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Un peu paresseux, sur le coup ...

30 Novembre 2007 Publié dans #Quand je fais un effort pour écrire - cela donne...

En fait, je viens de relire un petit texte (enfin, petit, façon de parler, parce que ceux qui veulent vraiment le lire vont avoir besoin de temps pour cela) que j'avais écrit en février 2006, livré à l'époque en quatre parties, mais que ce soir, au risque de vous faire fuir sans que vous ne le lisiez, je vous livre en un morceau unique.
Que me prend-il, allez-vous vous dire? C'est que, tout simplement, le relisant, je viens de me dire qu'au niveau écriture, c'était pas si mal foutu, dussez-je avoir les chevilles qui enflent, à m'auto-congratuler de la sorte.

Les dernières remarques qu'on lui avait faites n'avaient pas eu l'heur de lui plaire, encore moins celles de cette femme qu'il ne connaissait que trop et dont les paroles lui revenaient comme en écho de mots plus lointains prononcés jadis par une vieille femme aux yeux noirs qui disait connaitre l'avenir.
Il ouvrit machinalement et avec une lassitude nonchalante le courrier qu'il avait posé hier sur la table basse et qu'il avait délaissé. A quoi bon l'ouvrir d'ailleurs, il en connaissait déjà par coeur le contenu trop souvent lu ces derniers temps? Toujours les mêmes mots, les mêmes questions, les mêmes attentions... et quand par hasard l'un de ces courriers le surprenait encore et parvenait à le toucher, il ne cherchait même plus à en savoir la raison parce qu'il ne voulait pas se prendre la tête avec çà.
Vieux coffre à fermoir dont on aurait égaré la clé, il rejeta le courrier ouvert sans volonté d'y répondre.
Comment leur dire d'ailleurs toutes ces choses enfuies dans le profond de son être alors qu'aucun mot n'est capable de les retranscrire?
Il se leva, pris son blouson et sortit machinalement dans la rue, attrapa le premier bus venu, sans chercher à savoir même où il menait, dans un état de semi-conscience.
Le bus? Toute une société en miniature entre sourires et mesquineries avec ses courages, ses lâchetés, ses anti-héros et ses faux hautains dont le visage se ferme d'instinct pour éviter tout contact, et puis tous ces regards qui vous happent, vous "chosifient".
Il en a tellement l'habitude qu'il n' y prête plus garde! Sourires et regards mécaniques ou qui se veulent plus personnels pour ceux auxquels ils sont destinés. Au fond, lui aussi ne fait que céder à une habitude routinière.
A quoi cela sert-il? En a-t-il seulement une idée?
Paresse de l'esprit, répétition de mimiques et de tics, un véritable code assimilé depuis si longtemps qu'il se joue sans souci; tout se fatras sensé rendre les choses plus "faciles".
Il n'y engage que son corps, pas son âme; et même si parfois il se dit :" à quoi bon?", le torrent qui le ronge quelquefois finit toujours par avoir raison de sa volonté.
Il se ment à lui-même pour se donner l'illusion du possible, mais son miroir, le soir, lui renvoie une sale mélodie en sourdine, de celles qu'il en a assez d'entendre: " Te fatigue pas, personne ne marche, personne n'y croit, surtout pas toi!"
Le bus roule en cahotant, la société peu à peu le recouvre, l'avale et le digère; le voilà à faire tous ces gestes qu'il faut faire sans envie parce que ce sont les gestes habituels de tout homme sur cette terre. " Comme d'habitude, toute la journée, je vais jouer à faire semblant, comme d'habitude, je vais sourire, oui, comme d'habitude, je vais même rire, comme d'habitude enfin je vais vivre, oh comme d'habitude!".
L'homme n'est-il né que pour être cet être à moitié schizophrène et dont la personnalité n'est qu'un camaïeu de tous les personnages qu'il interprète dans la journée?
Même le soir, quand il croit se trouver seul, qu'il croit se retrouver et pouvoir se définir, sait-il seulement lequel de tout ces personnages il est?
Toutes ces questions sans réponses qui le rongent.
Au fait, où va-t-il aujourd’hui? Machinalement, il sent un livre dans sa poche, le sort, le regarde un instant! Tiens, toi! Où m'emmènes-tu aujourd'hui? semble-t-il dire.
Vue sur un parc, descente irréfléchie, magnétisme incontrôlable!
Besoin d'air et de rien à la fois.
Il fait sans doute froid; il le sent plus qu'il ne le sait, parce que son corps se rétracte, se contracte, sous l'effet de la fraîcheur soudaine qui lui caresse le visage. Mais fait-il vraiment froid ou est-ce seulement lui qui a froid? Du réel à l'impression, où est la frontière?
L'herbe est rase, les allées désertes, les bancs, indifférents, offrent leurs dures banquettes de bois en guise de reposoir. Il finit par en choisir un dans un coin, par trop exposé aux regards, sous un arbre qui perd ses feuilles.
Contre le bois du banc, il se laisse glisser à s'en courber le dos. Le livre dans les mains et cette histoire, ces mots qui lui sautent au visage.
L'histoire banale d'une femme qui perd son mari juste quelques années avant la guerre, pauvre mari tué par la tuberculose. Une guerre à traverser, chaque jour se préoccuper de vivre, de survivre. N'a-t-elle fait autre chose que cela? C'est-elle préoccupée de ce qui se passait ailleurs ou sous ses yeux? En avait-elle le temps ou l'envie seulement?
Pauvre femme qui mourut à 53 ans, le jour de son anniversaire. Quelle triste vie qui en résume l'absurdité même.
Et lui dans tout cela? Sa vie a-t-elle plus de sens aujourd'hui?
Des chaînes, rien que des chaînes qui l'empêchent d'avancer, même si ces entraves sont partiellement dans sa tête.
Comment s'en libérer? A quoi cela sert-il de vivre si l'on ne peut vivre comme l'on veut?
Il eut honte de se poser cette question; on réfléchit trop dans nos civilisations occidentales. Les habitants du Sahel n'ont sans doute pas le temps ni l'occasion de se les poser, tout comme cette pauvre femme dont il lisait l'histoire. " Y a pas de suicide au Sahel, pas d'overdose à Kinshasa, réponse ou question, je sais pas".
Lassé, perdu dans le vague, il laissa défiler les heures à former des pensées vagues et impossibles à transcrire.
Il lui fallait trouver une solution! 
D'énervement, il fit demi-tour.
Arrêt de bus, montée, descente, retour à la case départ.
Rien n'a de sens, sinon celui qu'on lui donne.
Pourquoi chercher du sens à ce qui n'en a pas?
La seule chose dont on soit sûr, après tout, c'est que nous sommes engagés dans une lutte à mort dont le vainqueur est connu d'avance.
Encore faut-il ne pas lui faire ce plaisir trop tôt.
Chienne de vie!
Compose, triche, baise-la!
Il se répétait ces phrases sans fin, pour aboutir à quoi?
Des mots, rien que des mots! Mais qu'il est dur de mettre les mots en pratique quand on a perdu le mode d'emploi.
Copyright Historianman
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