Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Nos racines païennes

1 Février 2008 Publié dans #C'est juste mon avis

Kouros.jpg

 

Depuis quelques temps, on entend partout admis l'idée des racines chrétiennes de l'Europe qu'il serait de bon ton de reconnaître, proclamer, se glorifier, nouveau vade mecum de la supériorité de la pensée occidentale sur les autres parties du monde (à défaut de pouvoir proclamer en toutes lettres  les "racines blanches" de l'Europe, car, à mon sens, c'est cela qui se cache en filigrane).

Cette notion repose sur une apparence: 

- la domination de la religion catholique et des religions chrétiennes en général sur l'Europe jusqu'au début du XXè siècle qui auraient façonné nos esprits, notre culture, etc.
- le fait que les civilisations les plus développées de la planète soient d'essence chrétienne,
- et enfin, des traces de cette empreinte, telles les "blancs manteaux d'églises" qui devraient nous inciter à reconnaître par les paysages la véracité indiscutable de cette prééminence.
 

Or, ces traces, pour éminemment respectables qu'elles soient pour certaines, ne sont que les scories d'un passé qui n'a plus guère d'influence sur nous, en fait, et heureusement, comme je vais le démontrer.

En fait, que reste-t-il de religieusement chrétien en nous à part un vieux fond culturel corrompu et soumis à la critique de la relativité qui, bien souvent, le réduit à néant?

Par exemple, aujourd'hui, les notions de bien et de mal n'ont plus rien à voir avec de quelconques références religieuses pour la très grande majorité d'entre nous et apparaissent bien relatives face à notre propre morale interne.

De plus, de quelle empreinte chrétienne parle-t-on? 

La culture chrétienne anglo-saxonne n'a rien de commun avec celle d'un catholique italien ou espagnol. De sorte que de parler de "racines chrétiennes" en voulant implicitement insister sur une unité "religieuse" de l'Europe est plus ou moins une imposture qui vise à gommer les divergeances profondes qui ont séparé les Chrétiens à travers l'histoire, parfois de façon tragique et dramatique (Montségur, Guerre de religions pour ne citer que des épisodes connus).

Je crois qu'il y a là, en fait, un contresens certain entre une Eglise idéale, idéalisée même, et la réalité des faits; entre l'Occident et ses valeurs tels que nous les vivons aujourd'hui et la façon dont on les vivait à l'époque où les Eglises étaient partout dominantes et imposaient leurs lois aux peuples.

Quelles sont, en fait, les valeurs véhiculées par les Eglises chrétiennes au cours des siècles en Europe?

L'histoire est là pour témoigner de la lutte constante des Eglises chrétiennes, et notamment de l'Eglise catholique, contre les idéaux qui sont les notres aujourd'hui.
En effet, elle s'est toujours trouvée du côté du pouvoir absolu, des régimes autoritaires (cf, en France, son soutien appuyé au pétainisme), de l'intolérance via l'Inquisition, via la chasse aux scientifiques (rappelons la condamnation de Galilée, levée seulement sous ... Jean-Paul II !!!!), qu'elle s'est opposée au modernisme sous toutes ses formes (cf les encycliques des papes Grégoire XVI, Pie IX ou Pie X) ; certains Chrétiens considèrent encore aujourd'hui, faut-il le rappeler, les théories de Darwin comme impies.
Sont-ce donc là réellement nos valeurs ? nos racines ?
Il a fallu attendre Jean XXIII et Vatican II pour que l'Eglise reconnaisse une grande partie de nos idéaux modernes.

Quelles sont les racines de nos idéaux alors ?

S'ils ne sont pas chrétiens, c'est du côté des auteurs païens et de l'Antiquité qu'il faut aller les chercher: Platon ou Aristote ou Athènes, notamment.

Le concept de démocratie, que l'Eglise a longtemps combattu, est né en Grèce antique; c'est la "redécouverte" des textes antiques à l'époque de la Renaissance qui est à l'origine de certains de nos idéaux: humanisme, tolérance, liberté; à l'origine du mouvement scientifique moderne; à l'origine aussi des Lumières et de la Révolution des idées.

On ne peut pas affirmer que ceci est le fruit de nos racines chrétiennes sans travestir l'histoire; je dirais même que ceci s'est construit et affirmé en dépit des racines chrétiennes de l'Europe.
Voila pourquoi il faudrait, à mon sens, beaucoup plus rendre hommage aux racines païennes qu'aux racines chrétiennes de l'Europe.
 

discobole.jpg

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article