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Le marquis d'Argenson vu par son beau-fils

13 Juin 2010 Publié dans #Quelques articles historiques

Victor, duc de Broglie et futur chef de gouvernement sous Louis-Philippe est le fils d'un maréchal guillotiné sous la Révolution et élevé avec ses frères et soeurs par Marc-René de Paulmy d'Argenson, descendant d'une famille qui fournit quelques ministres sous Louis XV, qui épousa sa mère en 1796.

Le duc de Broglie dans ses Souvenirs, publiés après sa mort par son fils, nous laisse ce portrait étonnant de son beau-père:


" Il fut nommé, tout à coup, et sans que rien le lui fît pressentir, préfet des Deux-Nèthes (Anvers) et placé ainsi entre l'exil suivi d'une persécution continue, et la plus importante des préfectures de France, celle où se poursuivaient avec le plus d'activités les plus grands travaux civils, militaires et maritimes.

Je puis parler librement sur M. d'Argenson. Je lui doit tout; jamais la diversité de nos principes en philosophie religieuse, et de nos sentiments en philosophie sociale ou politique n'a porté la moindre atteinte à la tendre affection qu'il avait pour moi, moins encore s'il se peut à la tendre reconnaissance que je lui ai toujours témoignée.

Il y avait en lui deux hommes bien distincts: un rêveur sincère et désintéressé, un homme d'affaires, au beoin un homme d'Etat de premier ordre.

Entré dans le monde au plus fort de l'effervescence des idées de 1789, il les avait poussées, de bonne heure, fort au delà de leur portée légitime. Il était socialiste de coeur et de conviction. Il croyait et professait, dès qu'il avait une chance d'être compris, que, la répartition des biens de ce monde étant l'oeuvre de la violence et de la fraude, il y avait lieu à la régulariser par une transaction équitable. Il croyait que, ce serait, le cas échéant, un devoir pour l'homme de bien de se dévouer à une telle entreprise; et, toute les fois qu'une crise politique s'annonçait ou se consommait, il était cet homme de bien; il était prêt à risquer pour sa cause (c'était bien la sienne, car lui seul y était de bonne foi, et sans retour personnel), sa fortune et sa vie.

Hors de là, et dans le cour régulier des choses, M. d'Argenson était d'une sagacité rare, d'un esprit droit et ferme, d'un coeur élevé; laborieux, appliqué, rigoureux dans l'exercice de ses droits, très clairvoyant sur les hommes, qu'il estimait en masse au delà de toute mesure, et méprisait individuellement plus que de raison; d'une délicatesse à toute épreuve, résolu, intrépide".

 

Député durant les Cents-Jours, puis représentant du Haut-Rhin sous la Restauration de 1815 à 1824 et de Pont-Audemer entre 1828 et 1829, il fut député de Châtellerault en 1830 et 1831 et du Bas-Rhin entre 1831 et 1834 sous la Monarchie de Juillet.

Il se signala constamment pour ses prises de position en faveur de la liberté de la presse et des libertés individuelles et finit, sous la Monarchie de Juillet par sièger à l'extrême-gauche de l'Assemblée.

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