Lyon, un phénomène ancien
23 Octobre 2010 Publié dans #Articles de réflexion
"C'est à partir de 1969 que les premières violences urbaines juvéniles masculines ont lieu dans la région lyonnaise, à Vaulx-en-Velin et à Villeurbanne (cité Olivier de Serres). En septembre 1971, les premiers épisodes violents en groupe dans une cité de Vaulx-en-Velin, la Grappinière, sont le fait d'une bande de jeunes garçons de 16 à 20 ans. Lors de leur arrestation, la police relève des patronymes d'origine espagnole (sans doute des fils de pieds-noirs), des patronymes arabes et des patronymes français, témoins de la population composite de la cité. En 1975, on signale les premières mises à sac de locaux scolaires et entre 1975 et 1978, les premiers rodéos avec des voitures volées au centre-ville, de grosses cylindrées, brûlées ensuite aux abords de la cité. S'il ne s'agit pas de formes traditionnelles de l'action politique, il y a clairement une réaction contre le refus de l'exclusion spatiale et de l'injustice sociale, et aussi une volonté de participer à la société de consommation (les voitures sont d'abord utilisées comme béliers pour "ouvrir" et dévaliser les magasins du centre-ville lyonnais, avant d'être brûlées). Ces événements façonnent les politiques urbaines" (La France du temps présent, 1945 -2005, Michelle Zancarini-Fournel et Christian Delacroix, Belin, 2010).
Les auteurs expliquent ensuite que l'agglomération lyonnaise fut la première à mettre en place l'îlotage, en 1971, ainsi que la destruction des barres et des tours, par exemple, dans la cité Olivier de Serres, dès 1978; cela n'empêche pourtant pas, en 1981, les émeutes des Minguettes à Vénissieux qui devient événement national et sans que, malgré toutes les politiques urbaines menées depuis, rien n'ait véritablement pu enrayer les choses, y compris la création de l'Association des jeunes musulmans des Minguettes, en 1987, confondant culturel et cultuel et inaugurant une reconquête identitaire à base religieuse.
Ils notent aussi que si les actions des "casseurs" sont toujours les mêmes, les catégories interprétatives ont, par contre, beaucoup évolué, comme les mots pour le dire: "focalisés successivement sur l'habitat et le cadre bâti, la délinquance juvénile, la sécurité, l'immigration, l'économie souterraine, le communautarisme puis l'islamisme. Comme l'a souligné Thomas Deltombe (2005) la télévision joue un rôle fondamental dans la construction d'un islam imaginaire qui nourrit l'islamophobie. L'historicité est en partie gommée: le grand absent est le poids du passé colonial de la France dans les ségrégations dites "immigrées" alors qu'il s'agit aujourd'hui de la troisième génération de Français ayant des origines étrangères".
Le racisme de l'Etat et d'une grande partie de la société ont conduit à parquer les "immigrés" et les blancs pauvres dans ces nouvelles réserves indiennes que sont les banlieues; il ne faut pas s'étonner dès lors que les Indiens se révoltent parfois et viennent casser les vitrines des nantis.
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