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Charles Alexandre de Calonne (1)

28 Juillet 2013 Publié dans #Quelques articles historiques

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/39/Charles-Alexandre_de_Calonne_-_Vig%C3%A9e-Lebrun_1784.jpg/220px-Charles-Alexandre_de_Calonne_-_Vig%C3%A9e-Lebrun_1784.jpg

 

Moins connu que Turgot ou Necker, Charles Alexandre de Calonne, contrôleur général des finances de Louis XVI de 1783 à 1787 n'en reste pas moins l'une des personnalités les plus importantes et les plus originales de la période que l'historien Jean-Christian Petitfils décrit comme "le modèle du grand seigneur du XVIIIème siècle: brillant, frivole, doué d'un esprit gai, d'une nature aimable, beau parleur au rire caustique, dépensier, toujours à court d'argent, bref une sorte de surintendant Fouquet des Lumières, fort intelligent, à l'esprit fertile, grand amateur d'art et fastueux collectionneur, dont l'optimisme à tout crin confinait parfois à la naïveté".

 

- Le parcours de Calonne

Pur produit du système judiciaro-administratif d'Ancien Régime (son père était conseiller au parlement de Flandre), il y exerça une brillante carrière. Tour à tour avocat général au conseil supérieur d'Artois, procureur général au parlement de Flandre, maître des requêtes de l'Hôtel du Roi, il devint l'un des plus sûrs soutiens du pouvoir royal, notamment dans l'affaire La Chalotais, du nom de ce procureur du parlement de Bretagne qui s'était violemment opposé au duc d'Aiguillon, gouverneur de la province ou en participant à la rédaction du texte que prononça le roi Louis XV lors de la séance dite de la Flagellation, en 1766, où le roi, face à son parlement de Paris, réaffirma les principes sur lesquels reposaient l'autorité royale.

En récompense, il fut nommé intendant des Trois-Evêchés (Metz, Toul, Verdun) où il resta en poste douze années, avant d'être nommé intendant de Flandre et d'Artois en 1778.

Au passage, il en profita pour épouser la fille d'un receveur des finances de la généralité de Lyon, Anne Joséphine Marquet, ce qui lui permit de tisser des liens avec le monde de la finance et de la Ferme générale.

 

- Le contexte de son arrivée au contrôle général

Grâce à son réseau de relations qui lui permit de se lier à la coterie des Polignac, proches de la reine et hostiles à la monarchie aristocratique et libérale dont rêvait Necker, il accéda à la charge de contrôleur général à une époque où le besoin de rassurer les milieux financiers se faisait sentir. En effet, Necker qui avait financé la guerre d'Amérique à coups d'emprunts massifs, laissa le soin à ses successeurs de rembourser une dette gigantesque qui s'accrut encore sous ses deux éphémères successeurs qui, faute de mieux, poursuivirent sa politique.

 

- Un keynésien avant l'heure

Calonne arriva au contrôle général avec un constat simple: La France était prospère, mais elle regorgeait de richesses peu ou mal exploitées. L'idée était donc d'en tirer parti. Pour cela, il fallait trouver de l'argent. Or l'argent circulait peu et mal par manque de confiance des investisseurs. L'Etat devait donc amorcer la pompe: il fallait qu'il en répande et donne l'illusion d'en répandre afin de faire sortir de leur cachette et mettre en mouvement les trésors cachés de la France profonde.

C'est cette politique qu'il mena d'abord, entouré de conseillers tels que Dupont (futur Dupont de Nemours), le banquier suisse Panchaud ou l'abbé Charles Maurice de Talleyrand-Périgord, agent général du clergé.

 

Afin de rassurer, il remit en vigueur le bail de la Ferme générale suspendu par son prédécesseur, assainit la situation de la Caisse d'escompte qui permit à celle-ci de reprendre le paiement de ses billets en espèces et créa une caisse d'amortissement des emprunts, alimentée par des fonds prioritaires et distincte du Trésor royal.


Colbertiste dans l'âme, fasciné par la réussite économique de l'Angleterre , désireux d'exploiter au mieux les richesses de la France afin d'enrichir l'Etat, il aménagea la réglementation, supprima le droit d'aubaine (il permettait à l'Etat de s'emparer de la succession d'un étranger), concéda des privillèges, créa des manufactures, distribua aux industriels des primes, des avances, des subventions et prit des participations capitalistes dans certaines d'entre elles.

Ainsi, il favorisa l'implantation d'une industrie textile moderne, en permettant à l'Anglais Foxlow d'installer une manufacture à Orélans et à l'un de ses compatriotes, Milne, d'en installer une près de Rouen.

Il subventionna et prit des participations dans l'entreprise d'Ignace de Wendel au Creusot ou dans la manufacture des Cristaux de la reine, installée à Indret. Lui-même acheta la mnufacture de Blendecques, près de Saint-Omer.

La noblesse fut encouragée à imiter ses initiatives et à investir massivement, ce que certains firent avec bonne grâce, comme le duc de Croÿ dans les mines d'Anzin, le prince de Conti et le maréchal de Castries dans les houillères de la Grande Combe, près d'Alès ou encore le comte d'Artois dans la manufacture de Javel qu'il avait créée en 1777 d'où sortit, en 1786, la fameuse eau de Javel.

Enfin, il s'occupa de la rénovation d'un certain nombre de ports, décréta Lorient, Bayonne et Saint-Jean-de-Luz comme ports francs.

Parallèlement, il signa avec l'Angleterre, un traité de commerce, le traité Eden-Rayneval, prévoyant la baisse des droits de douanes sur certains produits (baisse de 50% des taxes sur les vins français et certains produits agricoles, Paris s'engageant à n'exiger qu'un droit de 12% sur les articles manufacturés anglais). Ce traité fut d'ailleurs désastreux pour l'industrie textile française (par exemple, à Abbeville, la manufacture Van Robais dut licencier des centaines d'ouvriers pour tenter de survivre à la concurrence anglaise).

 

Dans le même temps, pour faire illusion, il accorda avec prodigalité, dons, gratifications, indemnités, avances, prêts à la noblesse de cour, paya largement les dettes de la coterie Polignac, évita la faillite du comte d'Artois (futur Charles X), dernier frère de Louis XVI et combla les besoins de Monsieur, comte de Provence (futur Louis XVIII).

Il augmenta aussi les subsides versés aux corps de musique de la chapelle royale, de l'Opéra et des concerts de la Cour afin de restaurer le faste et la magnificence de Versailles.

Enfin, il ne pur résister longtemps à la reine qui finit par obtenir l'achat au duc d'Orléans, du château de Saint-Cloud pour la modique somme de 6 millions de livres.

 

A suivre ...

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