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Agitation viticole en Champagne

23 Février 2011 Publié dans #Quelques événements de 1911

http://www.maisons-champagne.com/bonal/images/agitation2.jpg

(Manifestation de viticulteurs aubois, 9 avril 1911)

 

Depuis la fin de 1910, un certain nombre de villages viticoles marnais sont entrés en rébellion (voir les comptes-rendus des événements de 1910).

Celle-ci s'inscrit dans une crise générale de la viticulture où, depuis 1906, la vigne n'a pas donné une seule récolte normale en Champagne. En 1910, pour la plupart des crus, il n'y a même pas eu de vendanges.

Les vignerons protestent notamment contre la concurrence des vins mousseux dont ils voudraient interdire la vente dans leur région.

En effet, certains négociants fraudent et achètent ailleurs des mousseux à des prix inférieurs au champagne pour les revendre comme tels. Ils exigent donc que la dénomination "champagne" dont l'appelation a été délimitée par un décret de décembre 1908, complétant une loi de 1905, soit mieux protégée.

 

En ce début d'année 1911, cette rébellion vient soudain de prendre un cours nouveau.

Le 17 janvier, environ 2000 à 3000 vignerons nous dit-on, originaires des villages de Damery, Venteuil, Cumières, Boursault, Fleury-la-Rivière et Binson-Orquigny, armés du drapeau rouge et chantant la Champenoise [chanson dont les paroles se chantent sur l'air de l'Internationale] ont pris d'assaut la maison d'un négociant en vins, Achille Périer, sise à Damery et ont saccagé les celliers et leur contenu. Les dégâts se chiffreraient à 100 000 francs.

D'autres incidents du même type sont signalés quelques jours plus tard à Hautvillers où 1200 personnes se sont dirigées vers la maison Boquilon et Berthet.

Le préfet de la Marne, Monsieur Chaperon, qui s'est rendu sur les lieux, est allé à Venteuil où la réunion qu'il devait avoir avec des représentants des vignerons s'est transformée en véritable meeting après que la salle a été envahie par ceux-ci.

Un accord a néanmoins été négocié où les vignerons ont juré de rentrer dans la légalité en échange de la promesse du préfet de lutter contre les fraudeurs et  que le gouvernement se pencherait attentivement sur leurs renvendications afin de leur trouver une solution.

 

De leur côté, les vignerons demandent que les locaux des négociants soient désormais séparés s'ils font commerce à la foi de mousseux et de champagne, l'acquit spécial obligatoire pour les vins récoltés et manutentionnés dans la Champagne viticole délimitée, un relevé des stocks, l'obligation de déposer le mot "champagne" sur les bouteilles, bouchons, factures et emballages pour tous les vins sortant des locaux spéciaux réservés à sa production, et du mot "mousseux" pour tous les autres.

Ce sera chose faite par une loi du 10 février 1911, mais cela devait entraîner une violente réaction des Aubois, exclus depuis 1908 de la zone de délimitation (contrairement au vignoble axonais) et qui jusqu'ici vendaient leur production aux négociants marnais.

Les Aubois, soutenus par leurs parlementaires et certains négociants fraudeurs vont alors entrer à leur tour en lutte contre cette loi du 10 février.

Au Sénat, en avril, une motion est adoptée disant faire confiance au gouvernement pour lutter contre la fraude tout en remettant en cause la délimitation de la zone "champagne" qui crée tant de troubles.

La Marne s'enflamme alors à nouveau et de nouveaux incidents éclatent à Damery, Dizy et Ay (prononcer A - i) qui se retrouve bientôt en état de siège et où de graves incidents éclatent. Il est est de même à Epernay où le préfet doit faire donner la troupe.

Dans les jours qui suivent, d'autres incidents éclatent, mais l'ensemble des révoltes finit par être matté et, pour maintenir le calme, la région est occupée par 40 000 hommes jusqu'aux vendanges 1911.


Pendant ce temps, dans l'Aube, on organise la grève de l'impôt, des conseils municipaux démissionnent (dont celui de Troyes), des manifestations plus ou moins tendues sont organisées, entre février et juin.

Le décret du 07 juin 1911 devait finalement créer une zone de Basse Champagne ou Champagne deuxième zone pour les vignobles aubois, haut-marnais et de Seine-et-Marne ainsi que pour certaines zones marnaises primitivement exclues.

Par contre, il interdit toujours aux Aubois de faire acheter leur vin par les négociants de la Marne; ils ont juste le droit de le vendre sous l'appelation "champagne deuxième zone" qui doit figurer obligatoirement sur l'étiquette.

Là aussi, devant les réactions prévisibles face à un si piètre résultat, pour maintenir le calme, on envoie la troupe sur place jusqu'aux vendanges.

De leur côté, un certain nombre de parlementaires mécontents des décisions prises devaient déposer un nouveau projet de loi pour remettre en cause les délimitations adoptées dès le 30 juin. Pour cause de guerre, il n'aboutit pas.

 

Pour ceux qui s'intéressent à ces événements, voir le site http://www.maisons-champagne.com/bonal/pages/05/05-02_1.htm


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