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Remaniement chaotique

3 Novembre 2010 Publié dans #Quelques articles historiques

Alors que Sarkozy peine à mener à bien le remaniement ministériel qu'il a annoncé au début de l'été, notre histoire nationale a connu, par le passé, de ces remaniements chaotiques qui valent bien celui-ci, sans parler des crises ministérielles plus ou moins longues qui ont jalonné la fin de la IVème République.

 

Ainsi, sous la Restauration, le passage du ministère Richelieu (1814 - 1818) au ministère Dessolle (1818 - 1819) ne s'est pas fait dans la facilité.

En fait, dès le 8 septembre 1818, le duc de Richelieu qui vient de signer la libération anticipée du territoire français de l'occupation dont il souffrait suite à la défaite de Waterloo, indique au roi Louis XVIII qu'il souhaite quitter ses fonctions.

Or, dès cette volonté connue des autres membres du Cabinet, celui-ci se transforme en un dédale d'intrigues sur fond d'opposition entre un centre droit  favorable à une alliance avec les ultra modérés (Richelieu, Lainé) et un centre gauche favorable à une alliance avec les doctrinaires qui veulent réconcilier monarchie et révolution pour contrer la progression des libéraux à la Chambre (Decazes, Gouvion-Saint-Cyr, Molé).

Voyant le désastre se profiler, le duc tente tardivement de sauver ce qui peut l'être en demandant à tous de rester fermes à leur poste, pensant finalement rester à la tête du gouvernement en renvoyant juste le ministre de la guerre, Gouvion-Saint-Cyr auquel il reproche sa volonté constante d'affaiblir la Garde royale que Richelieu considère comme le rempart du trône.

Sauf que Gouvion ne veut pas quitter son ministère, que Decazes, favori du roi, qui détient celui de la police de plus en plus décrié, réclame l'intérieur et que Lainé, ministre de l'intérieur, ne veut pas céder, tandis que le ministre des finances, Corvetto, malade, en profite pour démissionner.

Les rivalités s'exacerbent entre le duc de Richelieu et le favori du roi, sur fonds d'intrigues où chacun tente de rassembler autour de ses idées une possible majorité.  Ainsi, le 18 décembre, Richelieu réussit à faire élire à la présidence de la Chambre, avec l'aide des ultra modérés, un de ses proches; aussitôt les partisans de Decazes réagissent et font élire des amis proches des doctrinaires aux vices-présidences.

Ce n'est que le 21 décembre au soir, plus de trois mois après l'annonce de son départ, que Richelieu finit par présenter sa démission devant l'animosité croissante qui oppose les deux hommes et divise le ministère en deux, jusqu'à le rendre totalement incapable d'agir.

Pourtant, dans un premier temps, le roi lui demande de former un nouveau gouvernement, tentative qui échoue après une ultime réunion entre les hommes pressentis pour devenir ministres et dont le duc constate qu'ils ne sont d'accord sur presque rien. Il remet donc à nouveau sa démission au roi le 26 décembre qui, cette fois-ci, l'accepte.

 

Le nouveau gouvernement est formé officiellement le 30 décembre, mais sa constitution à été bâclée, le coup de barre à gauche résultant plus du hasard des circonstances que d'une volonté clairement affichée par le roi, témoin le nom du nouveau président du Conseil, le général Dessolle, totalement inexpérimenté en politique. Il a été choisi pour la précocité de son ralliement à la royauté, sa fidélité durant les Cent-Jours, et parce qu'il a toujours soutenu les différentes réformes militaires présentées par Gouvion-Saint-Cyr; pour le reste les vrais chefs du ministère sont Decazes, nouveau ministre de l'intérieur et de Serre, un doctrinaire, nommé à la justice avec un malentendu qui se dissipera en novembre 1819 quand les ministres restés doctrinaires, et notamment Dessolle qui les soutient, démissionnent pour protester contre le nouveau projet de révision de la loi électorale présentée par Decazes et de Serre qui a changé de camp et souhaite désormais faire barrage, lui aussi, aux libéraux.

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