, j'avais trouvé de mon côté, une allusion à ce personnage dans un roman de Denuzière, et il m'avait rappoeté cette photocopie qu'il m'a dédicassée. Je ne sais plus ce qu'elle dit, il faudra que je la regarde un de ces jours!

Il avait des amis assez bizarres: ce militaire de bonne famille qui habitait seul une antique bâtisse dont il n'avait pas l'usage, et qui avait construit, dans une pièce, un recoin personnel, auquel on accédait par une échelle; cet autre qui avait caché sa bibliothèque derrière un mur blanc, à la fois pour ne pas donner l'impression d'être trop cultivé pour ne pas faire fuir ces amis, mais aussi parce que le savoir doit être caché pour avoir plus de valeur!
Et cette famille de Bourbon, dont les enfants sont actuellement les héritiers du trône de France en ligne directe de Louis XIV, qui ont voulu qu'il leur apprenne le latin pour pouvoir parler entre eux sans que les domestiques puissent saisir leurs conversations!
Enfin, je me souviens qu'il était très marqué par la chute de Duvallier, à Haïti; il en parlait souvent pour déplorer la façon dont les médias en parlaient, car, dans la réalité, Duvallier n'était que le prête-nom de sa mère, une sorte de nouvelle Agrippine, et n'avait aucun pouvoir. Il avait peut-être connu Duvallier aussi.

Il croyait au destin, aux choses prémonitoires! Il n'aimait pas trop photographier les portes, ou alors, seulement sous un certain angle; il leur préférait les ponts, cette idée de passage d'un monde dans un autre!
Je me souviens aussi qu'il était frappé par la ressemblance, en latin entre deus (dieu) et dies (jour).
Un jeu avec sa soeur, enfant, l'avait aussi marqué: la pièce était remplie d'obstacles, et sa soeur lui avait bandé les yeux avant de les lui faire franchir. Arrivé à la fin, tout heureux de les avoir franchis, il enlève le bandeau pour découvrir que les obstacles n'étaient plus là! Il en concluait que, dans la vie, on s'invente souvent des obstacles imaginaires.
Enfin, je vous ai dit qu'il avait vendu sa voiture! Comme une prémonition! Il nous parlais toujours de la mort de James Dean ou de celle d'Albert Camus qui trouvait que la mort la plus absurde qui soit, soit dans un accident de voiture! (Camus est mort effectivement dans un accident).

Et bien, fin d'année 1986, sa mère, très malade, est décédée, sans qu'il ait pu obtenir une mutation qui lui aurait permis de se rapprocher d'elle. Je crois qu'il s'en ai voulu pour çà! Il adorait sa mère!
Il nous a dit qu'il partait à son enterrement, qu'il reviendrait pour nous lire la dictée du brevet (ce fut un texte de Marguerite Yourcenar, dernier clin d'oeil de l'histoire, lui qui aimait cet auteur et notamment les Mémoires d'Hadrien!), puis il a confié à une de nos camarades le soin de nous donner des exercices à faire pendant son absence, "comme çà, si je ne reviens pas..." a-t-il ajouté! On lui a demandé pourquoi. "Oui, c'est absurde, je ne vois pas pourquoi je ne reviendrai pas, nous a-t-il dit.

Hélas! il n'est jamais revenu! Mort dans un accident de voiture! Ou plutôt suicidé! Il s'est suicidé! Pour nous, çà ne faisait aucun doute; pour lui, peut-être celà a-t-il été l'illusion d'accomplir son destin!
quand je pense que le principal qui a assisté au obsèques avec les délègués des classes a refusé d'entrer dans l'église par respect de la loi de 1905 (minable!).

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A
Ce principal est un gros con. Nous avons perdu deux collègues depuis septembre (oui, je sais, ça fait bizarre que je dise ça alors que je n’en ai pas parlé sur mon blog ; y a des choses qui ne se disent pas facilement), et chaque fois notre Principal et son Adjoint sont venus avec nous à l’église et au cimetière. <br /> J'ai appris, il y a quelques jours, la mort prématurée d'un des profs qui a le plus marqué positivement ma scolarité... J'imagine ce que tu ressens.
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I
Il n'est pas vraiment mort, puisque tu penses à lui au point de lui dédier un tel article. L'émotion que tu y mets à chaque ligne prouve assez la valeur de cet homme, et le respect qu'il devait inspirer.Merci de la faire ainsi partager.Au fait, Camus s'est tué avec Gallimard, dans une Facel Vega justement...<br /> Ikkar, with love
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