Le bal des maudits
8 Juillet 2007 , Rédigé par Moi Publié dans #Cinéma d'hier et d'aujourd'hui
Quand on pense aux films dénonçant la guerre et ses horreurs, on pense souvent aux Sentiers de la gloire de Kubrick ou à la spielberguienne débauche sanguinolante du début d' Il faut sauver le soldat Ryan, et puis, injustement oublié, se trouve un film d'Edward Dmytryck (aussi réalisateur d'un autre film dont j'ai déjà parlé), Le bal des maudits (The Young Lions dans le titre original), sorti en 1958 et adapté d'un roman éponyme d'Irwin Shaw, exact contrepoint du film de Spielberg, en ce sens qu'il choisit, un peu comme dans la tragédie classique, de ne pas montrer l'horreur, mais, ce qui est encore plus angoissant, de la suggérer. Très émouvant est, à cet égard, la scène de la libération des camps où, plutôt que de montrer en longueur l'indiscible, un rabbin rescapé du camp vient, presque humblement et en s'excusant, demander s'il lui serait possible de célébrer une cérémonie dans ce camp où aucune n'a encore jamais été célébrée pour les siens, les vivants, les morts et les agonisants.
Film fort et pudique à la fois, il met en scène en parallèle le destin de trois hommes qui ne se croiseront que pour la scène finale:
- un Allemand, Diestl, joué par Marlon Brando, qui pour l'ocas, allez savoir pourquoi, s'est teint en blond et a adopté une espèce d'accent allemand, jeune homme quelque peu idéaliste mais dont les convictions vacillent au fur et à mesure qu'il découvre les atrocités nazies
- Un entrepreneur de spectacle de Broadway, Whiteacre, joué par Dean Martin, qui compte bien tout faire pour réussir à se planquer pour ne pas être tué au front, incarnant un personnage à mi-chemin entre lâcheté et courage
- Un jeune juif désargenté, Noah Ackerman, joué par Montgomery Clift (dont la voix française est assurée ici par Michel Roux), qui doit affronter l'antisémitisme qui règne dans la société étatsunienne, la méfiance qui entoure les intellectuels (il a droit à une réflexion sur le caractère malsain d'Ulysse de James Joyce qu'il a dans son bagage) et qui incarne un personnage dont la détermination et la touchante fragilité font la force.
C'est le premier film qu'il tourne entièrement avec son nouveau visage, suite au grave accident dont il fut victime alors qu'il tournait, en 1957, un autre film avec Dmytryck, L'arbre de vie (avec Elisabeth Taylor); ce visage qu'il ne devait jamais admettre et qui précipita sa déchéance tragique et sa mort en 1966 (le plus long suicide du showbusiness a-t-on dit, parfois).
Bref, un film à voir qui, avec le même but mais par des moyens différents, cherche, comme le Soldat Ryan de Spielberg, à rendre à la guerre sa dimension humaine tout en la condamnant. Quoi qu'il en soit, on ne sort pas de ce visionnage indemne de ce visionnage.
PS: autres films avec Montgomery Clift sur ce blog:
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